L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

Centrafrique: Quand Bozizé se fait cassant

"Quand la nuque est bien gardée, la bouche parle comme elle veut". Ce proverbe de chez nous se vérifie en République Centrafricaine (RCA) où le président François Bozizé, parce qu'il y a à présent une importante force d'interposition qui empêche la Coalition Séléka d'arriver à Bangui, vient de sortir de sa torpeur pour parler mal aux rebelles qui contrôlent une bonne partie du pays.

Requinqué ou plutôt rassuré par la force internationale qui joue le rôle de paratonnerre pour son pouvoir vacillant, le général-président a donc retrouvé de la voix. Mieux, il entend même dicter sa volonté à ses adversaires en définissant les questions à débattre et celles qu'il ne faut pas poser à la table des négociations.

Ainsi, sur les ondes de RFI (Radio France Internationale), l'homme fort de Bangui a martelé que son départ réclamé par la rébellion n'est pas négociable : "Non, je n'ai pas à négocier. Pourquoi négocier ? Est-ce que la rébellion représente le peuple centrafricain qui m'a élu à deux reprises ? Qu'est-ce qu'on me reproche ? Je fais mon travail. Une rébellion qui surgit brutalement, qui nous attaque. Non, je n'ai pas à négocier". Pourtant, il y a juste quelques jours, alors que son fauteuil était dangereusement menacé, c'est le même Bozizé qui se disait "prêt à négocier sans condition" et qui déclarait que tout était négociable. Sa préoccupation à l'époque était d'avoir du répit et d'amener les rebelles à arrêter leur progression victorieuse qui les conduisait inexorablement aux portes de la capitale.

Maintenant que le ciel semble assez dégagé, l'homme se fait ferme. En effet, à peine les pourparlers sont-ils commencés que François Bozizé exhibe sa feuille de route, qu'il entend imposer comme la pierre philosophale à la crise centrafricaine : un gouvernement d'union nationale. Et pour lui, l'opposition se doit coûte que coûte d'adhérer à cette feuille de route. Si le ridicule tuait ! Comment quelqu'un qui est en position de faiblesse peut-il vouloir imposer ses vues ?

De plus, en déclarant que "j'ai perdu une bataille mais pas la guerre", Bozizé prend le risque de braquer ses contradicteurs armés qu'il qualifie de "hors-la-loi" et de "mercenaires-terroristes". Il se met aussi à dos son opposition politique qu'il fustige et accuse de collaborer avec les terroristes.

Cette attitude méprisante de Bozizé vis-à-vis de ses adversaires n'augure rien de bon sur l'issue des négociations qui ont débuté ce mercredi à Libreville. Et réponse du berger à la bergère, la coalition rebelle, après avoir fait du départ de Bozizé son point principal de négociation, vient de monter les enchères en réclamant dans un mémorandum la traduction pure et simple du président devant la Cour pénale internationale (CPI).

Dans ce texte, la rébellion "demande qu'une procédure soit engagée devant la CPI à la Haye contre François Bozizé" pour les "faits de crimes de guerre et crimes contre l'humanité", relativement aux détentions et séquestrations arbitraires" et aux "disparitions, assassinats et exécutions sommaires".

Dans cette situation de surenchère, on se demande si les négociations iront de l'avant. Mais une chose est sûre, François Bozizé doit recadrer ses sorties médiatiques et se départir des déclarations fracassantes, car il pourrait même excéder ses pairs de la CEEMAC (Communauté économique des Etats de l'Afrique centrale) qui sont pourtant les seuls garants de son fauteuil présidentiel.

En effet, n'eût été la présence de la force d'interposition de cette organisation sous-régionale, le pouvoir de Bozizé se conjuguerait aujourd'hui au passé. Cela, le général-président doit l'avoir à l'esprit à tout moment, sinon il court à sa perte.

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