Magharebia (Washington DC)

22 Janvier 2013

Afrique du Nord: Un 'groupe multinational' derrière l'attaque en Algérie

Alger — Des terroristes originaires de Mauritanie et d'Egypte ont participé à l'attaque sanglante contre le complexe gazier en Algérie.

Au moins trente-sept otages étrangers et un Algérien ont été tués lors de l'attaque terroriste perpétrée contre le complexe gazier situé dans le désert algérien, a fait savoir le Premier ministre Abdelmalek Sellal le lundi 21 janvier.

Vingt-neuf terroristes ont également été abattus par les forces de sécurité algériennes lors de leur opération de libération des otages détenus dans le complexe gazier d'In Anemas, a-t-il précisé. S'adressant aux journalistes lundi dans la soirée, le Premier ministre a ajouté que trois militants avaient été capturés.

Parmi les assaillants se trouvaient onze Tunisiens, trois Algériens, deux Nigériens, un Canadien et d'autres venus d'Egypte, du Mali et de Mauritanie.

La plupart de ces militants étaient originaires du Mali, a précisé l'AFP citant Sellal. Ces terroristes étaient venus par le Niger avant d'entrer, semble-t-il, en Algérie en provenance de Libye. Sellal a ajouté que le leader de ce groupe était Mohamed el-Amine Bencheneb, un militant algérien connu par les services de sécurité du pays, qui a été tué lors de l'assaut.

Les forces spéciales algériennes ont réussi à libérer 685 otages algériens et 107 étrangers lors de leur opération de sauvetage.

Sellal a également révélé qu'un Canadien d'origine arabe se faisant appeler "Shaddad" avait communiqué avec les ravisseurs durant le siège via l'Internet depuis la Mauritanie.

Le ministre algérien des Communications Mohamed Said a expliqué que son pays avait été la cible d'une attaque multinationale menée par un groupe composé de terroristes de différentes nationalités affichant un triple objectif : saper la sécurité et la stabilité de l'Algérie, viser les sources de recettes du pays en frappant le secteur pétrolier, et entraîner l'Algérie dans la guerre au Mali.

Il a ajouté que ces groupes veulent corrompre l'Algérie, l'un des pays restés stables au lendemain des agitations dans les pays voisins.

Le leader de la brigade El Moulethemine ("la Brigade des masqués") Mokhtar Belmokhtar a revendiqué cette attaque dans une vidéo diffusée le 17 janvier. Belmokhtar a créé la brigade des "Signataires par le sang" après avoir quitté al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) et déclaré son allégeance à l'organisation-mère al-Qaida.

Selon les spécialistes, Belmokhtar, également connu sous le nom de Khaled Abou El Abass ou Laaouar, a rassemblé des combattants de plusieurs nationalités, notamment des Tunisiens, des Egyptiens, des Libyens et des Maliens, en profitant de l'instabilité dans la région après le Printemps arabe. Il a voulu donner à sa nouvelle katibat une dimension "multinationale" face à l'alliance mondiale de lutte antiterroriste.

L'objectif premier de Belmokhtar est de "mettre en place un groupe terroriste international au Sahel et au Sahara, semblable à al-Qaida qui comporte des combattants de diverses nationalités", selon Taher Ben Thamer, un ancien officier de l'armée, qui a ajouté que ce terroriste espère contrôler de vastes régions du désert au détriment des autres groupes locaux et régionaux.

Ben Thamer a souligné la lutte féroce qui existe entre les groupes terroristes régionaux et la forte rivalité entre leurs leaders pour contrôler l'argent tiré des trafics et du paiement des rançons.

"Belmokhtar tente de s'imposer comme un acteur essentiel dans la région", a ajouté Ben Thamer. "Il est parvenu, au moins dans les médias, à imposer son nom dans cette région."

Il a ajouté que le groupe qu'il dirige "pourrait être tenté de renouveler sa tentative et pourrait viser d'autres pays et les intérêts des pays étrangers, de manière à apparaître comme le numéro un dans la région et à en chasser tous les autres groupes terroristes".

"Cette attaque menée contre le complexe gazier d'In Amenas a été une tentaitve de s'en prendre au coeur même de l'économie algérienne et aux partenaires économiques du pays", a estimé Mohamed Sameem, universitaire spécialisé dans les questions de sécurité.

Il a souligné que la participation de terroristes canadiens à cette opération "était un élément que le groupe voulait s'efforcer de faire connaître, pour envoyer le message selon lequel les citoyens des pays occidentaux luttent aux côtés des éléments de ces groupes ; cela devait donner une dimension internationale à leur opération".

Les témoignages des survivants montrent que l'un des terroristes parlait couramment l'anglais. Il a par la suite été confirmé qu'il s'agissait de ce Canadien membre du groupe, qui s'adressait à un certain nombre d'otages britanniques dans leur propre langue, en leur hurlant dessus pour qu'ils ouvrent la porte avec un fort accent nord-américain.

Le Premier ministre Sellal a précisé qu'un terroriste canadien donnait des ordres à ses hommes pour qu'ils fassent exploser l'usine de manière à stopper l'avance des forces spéciales. Il a ajouté que le groupe avait effectivement tenté de faire exploser ce complexe en jetant une bombe qui a causé une explosion dans un gazoduc, avant que les personnels de la défense civile et des ouvriers de l'usine n'interviennent pour éteindre l'incendie.

Sellal a souligné la dimension régionale de cette opération terroriste en parlant de la dégradation de la situation sécuritaire le long de la frontière sud de l'Algérie, par suite de la prise de contrôle de larges régions du Mali par les islamistes armés.

"Nous refusons la mise en place d'un Sahelistan à nos frontières sud", a déclaré Sellal, soulignant la nécessité de lutter contre les menaces terroristes dans le nord du Mali.

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