Le Pays (Ouagadougou)

10 Janvier 2013

Mali: Crise malienne - après le nord, veut-on perdre le sud ?

Photo: RFI/Moussa Kaka
Groupes armés dans le Nord du Mali.

L'armée malienne semble avoir entamé cette semaine la guerre de libération du Nord occupé. On signale, en effet, de sérieux accrochages avec les forces islamistes, sur la ligne de démarcation Nord-Sud. Au même moment, la confusion paraît s'installer à Bamako où des manifestants réclament le départ du chef de l'Etat, pourtant chef suprême des forces armées. Pas de bilan précis, mais selon des informations en provenance du front, les accrochages sont très violents. C'est donc une guerre sans merci que les soldats maliens ont décidé de mener aux « djihadistes » ! En effet, ceux-ci avaient pris l'initiative de descendre un peu plus vers le Sud, provoquant de ce fait l'armée malienne qui a cherché à les contrer, et même à progresser plus en profondeur dans le camp ennemi. Le comble, c'est que l'armée malienne intervient au moment même où le contexte devient malsain à Bamako.

En effet, dans la capitale malienne, les divergences de vue persistent entre acteurs politiques. Les choses ont même pris une tournure scandaleuse, à telle enseigne que l'on se demande si, dans son rejet du président Dioncounda Traoré, le capitaine Sanogo ne serait pas devenu un entêté ? Car, à l'évidence, il s'agit de gens instrumentalisés par le chef de l'ex-junte et les idéologues qui l'entourent. On le sait depuis plusieurs mois : la présence de Dioncounda Traoré à la tête du Mali dérange certains individus. Pas cependant au point de les voir sacrifier l'intérêt national au profit de desseins inavoués. De plus en plus, cela semble bien crever l'oeil ! En tout cas, les événements récents montrent que le capitaine Sanogo et ses compagnons cherchent à provoquer un vide constitutionnel. Sans doute caressent-ils toujours le rêve d'asseoir leur propre pouvoir ou de favoriser l'ascension de leurs proches ? L'armée nationale en lutte a pourtant plus que besoin de soutien sans équivoque ! Sanogo et sa clique s'intéressent-ils vraiment à ce qui se passe au front ? C'est pourtant là-bas que les intérêts du Mali les interpellent. Le vrai danger ne se trouve pas au Palais de Koulouba ! Que ceux qui tiennent tant à remplacer Dioncounda Traoré sachent qu'il aura toujours sur eux un quadruple avantage : c'est d'abord un élu du peuple malien ; ensuite un ancien chef du parlement ; troisièmement, c'est un chef d'Etat légitime car désigné suivant les règles de la Constitution ; enfin, il est reconnu par la communauté internationale.

Par conséquent, il ne sert à rien de s'offrir en spectacle à Bamako, au risque de ternir continuellement l'image du Mali. La patrie a pourtant besoin de la solidarité de tous face aux défis actuels. En tout cas, l'ex-chef de la junte et ses partisans ne font nullement preuve de réalisme. Et si l'on n'y prend garde par leurs prises de position et leurs agissements, ils finiront bien par faire vaciller le géant Mali. Face à la menace « djihadiste », il faut espérer qu'ils sauront se ressaisir à temps. Car, ceux-ci pourraient bien profiter des moments de diversion pour infiltrer la capitale malienne, et même enclencher une guérilla urbaine. Plus que jamais, l'heure doit être à l'union sacrée ! A moins de vouloir, par myopie politique, s'aligner derrière l'ennemi ! Remédier à cette situation apparaît donc urgent. Les parties en conflit doivent, par conséquent, être pragmatiques. Il convient, par exemple, de renouer le fil du dialogue par le canal de la médiation. C'est pourquoi les pourparlers de Ouagadougou doivent se poursuivre dans un climat d'échanges fraternels. Notamment avec ceux qui veulent vraiment trouver une issue pacifique à cette crise dont nul n'a franchement besoin au Sahel. Autrement dit, il faut taire les querelles de chiffonniers et signer avec l'équipe Dioncounda Traoré, une trêve qui permettra à terme de s'imposer à l'envahisseur. C'est la seule option qui vaille face à la crise actuelle.

Toute autre formule conduirait inévitablement au suicide assisté. Face aux menaces que l'occupant brandit jour après jour, la concertation entre acteurs politiques maliens nous paraît impérative. Non pas ces rencontres bureaucratiques qui épuisent mais bien celles qui peuvent urgemment déboucher sur des mesures consensuelles. Il faut éviter que les groupes islamistes n'imposent au Mali une longue guerre d'usure. En tout état de cause, il faut arrêter de distraire les gens et éviter de saper le moral de l'armée malienne. Celle-ci a énormément besoin de concentration, eu égard à la noblesse de ses objectifs. Fort heureusement, elle sait pouvoir compter sur la solidarité des peuples ouest-africains, dans ce combat qui oppose toute la sous-région aux groupes terroristes. Reste que les soldats en lutte sont surtout en droit d'attendre de leurs concitoyens un soutien sans faille. Les Maliens doivent remettre à plus tard les règlements de comptes et autres contentieux qui grippent habituellement le fonctionnement de l'appareil d'Etat en Afrique francophone. La division des forces socio- politiques profite à l'ennemi. Ces divergences constituent, sans conteste, un terreau fertile à la poussée du fondamentalisme religieux qui rêve de victoires faciles.

Finalement, face à l'agression islamiste, les Maliens doivent faire preuve d'un minimum de cohésion, et être à l'unisson derrière leurs soldats. Comme hier à Bamako, lorsque la marche des manifestants contre le pouvoir en place s'est transformée en marche de soutien à l'armée nationale. Mais il faut déplorer qu'au bord du Djoliba, certains se conduisent comme s'ils espéraient voir perdre le Sud. Après la perte pourtant non définitive du Nord-Mali, ils s'agitent comme si chaque jour, ils « perdent » un peu plus « le Nord ». Il est vrai que la rébellion touarègue a plongé la communauté internationale dans un imbroglio à nul autre pareil. Mais plutôt que de chercher à avoir la peau du président Dioncounda Traoré, après avoir obtenu la tête de l'ex-Premier ministre Cheik Modibo Diarra, le soldat Sanogo ferait bien mieux d'aller au front pour mériter son galon. Aller avec ses compagnons d'armes à la reconquête du Nord-Mali occupé, paraît beaucoup plus urgent et éminemment patriotique, que de se barricader à Kati et passer le temps à faire déplacer inutilement des pions. Certes, il y fait bon vivre, loin des balles qui sifflent aux oreilles des soldats exposés et des civils innocents ! Mais que fera-t-on, et surtout que dira-t-on à la postérité, si demain, le péril islamiste s'installe dans les autres bourgades du Sud malien parce qu'on aura manqué de jugeote ?

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