Sidwaya (Ouagadougou)

28 Janvier 2013

Tchad: Affaire Hissène Habré - Enfin le procès ?

Photo: Bacary Dabo/allafrica.com
Palais de justice de Dakar

« Nous pouvons vous assurer, conformément à l'engagement que le président de la République du Sénégal a démontré depuis le sommet de juillet 2012 à Addis-Abeba - que le procès Hissène Habré va démarrer au premier trimestre 2013 », a récemment annoncé la conseillère juridique de l'Union africaine (UA), Djenna Diarra. Et l'ancien dirigeant tchadien accusé de crimes contre l'humanité, a-t-elle indiqué, devra comparaître devant des Chambres africaines extraordinaires, composées de juges du continent.

Exit donc les tribunaux sénégalais jugés « incompétents » et « pas objectifs » et place à un tribunal à caractère international, comme cela avait été souhaité. « Il fallait un système qui permette d'avoir beaucoup d'objectivité, de transparence. Et nous avons estimé que la meilleure formule était le système qui a été mis en place au Cambodge (ndlr : pour juger les anciens dirigeants Khmers rouges). La formule permet d'avoir toutes les garanties d'un procès où les droits de la défense sont garantis (...) », a opiné Mme Diarra, à propos de l'idée des Chambres africaines extraordinaires. Si le procès d'Hissène Habré démarrait effectivement à bonne date au Sénégal, le verdict, a-t-elle rapporté, devrait être connu dans un délai de 15 mois, notamment en 2014. Et bien évidemment, l'accusé pourra faire appel en cas de besoin, comme le prévoit la loi. A voir l'évolution des choses, l'on peut dire que l'UA est déterminée à en finir avec l'affaire Hissène Habré, qui a fait couler beaucoup d'encre et de salive. Les problèmes de mise en place d'une juridiction « compétente » et de finances avaient fini par faire de ce procès, une sorte de mythe africain.

Fort heureusement, des avancées ont été enregistrées ces derniers temps, sous l'impulsion de l'UA, qui souhaite la tenue de cet important procès. Fidèle à sa politique de voir « l'Afrique juger les Africains », l'organisation continentale entend ainsi doter la Cour africaine des droits de l'homme et des peuples (CADHP) de compétences, qui lui permettront de juger des crimes graves, des crimes contre l'humanité et des génocides. En entendant l'atteinte de cet objectif, l'UA devra réellement oeuvrer à ce que le procès Habré se tienne effectivement, et dans la transparence totale. Déjà, certains observateurs trouvent que le président tchadien, Idriss Déby, tombeur de l'accusé, va être « l'enquêteur en chef » du futur procès, ce d'autant plus qu'il est appelé à prendre en charge une partie des frais y afférents. Et la conseillère juridique de l'UA à beau affirmer que les avocats de la défense auront « tout le loisir » et « toute la plateforme » d'exposer leurs arguments, des doutes subsistent encore au sujet du « bon » déroulement de ce procès aux relents politiques.

Croisons alors les doigts et espérons qu'Hissène Habré répondra pour de vrai de ses actes, car cela n'a que trop duré. Exilé au Sénégal depuis sa chute en 1990, l'ancien Président tchadien, Hissène Habré, a régné en dictateur dans son pays pendant huit ans. Ainsi, il est soupçonné d'être responsable de la mort de près de 40 000 personnes, ce qui a prévalu à son inculpation pour crimes contre l'humanité, crimes de guerre et actes de torture. Et les faits qui accablent l'ancien président sont têtus.

A la veille du renversement de son régime, dit-on par exemple, 300 détenus politiques avaient été déjà exécutés. Pis, en janvier 1992, plusieurs fosses communes ont été découvertes près de N'Djamena, la capitale tchadienne, et certaines comportaient, semble-t-il, 150 squelettes de détenus arbitrairement tués. Déjà condamné par contumace pour crimes contre l'humanité par un tribunal de son pays, Hissène Habré devra prouver son innocence par rapport à toutes ces horreurs. Vivement ce procès !

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