Le Potentiel (Kinshasa)

Ouganda: Négociations de Kampala - l'opposition politique peine à concilier le « oui » et le « non »

L'opposition politique congolaise peine à concilier son refus de décembre 2012 et son accord de janvier 2013 de participer aux négociations en cours à Kampala (Ouganda) entre le gouvernement de la RD Congo et le M23.

Si, à l'entame des pourparlers, elle avait justifié son refus par le fait qu'elle ne pouvait pas aller discuter sur un accord dont on ne connaît ni les tenants, ni les aboutissants », elle argue aujourd'hui de « l'intérêt d'avoir une opposition politique qui a des propositions alternatives » pour expliquer sa participation.

Aussi, réclame-t-elle « la participation de l'opposition politique congolaise à ces pourparlers en tant que composante à l'instar de la solution à la crise centrafricaine, de la société civile et de la diaspora ainsi que la désignation par les Nations unies et l'Union africaine d'un médiateur international neutre ».

« Le M23 et le gouvernement partagent la responsabilité de ce qui se passe dans l'Est. C'est une compromission. D'où, l'intérêt d'avoir une opposition politique qui a des propositions alternatives qui peuvent les mettre face à face pour que, dans l'intérêt des Congolais, on sorte de ces pourparlers avec des réponses qui sont en adéquation avec les aspirations profondes des Congolais », a déclaré samedi 12 janvier Kinshasa le député MLC Jean-Lucien Busa au nom de ses collèges présidents de groupes parlementaires.

A en croire le Mouvement pour la libération du Congo (MLC), l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), les Forces acquises au changement (FAC), l'Union pour la nation Congolaise (UNC) et alliés ainsi que les Libéraux démocrates, « une négociation entre le gouvernement et le M23 n'en est pas une », parce que « les deux appartiennent à la Majorité présidentielle ».

L'Opposition politique demande aussi l'élargissement de l'ordre du jour des négociations de Kampala au-delà de l'évaluation des accords du 23 mars 2009, estimant que « les discussions de Kampala ne prennent pas en compte toute la problématique de l'insécurité dans l'Est, ainsi que les questions globales liées à la gouvernance du pays, à la démocratie et aux droits de l'homme ».

A leur retour vendredi 4 janvier à Kampala, les délégations du gouvernement congolais et du M23 se sont accordées sur un ordre du jour comprenant « l'évaluation de l'Accord de paix du 23 mars 2009 conclu par le gouvernement et l'ex-rébellion du CNDP, les questions sécuritaires, les questions sociales, politiques et économiques et les mécanismes de mise en oeuvre, de suivi et d'évaluation de l'Accord de Kampala ».

Les raisons du refus

Le 26 décembre 2012, le président du groupe parlementaire MLC Jean-Lucien Busa avait déclaré que les pourparlers entre le gouvernement congolais et les rebelles du M23, entamés à Kampala le dimanche 9 décembre, ont été « une perte de temps et d'argent », affirmant qu'« il est clair que ceux qui sont partis à Kampala ont perdu le temps et l'argent de la République ».

Durant deux jours, les opposants avaient eu un long débat avant de décider de ne « pas aller à Kampala ». La raison en était qu'« il s'agit d'évaluer l'Accord du 23 mars 2009 entre le gouvernement et le mouvement rebelle, appelé Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) à l'époque ».

« L'opposition politique n'avait pas participé à la négociation en 2009, il n'y a pas de raison qu'elle y soit maintenant. Aller négocier, discuter sur un accord dont on ne connaît ni les tenants, ni les aboutissants, qu'est-ce que cela veut dire ?», avait expliqué le leader des Forces acquises au changement, Martin Fayulu.

« Les revendications du M23, c'est leurs problèmes à eux. Nous avons d'abord notre problème : on doit assurer la cohésion, la réconciliation nationale avant toute autre chose », avait-il ajouté.

Pourtant, le gouvernement avait voulu d'une « d'une représentation politique incluant l'opposition » à présenter en face du M23 pour ouvrir les négociations à Kampala. Mais, les quatre groupes d'opposition de l'Assemblée nationale ainsi que ceux du Sénat avaient rejeté la proposition.

« L'opposition ne veut pas d'un strapontin pour assister à une négociation entre le pouvoir et les rebelles. Elle se réserve cependant la possibilité de participer aux pourparlers dans un deuxième temps si on lui donne vraiment la parole », avaient encore expliqué les partisans du refus.

Selon Jean-Lucien Busa, « la réduction de la question de l'Est à l'application de cet accord » est l'une des raisons pour lesquelles les groupes parlementaires de l'opposition avaient boycotté ces pourparlers auxquels ils étaient pourtant conviés.

« On nous a appelés pour être des observateurs et des témoins. Mais, avez-vous déjà vu dans le monde des députés et des hommes politiques aller à une discussion politique comme témoins? On n'est pas des rigolos.

« Il faut se poser les bonnes questions pour trouver les bonnes réponses. Pourquoi les gens en viennent-ils à prendre des armes pour conquérir le pouvoir ? Il y a un lien inextricable entre les questions politiques, sécuritaires, de gouvernance et les problèmes sociaux », avait-il souligné, avant d'appeler à « un dialogue inclusif et responsable ».

Pourtant, deux députés de l'opposition politique avaient pris part à ces assises, François Mwamba de l'Alliance pour le développement et la République (ADR) et Christian Badibangi de l'Union socialiste congolaise (USC) qui, rentré à Kinshasa, avait déclaré à la presse qu'« on aurait eu tort de refuser d'aller à Kampala ».

« A ce niveau je suis observateur. Je contrôle les choses pour qu'elles ne dérivent pas dans le sens des négociations », avait-il soutenu.

L'opposition parlementaire avait fait savoir que « l'ordre du jour devrait être élargi au-delà de l'évaluation des accords du 23 mars 2009 » signés entre le gouvernement congolais et les rebelles du CNDP, dont est issu le M23.

Le gouvernement s'oppose à la participation de l'opposition

Le porte-parole du gouvernement congolais s'est opposé le dimanche 13 janvier à la participation de l'opposition politique aux pourparlers de Kampala.

« Les revendications de l'opposition, qui reprennent mot pout mot les propositions de l'association M23, visent plutôt à banaliser et normaliser un crime contre notre peuple et l'associer au déroulement du fonctionnement des institutions de notre pays. Nous trouvons cela totalement inacceptable», a déclaré Lambert Mende Omalanga.

« Nous avons, à Kampala, une rencontre qui implique les institutions de la République avec une association criminelle dénommée le M23. Et de l'autre part, le président de la République a décidé d'initier des échanges pour conforter la cohésion nationale face aux groupes criminels qui soutiennent l'agression à l'intérieur du pays », a-t-il expliqué.

Il a fait remarquer qu'« il ne faut pas confondre les pourparlers entre le gouvernement et le M23 avec les échanges que le chef de l'Etat a décidé d'initier en vue de conforter la cohésion nationale en RDC ».

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