Le Pays (Ouagadougou)

Afrique Centrale: Rebellions en RCA et en RDC - Crises similaires, approches différentes

Il existe une similitude frappante entre les crises militaro-politiques en Centrafrique et en République démocratique du Congo. Des causes presque identiques, des accords de paix mal négociés, des rapports de forces favorables aux rebellions sur le terrain, et surtout des engagements jamais respectés par les régimes en place. Deux pays aux sous-sol scandaleusement riches et qui suscitent les convoitises de toutes les puissances régionales, occidentales, indiennes et asiatiques. De même, ces deux rébellions disaient vouloir s'emparer du pouvoir central dans leurs deux capitales respectives.

Si les rebelles centrafricains se sont retrouvés aux portes de Bangui, ceux de la RDC ont dû battre en retraite, en se retirant de Goma, rendant du coup impossible leur marche sur Kinshasa. Les rebelles congolais du M23 n'ont jamais réussi à obtenir le soutien de l'opposition démocratique. Celle-ci a cherché à éviter toute instrumentalisation de sa cause et n'a pas voulu apparaître apatride aux yeux de l'opinion congolaise. En RDC, et cela est devenu une coutume, les différentes rébellions sont régulièrement accusées d'être des créations ougandaise et rwandaise. Elles seraient parrainées par les présidents Kagamé et Museveni, deux hommes qui se connaissent de longue date, après leur expérience commune de maquisards au Mozambique, au sein des forces du Frelimo dirigées, à l'époque, par Samora Machel.

Dans la crise que vit la RDC, depuis la rencontre improvisée du 21 novembre 2012 à Kampala entre les présidents Kabila, Kagamé et Museveni, rien n'a véritablement bougé. Le choix d'un obscur ministre ougandais pour piloter les négociations entre les rebelles du M23 et le gouvernement congolais pose un problème à la fois de considération et de méthode. Comment comprendre que, face à une crise aussi complexe et qui secoue cette région depuis plus d'une décennie, on n'ait pas pu assister à l'implication forte du président ougandais dans ce dossier ? Si un accord de cessez-le-feu et de sortie de crise a pu être signé à Libreville, entre les rebelles de la Séléka et le régime de Bangui, il faut le lire comme une victoire du médiateur, Sassou Nguesso. Mais l'avenir dira s'il s'agit d'un accord durable et juste, et non d'un accord obtenu à n'importe quel prix. Souhaitons avec Kant que, pour arriver à une paix perpétuelle, « aucune conclusion de paix ne doit valoir comme telle, si une réserve secrète donne matière à une guerre future ».

Contrairement à Bozizé, on a l'impression que Kabila, ayant réussi à berner la rébellion du M23, ne voit plus un intérêt quelconque à négocier. Le président congolais sait que les rebelles et leurs parrains ougandais et rwandais ne chantent pas la même musique. Le Rwanda et l'Ouganda misent sur l'affaiblissement du régime de Kabila, et non sur son départ, un Kabila qui règne mais ne gouverne pas. La situation géostratégique de la RDC n'a rien à voir avec celle de la Centrafrique.

En RDC, le problème n'est pas que territorial, il est aussi lié fondamentalement à une crise de l'idée de citoyenneté. Les Tutsis nés au Congo sont souvent présentés comme une cinquième colonne et sont victimes d'ostracisme et de discrimination, de déni de citoyenneté. Après le génocide perpétré contre leurs frères et soeurs du Rwanda, ils ont vu arriver sur le sol congolais une masse de génocidaires, majoritairement adeptes du Hutu Power. Pour Kigali, l'enjeu est d'empêcher ces anciens génocidaires de lui nuire, par tous les moyens nécessaires. Quant à l'Ouganda, ce pays a déclaré une guerre totale à la rébellion mystico-religieuse de l'illuminé Joseph Kony et son armée de résistance du Seigneur.

Pour Museveni, hors de question de négocier et d'aboutir à un compromis avec une organisation qui mène une guerre du sacré, c'est-à-dire une guerre de l'impossible. Enfin, contrairement à la Centrafrique qui a très vite obtenu le soutien de ses voisins, en RDC, on a le sentiment que les voisins ont intérêt à entretenir des rébellions, ce qui leur facilite le pillage des richesses du sous-sol congolais. Victime collatérale du conflit en RDC, le Congo de Sassou qui accueille de nombreux réfugiés, y prendra-t-il une initiative de médiation et de paix ? Sassou va-t-il oser, après sa victoire personnelle à Libreville ? Il faut l'y encourager, lui en donner l'envie et les moyens. Non, en RDC, la paix n'est pas impossible et introuvable.

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