16 Janvier 2013

Ouganda: Qui a tué la jeune député Cerinah Nebanda ?

La mort de Cerinah Nebanda

La disparition, à 24 ans de Cerinah Nebanda laisse l'Ouganda dans la consternation. La veille de sa mort, le mois dernier, elle a eu une dispute publique avec le président Museveni. Certains se demandent si l'incident n'est pas une forme d'avertissement aux autres députés.

Voici le témoignage du député ougandais Chris Baryomunsi. Il est l'un des premiers à avoir vu le corps de Nebanda, avant de passer cinq jours en prison.

Dans la soirée du 14 décembre, nous avons appris que Cerinah Nebanda venait de mourir et se trouvait dans l'un des hôpitaux privés ici à Kampala. J'ai été parmi les premiers membres du Parlement à recevoir cette information. Je me suis précipité à la clinique et on m'a confirmé qu'elle était morte. Depuis lors, nous essayons de déterminer la cause de cette mort soudaine.

La veille de sa mort, le président a prononcé un discours spécial devant le Parlement. Il a dit que le secteur de la santé en Ouganda s'était amélioré, et qu'il y avait assez de médicaments dans les établissements de santé. Nebanda a dit que ce n'était pas vrai : dans sa propre circonscription, il n'y avait pas de médicaments. Le président avait promis d'organiser un voyage afin qu'ils puissent ensemble inspecter les structures de santé dans son district.

Nebanda était une députée remarquable, courageuse et intrépide. Elle affrontait tout le monde, y compris le président, si elle était convaincue que la position qu'ils avaient n'allait pas dans l'intérêt du peuple.

Un acte criminel ?

Nebanda était en bonne santé. Même le matin de sa mort, elle est venue au Parlement. Donc, quelque chose s'est passé dans un laps de temps assez court et a entraîné sa mort. Étant une personne très en vue et une politicienne au franc-parler, nous avons pensé qu'elle avait peut-être été empoisonnée. Tout le monde a pensé qu'il s'agissait d'un acte criminel.

C'est pourquoi nous nous sommes immédiatement rassemblés à l'hôpital. Nous avons convenu avec la police que la famille fasse venir avec le Parlement un médecin légiste et que le gouvernement en fasse autant, pour tenter d'établir la cause du décès. Mais plus tard, la police a agi de façon tout à fait étrange et a fait savoir que les observateurs comme moi ne devraient pas faire partie du processus. Cela a suscité beaucoup de suspicion au sein du public.

Lorsque le médecin légiste désigné par le Parlement et la famille de Nebanda était sur le point d'embarquer dans un avion pour l'Afrique du Sud, la police l'a arrêté. Les échantillons ont été enlevés de force de son sac. Certains d'entre nous, qui faisaient partie de ce processus, ont été arrêtés et accusés d'avoir volé les parties du corps d'un être humain.

Noël en prison

Pendant que je me rendais dans ma circonscription, la veille de Noël, j'ai rencontré un barrage routier érigé pour me rechercher. La police a dit avoir reçu des instructions de la haute hiérarchie pour m'arrêter et me ramener à Kampala. Lorsque j'ai demandé pourquoi, ils m'ont dit qu'ils ne savaient pas, mais en avaient reçu l'ordre. J'ai été amené dans un commissariat à Kampala et j'ai passé cinq jours en prison, bien que notre constitution indique clairement que le suspect ne doit pas être détenu pendant plus de 48 heures.

Pour en revenir à Nebanda, la police avait déjà annoncé avant que nous entrions dans la salle d'autopsie que Nebanda était morte des suites d'une overdose de stupéfiants et d'alcool. Nous nous posons donc la question de savoir comment ils peuvaient tirer une telle conclusion avant même qu'on ait ouvert le corps.

La crainte d'être critique

Peut-être que cette mort consiste à soumettre les députés, et consiste à leur faire craindre d'être critique. Mais je ne pense pas que cela peut marcher. Quoi qu'il en soit, les députés vont être encore plus critiques, franc-parleurs, indépendants d'esprit et objectifs.

Menaces, arrestations, et même les tentatives d'assassinat - tout cela ne peut pas m'affaiblir. Jamais.

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