Sidwaya (Ouagadougou)

13 Janvier 2013

Centrafrique: François Bozizé sauve son fauteuil

Photo: HDPTCAR
Rebel camp in the north-eastern Central African Republic.

Un ouf de soulagement pour le président centrafricain, François Bozizé. Il est parvenu à sauver, de justesse, son fauteuil et ne sera pas traduit devant la Cour pénale internationale (CPI), « pour crimes de guerre », comme l'exigeait la rébellion. Une rébellion qui, l'on se rappelle, a pris les armes, le 10 décembre 2012, car elle reprochait au pouvoir, le non-respect de divers accords de paix signés entre le gouvernement et les rébellions, notamment l'accord de paix global de Libreville, de 2008.

Et cette fois-ci encore, les négociations de Libreville, au Gabon, ont accouché d'un accord de sortie de crise. Cet accord qui intervient à l'issue de trois jours de pourparlers dans la capitale gabonaise, sous l'égide des pays d'Afrique centrale et signé, le vendredi 11 janvier 2013, par les belligérants centrafricains, prévoit un cessez-le-feu, le maintien du président François Bozizé au pouvoir et la formation d'un gouvernement d'union nationale.

Ainsi, les armes viennent de dicter leurs lois en Centrafrique. Par la force des armes, François Bozizé, a été contraint à faire des concessions, pour demeurer président de la République. Première reculade, après l'offensive et la pression de la Séléka, François Bozizé s'était engagé à ne pas se présenter, de nouveau, à la présidentielle de 2016 et avait accepté l'idée d'un gouvernement d'union nationale.

Toujours en position de force, la Séléka a obtenu la libération des personnes arrêtées en relation avec la crise. En contre-partie, le mouvement rebelle s'est engagé « à se retirer des villes occupées et à abandonner la lutte armée ».

Déjà, les exigences de la rébellion ont engendré des fruits sur le terrain, car le Premier ministre centrafricain, Faustin Archange Touadera, a été démis de ses fonctions. Le futur Premier ministre pourrait être l'avocat Nicolas Tiangaye, chef de la délégation de l'opposition aux pourparlers de paix de Libreville. En tous les cas, il revient que l'opposition centrafricaine l'a désigné à l'unanimité, comme futur Premier ministre du gouvernement d'union nationale, qui doit être formé, conformément aux accords de paix de Libreville, entre le pouvoir et la rébellion. « J'ai été désigné, à l'unanimité, par mes pairs. Nous avons envoyé le courrier, avec mon nom, au président de la République (François Bozizé), samedi à 18H00 (17H00 GMT) et nous attendons donc ma nomination », a affirmé Me Tiangaye. Ainsi, les Centrafricains pourront respirer en attendant que ceux qui se battent « en leur nom » pour le pouvoir, se partagent le gâteau.

La question qui se pose cependant, est de savoir combien de temps va durer ce léger répit ? Quand on sait que ce pays de seulement 5 millions d'habitants faisait face à près de 14 rébellions, sans compter l'opposition légale. L'on se demande si le gâteau suffira, surtout que chacun va vouloir la partie juteuse (ministère de la Défense, de l'Economie, de la Sécurité...), dans la composition du gouvernement.

Par ailleurs, en parcourant le texte issu des négociations, l'on se rend compte que François Bozizé sort fragilisé de ces négociations. Certes, il reste à la tête du pays, mais sans véritable pouvoir. Et pour cause, le texte prévoit la mise en place d'un cabinet d'union nationale et la nomination d'un nouveau Premier ministre issu de l'opposition démocratique, la dissolution de l'Assemblée nationale et l'organisation de législatives, dans douze mois. Plus compliqué, François Bozizé restera en place jusqu'à la fin de son mandat, en 2016, mais il ne « pourra révoquer » le nouveau Premier ministre, pendant la période de transition. Un Premier ministre qui ne dépend donc pas, en réalité, du président de la République. Visiblement, François Bozizé n'aura pas, par conséquent, d'autorité sur le nouveau Premier ministre qui, en plus d'avoir le soutien de toute l'opposition, peut compter sur la rébellion, en cas de retournement de veste. Ce qui annonce une cohabitation difficile.

Il reste donc à espérer que le sort réservé aux accords du 11 janvier 2013 ne soit pas le même que ceux de 2008, également signés à Libreville, au Gabon. Il faudra tout mettre en oeuvre, pour que, cette fois-ci, les clauses de l'accord soient mises en exécution.

Il appartient à la communauté internationale qui, d'habitude, traîne les pas, à agir avec diligence, pour mettre la Centrafrique, définitivement sur la route de la paix. La bonne nouvelle, c'est que l'ONU qui a réagi, peu après l'annonce de l'accord, à travers la représentante spéciale du secrétaire général de l'ONU dans le pays, Margaret Vogt, a signifié que « la communauté internationale doit maintenant s'engager plus fortement, diplomatiquement et financièrement, pour sortir la Centrafrique de l'ornière ».

Il est vraiment temps. Sinon, il suffira que François Bozizé, qui est dépouillé de l'essentiel de ses pouvoirs, veuille remettre en cause une partie des négociations, pour qu'une rébellion naisse encore, en Centrafrique, avec des conséquences imprévisibles.

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