Le Pays (Ouagadougou)

13 Janvier 2013

Afrique de l'Ouest: Intervention militaire au Mali - Le vin est tiré, il faut le boire

Photo: Ministère de la Défense Française
Lancement de l'opération Serval le 11 janvier 2013 - EMA / armée de l'Air

« Ça me fait honte dans mon pays qu'en cas de conflit, tout le monde réclame la France. » Les Maliens et avec eux beaucoup d'Africains ont dû se réveiller ces temps-ci avec en tête ce bout de chanson de l'artiste-musicien ivoirien Tiken Jah Fakoly. En effet, le Mali a dû appeler la France au secours face à l'avancée des islamistes qui règnent sur le Nord-Mali depuis un certain temps, au-delà de la ligne de front. La France de François Hollande qui, jusqu'ici, n'a cessé de marteler son envie de laisser les Africains gérer eux-mêmes ce problème malien et de n'apporter qu'un soutien logistique, s'est vue obligée de faire parler elle-même la poudre. Elle a été entrainée malgré elle dans la guerre, obligée qu'elle était d'intervenir pour contenir la déroute d'une armée malienne vraiment aux abois. Pour une fois, on ne peut raisonnablement pas se plaindre de l'action de la France sur le continent. Loin s'en faut.

Sans doute que cela est humiliant en ce sens que cela traduit une fois de plus l'incapacité des Maliens, et bien au-delà des Africains, à assumer pleinement la souveraineté acquise depuis plus de 50 ans au point de faire encore recours à la France pour sauver les meubles. Pour une fois que la communauté internationale a laissé à l'Afrique les coudées franches pour gérer un problème à l'interne, elle aura jusque-là étalé toute son incapacité à le résoudre. On peut donc saluer l'intervention salvatrice de la France. Certes, un contrôle total du Mali par ces islamistes n'aurait pas non plus servi les intérêts géostratégiques de la France, mais ce n'est pas à ce pays seul qu'une telle situation aurait desservi, à commencer par les populations maliennes et les voisins de ce pays. C'est dire combien l'intervention de cette France si aimée, si haïe en Afrique, aura été utile pour tous, sauf bien entendu les extrémistes.

En tout cas, même si on n'aime pas ce pays, on ne saurait, sauf à vouloir se ridiculiser, méconnaitre ici le fait qu'elle a fait oeuvre utile. Au moment où l'armée malienne en pleine déliquescence battait en retraite et où aucune force sous-régionale ou africaine n'était à même de prendre ses responsabilités au regard de la grave menace pour la paix que cette situation représentait, la France a dû, à son corps défendant, relever le défi et c'est tout à son honneur. Le sapeur-pompier français aura donc stoppé, non sans frais (perte d'un pilote dont l'hélicoptère a été abattu par les extrémistes), la conquête du Sud par les « illuminés du désert ». On peut dire sans risque de se tromper que sans cette armée française, la marche de ces « fous de Dieu » sur Bamako aurait été une promenade de santé, tant les soi-disant replis tactiques de l'armée malienne traduisent tout simplement son incapacité à faire le poids. Même le sulfureux capitaine Sanogo reconnaît à sa juste valeur le coup de main de l'armée française.

Il faut espérer que lui et ses hommes, ayant constaté leurs limites objectives, vont enfin se résoudre à ramer dans le sens du courant pour que la barque malienne sorte au plus vite des eaux tumultueuses dans lesquelles elle tangue depuis si longtemps. De toute évidence, les faits parlent contre Sanogo et ses partisans aussi bien civils que militaires dont les égarements n'auront servi qu'à faire du mal à leur pays en retardant la difficile mais nécessaire intervention militaire. Ces souverainistes-là sortiront certainement de l'histoire par la petite porte, eux qui en sont réduits aujourd'hui à applaudir l'armée française alors qu'ils disaient être en mesure de conduire eux-mêmes la reconquête du Nord sans appui de troupes extérieures. Ces faux héros qui crient fort mais qui sont prêts à prendre la poudre d'escampette au premier coup de canon doivent à présent avoir la « sagesse » de se ranger.

Pour l'Afrique dans son ensemble, cette situation doit pousser à la réflexion. Des géants comme l'Algérie ont manqué dans ce dossier malien une occasion en or pour affirmer leur leadership dans la zone, en aidant leur voisin à recouvrer son intégrité territoriale. A quoi aurait-on assisté si dans cette situation, la France avait fait montre d'autant d'incapacité que les pays africains ? Sans doute à une vraie catastrophe. La Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et l'Union africaine (UA) doivent tirer leçon de cette situation et se donner les moyens d'assumer un tant soit peu la souveraineté tant réclamée et si nécessaire de leurs Etats membres.

En ce qui concerne les partisans de la négociation, l'histoire leur donne tort. Il n'était de toute façon pas raisonnable de penser que Ansar Dine était fréquentable. En s'obstinant à le croire, le médiateur de la CEDEAO, le président Blaise Compaoré, l'aura appris à ses dépens. Il faut espérer qu'il prendra bonne note de cette attitude d'Ansar Dine qui n'a pas respecté ses engagements. Depuis longtemps, on savait que la guerre pour le contrôle définitif du Nord-Mali était inévitable. A quoi cela aurait-il servi de s'empêtrer dans des négociations avec Ansar Dine qui est de mauvaise foi et avec le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) qui, objectivement, n'a aucun pouvoir sur le terrain actuellement ? Cela a visiblement été une perte de temps et il est grand temps d'en tirer les conséquences.

Si le dialogue est encore possible, il faut avouer qu'il n'est plus vraiment souhaitable avec des gens qui n'ont aucun sens du respect de la parole donnée. Ce qui arrive est dans l'ordre normal des choses. On a du mal à imaginer de toute façon les termes d'un compromis auquel on aurait pu aboutir avec ces gens-là et qui tiendrait la route. A présent que le vin est tiré, il faut le boire. Il ne faut pas que l'intervention extérieure au Mali s'arrête en si bon chemin. Au contraire, il faut saisir l'occasion pour nettoyer autant que faire se peut le Sahel une bonne fois de ces « parasites » qui font la pluie et le beau temps. Pourvu que les troupes que les pays voisins du Mali promettent d'envoyer servent, avec le soutien de l'armée française dont la nécessité de la contribution ne fait l'objet d'aucun doute à présent, à faire le plus vite possible le ménage en profondeur dans cette zone.

En tout état de cause, l'expérience montre qu'en matière de guerre, celui qui hésite risque fort d'en payer le prix et les tergiversations passées n'ont servi qu'à renforcer les djihadistes dans leurs positions et à allonger, par voie de conséquence, la souffrance des populations. Si l'offensive militaire se poursuit en vue de la restauration totale de l'intégrité et de l'autorité territoriales du Mali, on pourra dire que finalement, ce sont les extrémistes qui, par arrogance et excès de confiance, auront eux-mêmes donné des verges pour se faire fouetter . Et il ne se trouvera pas grand monde pour plaindre leur sort.

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