Le Pays (Ouagadougou)

10 Janvier 2013

Afrique: Conflits et confusion en 2012

L'Afrique a connu des secousses violentes en 2012, du Nord au Sud et d'Ouest en Est. Après les espoirs déçus des printemps arabes, l'insécurité est montée au Sahel, en particulier au Mali. Les conflits ont persisté en Somalie et en RD-Congo, d'autres se sont réveillés, comme en République centrafricaine, tandis qu'en Afrique du Sud, les tensions sociales ont dominé le paysage politique.

Le désenchantement a remplacé l'euphorie du mouvement qui a vu le jour en décembre 2010 en Tunisie, puis en Égypte et en Libye avant de secouer d'autres pays arabes, et qui s'est soldé par la chute de dictatures bien installées au nom d'un changement démocratique. Mais un peu partout, les islamistes plus ou moins radicaux ont pris le pouvoir et cherchent à imposer comme en Égypte ou en Libye la charia, la loi islamique, que revendique aussi une partie du Nigeria, le principal producteur de pétrole de l'Afrique subsaharienne. L'opposition laïque qui s'est battue pour la démocratie s'oppose à cette évolution, souvent dans la violence. D'autant plus que les changements politiques dans cette région n'ont pas amélioré une situation économique qui reste catastrophique. La Tunisie, qui a évité pour le moment une grève générale, doit organiser des élections en 2013 qui risquent d'être reportées si la crise perdure. Les islamistes d'Ennahda, le parti au pouvoir, ont gardé un profil bas mais l'opposition laïque et démocratique s'en méfie. En Égypte, le sang a coulé quand le président Mohamed Morsi a tenté de s'octroyer tous les pouvoirs avec le soutien du parti des Frères musulmans dont il est issu.

Prolifération de milices armées et trafic d'armes

Constitution controversée a finalement été approuvée par référendum, mais ce dernier s'est déroulé dans la violence après des semaines de troubles. Pour le camp présidentiel, cette Constitution devrait doter le pays d'un cadre institutionnel stable après la transition tumultueuse qui a suivi la chute de Hosni Moubarak le 11 février 2011. Pour l'opposition, le texte, rédigé par une commission dominée par les islamistes, porte atteinte aux libertés fondamentales. Elle ne représente pas la diversité de l’Égypte et ouvre la voie à une islamisation de la législation. En Libye, les autorités ont réussi à organiser des élections générales et à rétablir la production pétrolière mais l'insécurité et les menaces extrémistes n'ont pas disparu. La mort du dirigeant Mouammar Kadhafi a favorisé la prolifération de milices armées et le trafic d'armes dans la zone sahélo-soudanienne. Finalement, après de longues et laborieuses transactions, le Conseil de sécurité de l'ONU a autorisé « pour une période initiale d'un an », le déploiement de la Mission internationale de soutien au Mali (Misma) sous conduite africaine. Dans ce dossier, l'Union africaine, qui a élu la sud-africaine Nkosazana Dlamini-Zuma à la tête de la Commission face au Gabonais sortant, Jean Ping, agit en étroite coordination avec la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), qui a été à l'initiative de cette demande, même si ses membres n'étaient pas tous d'accord sur la marche à suivre. Aux termes de cette résolution, présentée par la France et adoptée à l'unanimité de ses 15 membres, le Conseil a demandé à la Misma d'aider les autorités maliennes à reprendre le nord du pays contrôlé par des groupes armés terroristes et extrémistes. Non sans avoir aidé au préalable les autorités maliennes à reconstituer la capacité des Forces de défense et de sécurité maliennes.

Macky Sall prêt à discuter avec les rebelles de la Casamance

Plus largement, l'Afrique de l'Ouest continue à se remettre de la crise politico-militaire qui a éclaté à l'issue de la présidentielle de 2010 en Côte d'Ivoire, où la situation revient progressivement à la normale : selon les dernières prévisions du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), quelque 46 000 Ivoiriens déplacés à l'intérieur du pays sont encore logés dans des familles d'accueil tandis que 86 670 ont regagné leur domicile et tentent de se reconstruire. Quant aux réfugiés et assimilés, toujours exilés au Liberia et au Ghana voisins, leur nombre atteint encore 5 000 personnes, auxquelles il faut ajouter quelque 1 000 demandeurs d'asile, tandis que 25 000 réfugiés ont été rapatriés en Côte d'Ivoire. Point positif dans cette région, la présidentielle sénégalaise, tant redoutée, n'a finalement pas viré au drame comme certains le craignaient, mais elle a débouché sur une alternance démocratique. Sans grand risque de bouleversements politiques : Abdoulaye Wade a cédé sa place à son ancien Premier ministre, Macky Sall, qui a réussi à gagner à sa cause les autres candidats malheureux : il a remporté le scrutin avec 65,80 % des voix, devenant ainsi le 4e Président de la République du Sénégal. Il a promis de se battre contre la corruption et s'est déclaré prêt à discuter avec les rebelles de la Casamance (un conflit tombé dans l'oubli depuis des lustres) avec qui il a déjà entamé des contacts sous l'égide de la communauté catholique italienne de Sant' Egidio.

En Afrique du Sud, des grèves parfois écrasées dans le sang

En Afrique australe, la situation est restée relativement paisible, mais les conflits, la sécheresse et la pauvreté qui sévissent dans d'autres parties du continent, notamment en Afrique de l'Est et dans la Corne, ont produit des flux croissants de réfugiés et de migrants. L'Afrique du Sud a reçu le plus grand nombre de demandes d'asile au monde. Parallèlement, des troubles sociaux dans le secteur minier l'ont secouée, des grèves parfois écrasées dans le sang. Les dirigeants ont réagi à l'augmentation de ces mouvements en imposant des mesures plus restrictives en matière d'entrées. La violence et la famine ont persisté en Somalie tout comme dans la région frontalière entre le Soudan et le Soudan du Sud. Les combats dans le sud et le centre du pays, associés à une famine et à une sécheresse en 2011, avaient fait fuir les Somaliens de leur pays.

Avec l'afflux de populations somaliennes, le HCR estime à plus de 917 000 les réfugiés somaliens dans la région, notamment en Ethiopie et au Kenya, a mis à rude épreuve les camps de réfugiés. Au total, plus d'un tiers de l'ensemble de la population réfugiée en Afrique subsaharienne est d'ailleurs d'origine somalienne. Au Soudan du Sud, le référendum sur l'indépendance, suivi par un conflit armé dans la région frontalière qui sépare le nouveau pays et le Soudan, déclenche, des déplacements importants dans les deux pays au-delà de leurs frontières. Au Darfour, les combats intertribaux ainsi que les affrontements entre le gouvernement central de Khartoum et les mouvements rebelles causent aussi toujours de nouveaux déplacements de populations et de la violence. Les conflits armés se sont aussi poursuivis en République démocratique du Congo, en particulier dans l'Est. La prolongation du mandat de la Mission de l'Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (Monusco) jusqu'au 30 juin 2013 contribuera-t-elle à atténuer le risque d'une dégradation plus forte des conditions de sécurité.

Le mouvement rebelle congolais M23 sanctionné par l'ONU

Dans son message de voeux à la nation, le chef de l'Etat congolais, Joseph Kabila, appelait depuis Kinshasa à la cohésion nationale pour mettre un terme au conflit en cours. Plusieurs rounds de négociations dans la capitale ougandaise le mois dernier n'ont pas suffi pour mettre un terme à la guerre qui sévit dans la province minière du Nord-Kivu et qui avait abouti à la prise de sa capitale régionale, Goma, pendant près de deux semaines. Parallèlement, ce 1er Conseil de sécurité de l'ONU a décidé des sanctions contre le mouvement rebelle congolais M23. En RCA, enfin, les rebelles menacent de renverser le régime Bozizé, pourtant soutenu jusqu'à présent par la France et les pays occidentaux en général. Le dirigeant centrafricain a demandé l'aide de Paris et des Etats-Unis, qui ne bougent pas, sauf pour assurer la sécurité de leurs ressortissants. Cet exemple fait ressortir les relations ambiguës que la France conserve avec l'Afrique même si elle rejette les relations particulières du passé. Il faut dire que Paris est tantôt sollicité tantôt rejeté par des partenaires qui estiment qu'elle en fait trop ou pas assez et cela même si l'Afrique a diversifié ses relations avec des pays comme la Chine, l'Inde, le Brésil ou les Etats-Unis.

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