Burundi: La défense d'Hassan Ruvakuki va demander sa remise en liberté conditionnelle

interview

Le journaliste de RFI en swahili avait été arrêté en novembre 2011 après s'être rendu en Tanzanie pour couvrir la naissance d'un nouveau mouvement rebelle burundais. Il avait été condamné en première instance à perpétuité. Ce mardi 8 janvier 2012, sa peine a été réduite à trois ans en appel, car les faits ont été requalifiés. Mais ses avocats ne comptent pas en rester là.

Maître Fabien Segatwa : «Hassan Ruvakuki peut être libéré à tout moment»

Hassan Ruvakuki n'était pas présent à l'audience ce mardi, et c'est donc l'un de ses avocats, Me Segatwa, qui lui a annoncé la décision de la cour d'appel. D'après lui, le confrère de RFI garde le moral.

Il espère maintenant la liberté conditionnelle, et est en droit de la demander car il a déjà purgé plus d'un quart de sa peine.

Sa défense va donc écrire une lettre en ce sens au ministre de la Justice, dès à présent.

Me Fabien Segatwa

Avocat de Hassan Ruvakuki

Lorsque je lui ai dit qu'il pouvait demander la liberté conditionnelle (...) son moral est remonté

De la perpétuité à trois ans de prison ferme, la condamnation est certes plus légère, mais il s'agit tout de même trois ans de trop, estiment les avocats d'Hassan Ruvakuki.

La cour a abandonné les charges de « terrorisme » et les juges ont finalement déclaré notre confrère coupable « de participation à une association formée dans le but d'attenter aux personnes et propriétés ».

Mais ses défenseurs le répètent inlassablement : Hassan Ruvakuki n'a fait que son travail de journaliste, il est innocent. Ses avocats n'excluent donc pas un pourvoi en cassation.

Marie-Christine Saragosse

Présidente de l'Audiovisuel extérieur français (AEF), structure dont dépend RFI

Personnellement, j'ai l'intime conviction que Hassan n'a fait que son métier. Nous ne pouvons pas baisser la garde, non seulement pour qu'il sorte (...) mais aussi parce que c'est une question de principe

De leur coté, l'Union des journalistes burundais et Reporters sans frontières dénoncent un acharnement et promettent de rester mobilisés.

Communiqué de la Fédération Internationale des Journalistes (FIJ)

Fédération Internationale des Journalistes (FIJ)

Communiqué

La FIJ dénonce la condamnation d'un journaliste à trois ans de prison ferme au Burundi

8 janvier 2013 - La Fédération Internationale des Journalistes (FIJ) a vigoureusement dénoncé aujourd'hui la condamnation du journaliste burundais Hassan Ruvakuki à trois ans de prison ferme. Hassan avait fait appel contre la peine à perpétuité dont il avait écopé devant le Tribunal de première instance de Muramvya.

Selon l'Union Burundaise des Journalistes (UBJ), un affilié de la FIJ, la Cour d'appel de Gitega (centre du pays), a rendu son jugement ce mardi 8 janvier 2013, condamnant Hassan à trois ans de servitude pénale principale pour « participation à une association formée dans le but d'attenter aux personnes et aux propriétés».

« Le verdict rendu aujourd'hui représente une mascarade judiciaire et un déni de justice pour Hassan, sa famille et ses collègues », a déclaré Jim Boumelha, président de la FIJ. « La nouvelle qualification des chefs d'accusations prouve que la Cour a reconnu l'innocence de Hassan des crimes dont il était accusé en première instances. Au lieu de prononcer son acquittement, la Cour a introduit une nouvelle accusation contre laquelle il n'a même pu se défendre ».

Ruvakuki, correspondant du service swahili de Radio France Internationale (RFI) et journaliste d'une station privée au Burundi, radio Bonesha FM, a été arrêté le 28 novembre 2011 par les forces de sécurité après une interview réalisée avec un opposant au président Pierre Nkurunziza. Il a ensuite été accusé « d'actes de terrorisme ». Hassan a toujours nié ces accusations. Il a été condamné en juillet 2012 à la prison à perpétuité mais a interjeté appel.

Durant l'audience en appel début novembre dernier, Hassan Ruvakiki a maintenu son innocence, déclarant à la Cour qu'il s'était rendu en Tanzanie pour l'entretien avec l'opposant burundais strictement dans le cadre de son travail de journaliste.

La FIJ, comme l'UBJ et la Fédération africaine de journalistes (FAJ), ont soutenu Hassan tout au long de son procès. Une délégation de la FIJ, en compagnie des membres du syndicat burundais, l'UBJ, a rencontré le journaliste lors d'une visite à la prison centrale de Muramvya, pour lui témoigner le soutien et la solidarité de l'ensemble des affiliés de la Fédération. Début décembre dernier, Dominique Pradalié, Secrétaire générale du Syndicat national des journalistes de France, affilié à la FIJ, lui avait également rendu une visite de solidarité.

« Nous sommes indignés par cette condamnation qui démontre la volonté des autorités burundaises de museler la presse indépendante dans le pays », a déclaré Omar Faruk Osman, président de la Fédération des Journalistes Africains (FJA).

Le président de l'Union Burundaise des Journalistes, Alexandre Niyungeko, a fait part de sa surprise suite au jugement d'aujourd'hui, en notant que les chefs d'accusation contre Hassan Ruvakiki ont déjà changé trois fois.

« Il a d'abord été accusé de collaborer avec les rebelles, ensuite de complicité avec les groupes terroristes et aujourd'hui de participation à une association de malfaiteurs. Ce verdict vient de prouver que nous sommes encore loin d'une justice équitable et indépendante », a dit Niyungeko.

Il a toutefois affirmé que la bataille juridique pour la libération de Hassan continuera.

« Nous n'allons pas arrêter la mobilisation. Nous allons saisir la cour suprême pour faire casser ce jugement », a ajouté Niyungeko après le verdict de la Cour d'appel. « Nous saisirons si nécessaire les juridictions régionales et internationales. Nous n'allons pas laisser notre confrère croupir en prison ».

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