La Tribune (Algiers)

Congo-Kinshasa: Négociations de paix en RD Congo et en Centrafrique - L'échec annoncé

Photo: Kate Holt/IRIN
Un rebelle du M23

L'année 2013 sera celle des pourparlers de paix en Afrique, un des continents les plus instables malgré les richesses dont il dispose et les potentialités humaines que les gouvernants marginalisent au profit de groupes mafieux et des multinationales.

En ce mois de janvier, les négociations les plus cruciales sont celles qui devront avoir lieu à Libreville, au Gabon, et à Kampala, en Ouganda.

Au Gabon, le gouvernement de la République centrafricaine va négocier les moyens de ramener la paix avec les rebelles de la coalition du Séléka, entrés en rébellion contre le régime de Bangui depuis le 10 décembre de l'année écoulée.

Idem pour le président de la République démocratique du Congo (RDC), Joseph Kabila, qui doit convaincre les rebelles du Mouvement du 23 mars (M 23) de cesser les hostilités dans le nord du Kivu, où la rébellion armée enclenchée depuis la mi-avril 2012, a déstabilisé l'ensemble des pays de la région des Grands Lacs. Entre le M23 et le Séléka, il existe un point commun : le non-respect des

gouvernements par leurs pays respectifs des accords de paix qui ont été signés durant ces cinq dernières années. Concernant le M 23, ses leaders réclament l'application des accords du 23 mars 2009, alors que le Séléka demande au président François Bozizé le respect des clauses des accords signés entre 2007 et 2011. L'action armée constitue, selon ces rebelles, le seul moyen de contraindre les chefs d'Etat de leurs pays à revenir à la table des discussions. Mais depuis quand assistons-nous à ce genre de scénarios politico-guerriers qui ont transformé l'Afrique en un véritable champ de bataille et en continent en ruines ?

La plupart des Etats africains sont indépendants depuis un demi-siècle. Cinquante ans après ces indépendances, les peuples africains sont encore à s'entretuer et organiser des putschs pour régner, pendant que des multinationales assoiffées de matières premières

dilapident en toute sérénité les richesses de ce continent qui rame à contresens de l'histoire. L'Afrique est le seul continent qui multiplie les organisations sous-régionales, dans différents domaines, principalement économiques. Pourtant, ces organisations sont incapables de prévoir le moindre conflit ou de le résoudre avant qu'il ne prenne les proportions d'une guerre civile, génératrice d'interminables flux de réfugiés et de dégâts économiques qui se chiffrent en dizaines de milliards de dollars. Cette incapacité à prévoir et à gérer les crises politiques ou armées provient de l'illégitimité même des dirigeants des Etats membres de ces organisations régionales. C'est pour toutes ces raisons, entre autres, que les rébellions se poursuivront en Afrique et que des groupuscules armés tenteront, chaque fois, de prendre le pouvoir par la force à défaut de le faire dans le cadre d'un jeu démocratique transparent. Le cas de la Centrafrique et de la RD Congo est illustratif à plus d'un titre. Les rebelles du Séléka et le M 23 ont transformé leur lutte armée en mouvement de

revendication politique pour discuter d'accords censés être appliqués depuis longtemps par des gouvernements qui semblent être davantage préoccupés par la gestion de leurs propres affaires et celles de leur clientèle, que par les affaires de leurs pays et de leurs peuples. Il n'est pas donc étonnant aujourd'hui de voir les rebelles réclamer la tête et le départ des présidents de la RDC et de la Centrafrique pour ouvrir une nouvelle période de transition. A observer de près le développement des évènements et les parties impliquées dans les pourparlers de paix, l'on finit par être persuadé que la RDC et la Centrafrique foncent droit vers le mur. Les haines tribales qui se sont accumulées durant des décennies sont aussi à prendre en considération dans ces jeux de guerre dans un continent confronté aux germes de la division, alors que le reste du monde essaye de se constituer en nouveaux blocs politico-économiques pour faire face aux changements qui s'opèrent.

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