L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

27 Janvier 2013

Egypte: La révolution en otage

L'Egypte se préparait, hier, à de nouvelles manifestations à l'occasion non seulement du deuxième anniversaire, vendredi passé, du soulèvement ayant abouti à la chute de Moubarak, mais surtout des funérailles, prévues pour avoir lieu dans l'après-midi, des 31 personnes tuées la veille à Port-Saïd dans le nord-est du pays lors d'affrontements consécutifs à la condamnation à mort de 21 supporters du club de football local d'Al-Masry ; une mort par balles réelles selon des indications de médecins à l'AFP, que l'armée n'a pas manqué de démentir, et des condamnations à mort tout aussi diversement expliquées : pour leur implication dans la mort de 74 personnes à l'occasion d'un match de foot contre le club cairote d'Al-Ahly en février 2012 ; par souci d'éviter des troubles de la partie des supporters, très organisés, d'Al-Ahly, les «Ultras», qui auraient menacé de créer le chaos si le verdict n'était pas assez sévère.

«C'est un verdict politique, qui a sacrifié nos enfants pour éviter le chaos, nos enfants sont des boucs émissaires», a ainsi déclaré un habitant, Achraf Sayyed ; d'où le fait que, samedi, des résidants de Port-Saïd ont attaqué deux postes de police de cette ville et que des proches des condamnés ont essayé de prendre d'assaut la prison dans laquelle ces derniers sont détenus ? Des heurts ont également, dans la nuit, été signalés à Suez à l'entrée du canal du même nom, où quatre commissariats ont été attaqués.

Auparavant, 8 personnes y avaient été tuées la veille au cours d'affrontements à la faveur du «Jour de la révolution», lequel commémore le début du soulèvement populaire du 25 janvier 2011 contre Hosni Moubarak.

Alors que la situation est tendue dans le pays, l'opposition à Morsi et Cie islamiste, organisée dans le Front du salut national (FSN), réclame, comme remède à la crise politique, une «solution globale» incluant notamment un «gouvernement de salut national», faute de quoi, a-t-elle prévenu, elle boycotterait les législatives prévues pour mars ou avril et réclamerait la tenue d'une présidentielle anticipée.

Rappelons que l'opposition, laïque, et le pouvoir sont à couteaux tirés depuis novembre, date à laquelle le président Mohamed Morsi s'est attribué des pouvoirs exceptionnels pour accélérer un projet de constitution, rédigé par une commission dominée par ses fidèles et avalisé depuis par référendum.

En fait, le problème de l'Egypte, c'est celui des longs règnes (Moubarak a régné 30 ans), surtout qu'en Afrique, pour mieux pérenniser son pouvoir, on ne prépare jamais sa succession. On ne désigne pas le successeur d'un chef du vivant de ce dernier sous nos tropiques, dit-on. Résultat en Egypte : il est impossible de balayer du jour au lendemain l'ordre ancien légué par Moubarak et de le remplacer par un nouvel ordre que socialistes nassériens, libéraux démocrates et islamistes surtout tirent à hue et à dia ; d'où, en l'absence de consensus national sur la nouvelle gouvernance du pays, la prise en otage de la révolution de la place Tahrir.

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