La Tribune (Algiers)

Mali: Paris et Bamako déclenchent la guerre au Mali

Photo: RFI/Moussa Kaka
Groupes armés dans le Nord du Mali.

La stratégie de l'intervention de la France mise en oeuvre

La guerre avant l'heure au nord Mali a été déclenchée. L'armée malienne a déclenché, hier matin, une offensive contre les groupes armés occupant le nord pour reprendre la localité de Konna, conquise la veille par ces derniers. Selon un officier de l'armée malienne, cité par l'AFP, des appareils militaires de «pays amis» sont utilisés. «Actuellement, nous et nos alliés, organisons des tirs contre les positions islamistes à Konna, pour les repousser et contrôler entièrement la localité», et ces tirs proviennent «d'appareils militaires de pays amis», a-t-il ajouté. «Des militaires européens, dont des Français, sont présents au Mali pour repousser toute avancée des islamistes vers le sud du pays», a affirmé un autre responsable malien. «Nous ne dirons pas leur nombre, ni où ils sont, ni le matériel qu'ils ont. Ils sont là, nous remercions ces pays qui ont compris que nous avons affaire à des terroristes», a-t-il ajouté, s'exprimant sous couvert d'anonymat.

En moins de 48 heures les événements se sont précipités au Mali. Que s'est-il réellement passé ? Des agences de presse occidentales, citant des sources militaires maliennes et des témoins non identifiés, ont affirmé, il y a trois jours, que le groupe d'Ansar Eddine s'est allié avec Al-Qaïda au Maghreb Islamique, le Mujao (Mouvement pour l'unicité et le djihad en Afrique de l'Ouest) et des hommes de la secte islamiste nigériane Boko Haram. Ansar Eddine et ses alliés auraient décidé de s'attaquer à l'armée malienne, le jour même où des discussions prévues entre lui, le Mnla et Bamako ont été reportées à la demande des différentes parties.

Après des avertissements, des tirs de sommation, il y a eu l'affrontement entre l'armée malienne et les groupes armés.

Officiellement, l'armée malienne, qui repousse les négociations avec les groupes armés depuis des semaines en violation des recommandations de la résolution onusienne, ne fait aujourd'hui, que se défendre face, à la menace croissante des groupes islamistes. Deux jours de combat seulement ont suffit pour démontrer la fébrilité de cette armée qui a subi une cuisante défaite dans la première confrontation avec les combattants des groupes armés sur la ligne de démarcation entre le nord et le sud Mali. Les combattants d'Ansar Eddine ont assuré leur prise sur Konna, et ont marché sur Sévaré, la base avancée de l'armée malienne et dernier rempart avant Mopti.

Des témoignages indirects et des informations sur plusieurs réseaux sociaux ont fait état de nombreuses victimes dans les affrontements de ces derniers jours. Aucun bilan n'a pu être obtenu, mais un témoin a déclaré avoir appris qu'«un carnage» avait eu lieu à Konna. Selon une source du nord du Mali, cité par l'agence Nouakchott information, des affrontements violents ont opposé des combattants armés et des troupes maliennes près de Sévaré. Des affrontements à l'arme lourde avaient eu lieu dans la nuit avant de reprendre dans la matinée d'hier.

Selon le journal électronique mauritanien Sahara Média, «face à cette accélération des événements, la France a vite fait d'envoyer des forces spéciales jusque-là basées au Tchad, sans doute dans une démarche de sécurisation du seul aéroport dans la zone et dans la perspective de l'intervention militaire qui se prépare». Selon la même source, trois avions militaires transportant des armes et des soldats sont arrivés jeudi à Sévaré. «Les avions ont fait plusieurs rotations à l'aéroport de Sévaré où ils ont déposé du matériel et des hommes», a expliqué un travailleur de l'aéroport, sans donner de précisions sur le nombre et la provenance de ces avions.

Le président malien par intérim, Dioncounda Traoré, avait appelé, précisons-le, jeudi dernier, à une aide militaire française et au soutien de la communauté internationale. Une demande contenue dans deux lettres adressées l'une au secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, l'autre au président français François Hollande. La réponse de la France ne s'est pas fait attendre : «La France n'interviendra pas dans l'urgence» a déclaré le ministre délégué aux Anciens combattants, Kader Arif. La position française de participer aux combats dans le Nord Mali est aujourd'hui nuancée. Kader Arif déclare que la France n'interviendra pas dans l'urgence, n'excluant donc pas une éventuelle participation, contrairement à ce que ne cessait de répéter le président Hollande au début de ce conflit. D'ailleurs, le président français s'est également engagé à repousser «l'offensive terroriste» en déclarant hier, «la France répondra, aux côtés de nos partenaires africains, à la demande des autorités maliennes. Elle le fera strictement dans le cadre des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies et elle sera prête à arrêter l'offensive des terroristes si elle devait se poursuivre».

A New York, le déclenchement inattendu de la guerre a amené, jeudi dernier, le Conseil de sécurité de l'ONU à se réunir d'urgence à la demande de la France, selon une source diplomatique. Il a adopté à l'unanimité une déclaration demandant un «déploiement rapide» de la force internationale au Mali devant la «grave détérioration de la situation» sur le terrain. Il a appelé les Etats membres «à aider les forces de défense et de sécurité maliennes à réduire la menace représentée par les organisations terroristes et les groupes affiliés» qui contrôlent le nord du pays. Parallèlement, l'ONU continue de prôner le dialogue avec les groupes armés se démarquant du terrorisme et de la partition du pays. Mais des discussions prévues initialement jeudi entre le gouvernement malien, Ansar Eddine et la rébellion touarègue ont été reportées au 21 janvier.

Ainsi donc, la détérioration de la situation au Mali a permis de geler les discussions avec les Touareg et de lancer l'attaque contre les groupes occupant le nord. Elle a permis également l'intervention militaire des «pays amis et alliés» du Mali, ainsi que l'adoption par le Conseil de Sécurité d'une déclaration autorisant le déploiement rapide de la force internationale et de l'aide de ses pays membres.

Ne s'agit-il pas là d'un subterfuge permettant à Bamako d'échapper aux obligations de l'ONU de mener des négociations avec les Touareg ? Permettant à la France aussi d'engager la «guerre» tant prêchée en forçant la main à tous les autres pays qui ont appelé au dialogue ?

Il s'agit bien du fait accompli. Il n'y a nul besoin d'attendre aujourd'hui le déploiement de force internationale, approuvé par l'ONU le 20 décembre. Nul besoin de convaincre l'émissaire de l'ONU pour le Sahel, Romano Prodi, qui avait estimé que l'intervention ne pouvait avoir lieu avant septembre 2013. Aujourd'hui, face à la menace, la France et l'Union européenne ont évoqué l'urgence d'agir.

Reste maintenant de voir la réaction d'Ansar Eddine et des autres groupes extrémistes armés devant la position avancée des forces françaises dans la confrontation. Cette évolution de la situation est de nature à préoccuper les pays frontaliers du Mali y compris l'Algérie dont la réaction officielle est toujours attendue.

Le président malien mercredi à Paris

Le président malien par intérim, Dioncounda Traoré, est attendu ce mercredi à Paris pour rencontrer François Hollande, après avoir demandé à Paris de l'aide militaire pour lutter contre l'avancée des groupes armés du nord du pays. Le chef de l'Etat français a déclaré hier, lors de ses voeux au corps diplomatique, que «la France répondra», «strictement dans le cadre des résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU», à la demande d'aide militaire des autorités maliennes.

Le Premier ministre Malien demain en Algérie

Le Premier ministre malien Diango Cissiko effectuera une visite demain et lundi en Algérie où il doit notamment discuter de la situation au nord Mali. Cette visite permettra aux deux pays «de procéder à un échange de vues approfondi sur la situation au nord Mali et les efforts en cours pour un règlement de la crise multidimensionnelle qui affecte ce pays», ont précisé les services du Premier ministre dans un communiqué, cité par l'APS. Alger et Bamako doivent également discuter du «renforcement de la coopération entre les pays du champ (Algérie, Mali, Niger et Mauritanie) et les partenaires extrarégionaux pour éradiquer le terrorisme et le crime organisé qui constituent une menace pour la stabilité et la sécurité dans la région du Sahel», selon la même source.

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