8 Janvier 2013

Centrafrique: Interrogations sur les négociations de Libreville

Photo: wikipedia
(Photo d'archives) - François Bozizé, Président de la Centrafrique

Le président centrafricain François Bozizé a effectué une visite de quelques heures, le 7 janvier, à Brazzaville pour préparer, avec son homologue congolais, Denis Sassou Nguesso, des discussions de paix entre Bangui et la coalition rebelle de la Seleka qui a pris les armes le 10 décembre. Une délégation des rebelles est arrivée, dans la soirée, à Libreville. La délégation gouvernementale arrivera ce mardi 8 janvier . Elle n'a pas décollé de Bangui comme cela était prévu lundi à cause d'une météo défavorable. Les négociations doivent s'ouvrir, au plus tard, le 11 janvier.

Denis Sassou Nguesso doit assurer une médiation, à Libreville, entre le gouvernement centrafricain et la coalition rebelle, Seleka, qui contrôle une grande partie du pays et qui réclame le départ du président centrafricain François Bozizé, au pouvoir depuis 2003. La délégation gouvernementale plaide, au contraire, son maintien jusqu'au terme de son mandat, en 2016.

Actuellement, les rebelles se trouvent aux abords de Damara - ville située à 75 km de Bangui -considérée comme le dernier verrou protégeant la capitale.

Après avoir rencontré le médiateur Sassou Nguesso, le président François Bozizé a affirmé que la Centrafrique est « est agressée par des éléments venus de l'extérieur, appelés Seleka. Nous les considérons comme des mercenaires manipulés de l'extérieur qui ont agressé la paisible population centrafricaine. »

De son côté, le président Denis Sassou Nguesso a assuré que les négociations devront s'ouvrir, au plus tard, le 11 janvier. Et concernant la principale revendication des rebelles - le départ de François Bozizé, du pouvoir - le médiateur dans la crise centrafricaine a déclaré que toutes les questions ne seront abordées qu'à Libreville.

Denis Sassou Nguesso, Président de la République du Congo:"Nous traiterons de toutes ces questions entre frères".

Et pendant que François Bozizé rentrait à Bangui, après sa visite éclair au Congo, arrivait, à Libreville, une délégation de la Seleka ,constituée d'une quinzaine de membres. Ce lundi, la délégation de la Seleka, conduite par le chef du Séléka, Michel Djotodia, a quitté la ville centrafricaine de Bria - contrôlée par la rébellion - à bord d'un avion affrété par les Nations unies et sous escorte de la mission diplomatique de la CEAC conduite par le général Guy Garcia.

Michel Djotodia, reconnaissable à sa canne et à son foulard couleur sable autour de la tête, était accompagné par deux aides de camp et cinq autres membres de l'UFDR, la section rebelle qu'il a fondée. Deux membres de la CPJP était également du voyage dont le général Dhaffane qui a rejoint le cortège à NDjaména au Tchad. Dhaffane qui est un ex-membre de la CPSK, une faction qui ne fait plus partie de la Seleka, aux dires de Michel Djotodia.

L'avion a enfin mis le cap sur Libreville où il s'est posé en début de soirée. Selon Michel Djotodia, le groupe rebelle sera bientôt rejoint dans la capitale gabonaise par Florian Ndjadder de l'UFR ainsi que par le porte-parole de la Seleka, Eric Massi.

Retard dû à « des mauvaises conditions météorologiques »

Les différentes délégations qui attendaient, à Bangui, pour partir n'ont pas pu décoller, ce lundi, et leur départ pour Libreville a été reporté à ce mardi 8 janvier, en début de matinée.

« L'avion est bien arrivé à Bangui » a expliqué Willybiro Sako, chef de la délégation gouvernementale « mais les pilotes ont signalé qu'il y avait de fortes intempéries sur les zones forestières gabonaises et qu'il était imprudent de voler dans ces conditions » a-t-il précisé.

Du côté des opposants, on a pris, là aussi, son mal en patience. « Il n'aurait pas été prudent de voler avec ces conditions météo »a reconnu le chef de la délégation de l'opposition, Maître Nicolas Tiangaye « mais cela ne change rien à notre détermination à aller à Libreville pour obtenir des changements » a-t-il dit.

D'autres réunions sont prévues dans la capitale gabonaise. Demain, mardi 8 janvier, dans l'après midi, des ministres des Affaires étrangères des pays de la Communauté économique des Etats de l'Afrique centrale (CEEAC) se réuniront « afin d'évaluer la situation en Centrafrique et d'écouter un rapport de la communauté régionale », selon une source diplomatique régionale.

Le lendemain, mercredi 9 janvier, c'est le comité de suivi de l'accord de paix global de 2008, présidé par le Congo, qui se réunira. Et enfin, à la suite de ces deux réunions, on annonce, pour jeudi 10 janvier, un sommet qui doit rassembler les chefs d'Etat de la CEEAC pour qu'ils se prononcent sur les solutions de sortie de crise.

Interrogations sur l'organisation des négociations

Les négociations qui doivent s'ouvrir a Libreville s'engagent de façon peu claire. Aucun ordre du jour ni aucun règlement intérieur n'ont été définis. Inconnue également la durée de ces pourparlers. Un sommet des chefs d'Etats de la CEEAC est annoncé à Libreville jeudi mais l'opposition civile s'interroge « Cela veut-il dire que nous ne disposerons que d'une journée pour aboutir à un accord ? C'est impensable ».

Dans les chancelleries européennes, on s'inquiète également de cette impréparation et de cette précipitation qui risquent de mettre en cause la crédibilité et le sérieux du processus.

Alors ce sommet de Libreville a t-il pour objectif de mettre sous pression toutes les parties pour qu'elles s'entendent rapidement ou bien de faire valider un schéma de sortie de crise pré-établi ?

L'Afrique du Sud peine à justifier l'envoi de troupes en Centrafrique

Dans la capitale centrafricaine, le pouvoir de François Bozizé bénéficie manifestement d'un soutien sud-africain à travers le déploiement d'un contingent de deux cents soldats qui devraient être renforcés par deux cents autres.Quelle est leur mission exacte et sous quel mandat opèrent-ils ? Pour l'instant pas de réponse claire de Pretoria...

La présidence sud-africaine rappelle que l'article 201 de la Constitution du pays autorise le président à déployer des troupes afin d'honorer une « obligation internationale ». Pretoria semble avoir des difficultés à justifier cette obligation internationale.

Aujourd'hui, l'Afrique du Sud ne peut se prévaloir d'un mandat d'une organisation sous régionale ou internationale pour déployer des soldats en Centrafrique. Bangui et Pretoria n'ont pas signé d'accord qui prévoit l'envoi de troupes pour sauvegarder l'intégrité territoriale de la Centrafrique. Pretoria ne le nie pas.

Dans l'entourage du Président sud-africain, on fait valoir les relations bilatérales en matière de coopération militairen formalisées dans un mémorandum signé en 2007. Une équipe de formateurs sud-africains se trouvait sur place lorsque l'alliance rebelle Seleka a débuté son offensive. « Les nouvelles troupes vont protéger notre équipe », explique le porte-parole du ministère des Affaires étrangères sud-africain. Une explication qui ne convainc guère les chancelleries occidentales, agacées.

Dans les rangs de l'opposition à Bangui, on s'interroge : Le président François Bozizé a peut-être des doutes sur le soutien des pays d'Afrique centrale » tandis que dans les rues de la capitale, on évoque l'appétit des Sud-africains pour les concessions minières de Centrafrique.

En Afrique du Sud, les observateurs livrent plutôt l'analyse suivante : la campagne de l'Otan pour renverser le régime Kadhafi a déclenché l'ire de Pretoria et mis à mal le leadership de l'Union africaine. Or, l'Afrique du Sud a toujours prôné des solutions africaines aux problèmes africains, une vision dont ne devrait pas se démarquer la nouvelle présidente de la commission de l'UA, la Sud-africaine, Nkosazana Dlamini Zuma.

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