Africa Info (Douala)

18 Janvier 2013

Centrafrique: Un opposant premier ministre

Photo: Facebook
Nicolas Tiangaye nouveau Premier Ministre centrafricain

Ai-Rca — Après plusieurs jours d'attente, l'opposant et avocat centrafricain Nicolas Tiangaye a été nommé jeudi Premier ministre du gouvernement d'union nationale après l'offensive de l'alliance rebelle Séléka suivi de l'accord de paix de Libreville signé le 11 janvier. « Le plus dur commence », a confié le nouveau Premier ministre .

« Le problème que le gouvernement doit résoudre en urgence, c'est la pacification du pays et la restructuration de l'armée. Car sans la paix, on ne peut rien. Ensuite, il faudra conduire le pays vers les législatives dans un proche avenir et prendre des mesures économiques et sociales pour relancer le pays », a-t-il ajouté

Selon l'accord de Libreville, M. Bozizé ne peut révoquer le Premier ministre qui est en place pour une période de 12 mois renouvelable. M. Tiangaye ne pourra pas se présenter à la présidentielle de 2016, de même que le président François Bozizé, arrivé au pouvoir par les armes en 2003.

Juriste réputé et défenseur des Droits de l'homme, Me Tiangaye a été nommé après une cérémonie de plusieurs heures au palais présidentiel de Bangui en présence des membres de la majorité présidentielle, de l'opposition démocratique, de l'alliance rebelle Séléka, des rebelles ayant adhéré aux anciens accords de paix et de la société civile.

Au terme de la réunion, le président Bozizé a signé le décret de nomination d'un de ses adversaires qu'il apprécie le moins.

« Nous allons nommer Me Nicolas Tiangaye. Tiangaye est fils du pays. Il a travaillé. Il veut de ce poste. Pas de palabres. Nous lui souhaitons bonne chance » a affirmé M. Bozizé soulignant, dans une apparente allusion à la franc-maçonnerie dont tous deux sont membres: « il sera au pied du mur, et où voit-on le maçon? ».

« Si le gouvernement ne travaille pas pour le peuple, s'il travaille pour ses poches, ou n'exerce pas dans le sens de l'intérêt national, cela ne servira à rien », a-t-il prévenu.

Auparavant, le chef du Séléka, Michel Djotodia avait confirmé le choix de Tiangaye et demandé la « libération de tous les prisonniers politiques ».

Un autre chef rebelle, le général Mahamat Moussa Dhaffane, en uniforme, avait assuré: « Le vrai mal de notre pays c'est l'exclusion. On n'est pas rebelle par conviction (...) Nous sommes d'accord pour que les choses changent. M. le président, changez! Nous aussi nous changerons. Le pays a besoin de paix et de développement économique. Je veux qu'on lègue à nos enfants un pays paisible et prospère ».

Prochain test: la formation du gouvernement

Le Séléka demandait le départ du président Bozizé qui dirige un des pays les plus pauvres du monde miné par les rébellions et putsches qui l'ont empêché d'exploiter un sous-sol pourtant riche en diamants, pétrole, or et uranium.

Une fois le suspense de la nomination du Premier ministre terminé, un nouveau test commence: celui de la composition du gouvernement. Il devra comprendre des membres de toutes les composantes du dialogue à Libreville.

« Je ne peux pas vous dire quand la liste du gouvernement sera rendue publique, il faut entamer les négociations », a précisé M. Tiangaye.

Le président Bozizé a proposé un gouvernement de 30 ministres avec 5 membres pour l'opposition, 5 pour le Séléka, 4 pour les anciens rebelles, 4 pour la société civile et 12 pour la majorité présidentielle, revendiquant les postes de « souveraineté » pour son camp.

Il n'est pas sûr d'obtenir satisfaction. Seule certitude, la Défense ira au Séléka.

Le Premier ministre a tenu un discours apaisant; « Nous sortons d'un conflit. Il faut éviter de nouvelles crises, privilégier la concertation et aplanir les divergences » tout en « assurant la cohérence de l'action gouvernementale ».

Il a balayé sa relation personnelle conflictuelle avec le président Bozizé: « Même dans une famille, les gens n'ont pas les mêmes appréciations des problèmes, a fortiori quand on dirige un pays. Cela ne constitue pas un élément de blocage au plan politique. Je n'ai pas de problème personnel avec le président ».

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