Rwanda: Paris arrête un présume génocidaire, mais Kigali reste sceptique

Arusha — Le Rwanda affirme douter de plus en plus de la volonté de la France de traduire en justice les suspects de génocide présents sur son territoire, en dépit d'une nouvelle arrestation, cette semaine, dans ce pays accusé par Kigali de protéger les auteurs du génocide des Tutsis de 1994.

Recherché par Kigali pour génocide et crimes contre l'humanité, Innocent Musabyimana, 40 ans, a été interpellé en Côte d'Or, selon les autorités judiciaires françaises.

Cet homme inconnu du grand public rwandais a été arrêté sur demande du parquet général du Rwanda qui avait émis un mandat d'arrêt contre lui.

La justice française, qui a jusqu'ici refusé de renvoyer vers leur pays d'origine les Rwandais soupçonnés d'implication dans le génocide des Tutsis, devra se prononcer le 30 janvier sur la demande d'extradition rwandaise de novembre 2012.

« Il n'y a aucune raison pour personne au Rwanda de se laisser emballer par cela, parce que l'Histoire ne justifie pas un tel emballement », a déclaré mercredi à l'Agence Hirondelle, le procureur général du Rwanda, Martin Ngoga.

Dans une interview publiée la semaine dernière par le journal français Jeune Afrique, Ngoga n'excluait pas des poursuites rwandaises contre la France qu'il accusait de « ne rien faire concernant les suspects de génocide » vivant sur son territoire.

« Nous prenons juste note de ce qui est arrivé et laissons les choses comme cela. D'une part, c'est bon que cette arrestation ait eu lieu, mais d'autre part, cela ne devrait pas être une distraction de ce que nous observons depuis des années comme un comportement général et peut-être même une politique de la France», a poursuivi Ngoga joint au téléphone à Kigali.

Même scepticisme de la part du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), une association française.

« Il y a peu de chance qu'il soit remis aux autorités de son pays dans la mesure où aucune chambre (française) n'a à ce jour répondu positivement aux demandes du Rwanda », écrit dans un communiqué, Alain Gauthier, président du collectif.

« Les rares fois où la réponse a été positive, c'est la Cour de cassation (la plus haute autorité judiciaire en France) qui a annulé la décision », rappelle M. Gauthier qui prévient que « Musabyimana risque de couler en France des jours heureux».

L'association, qui est à l'origine de l'ouverture de plusieurs enquêtes au sujet de Rwandais soupçonnés de participation au génocide des Tutsis, déplore, comme le Rwanda, qu'aucun procès n'ait été encore ouvert en France.

© Agence Hirondelle

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