Le Soleil (Dakar)

Mali: L'armée sénégalaise au Mali - Les « Jambars », comme d'habitude...

Un imposant porte-hélicoptères, «Le Bixmude » est au port de Dakar depuis trois jours. Parti de Toulon, ce navire, qui appartient à la flotte française de la Méditerranée, a débarqué à l'arsenal de la marine des hommes, beaucoup d'armes et du matériel destinés au Mali.

Cette présence rappelle que la capitale sénégalaise est un enjeu géostratégique. En effet, comment pouvait-on imaginer un engagement militaire français dans le Nord-Mali sans une base logistique, un point d'ancrage sûr, stable, et proche du théâtre des opérations ?

Et surtout, comment pouvait-on penser opérer chez nos voisins de l'Est sans passer par Dakar ? Cela ne date pas d'aujourd'hui...

A la fois porte océane du Sahel, de l'Atlantique sud (guerre des Malouines) et de l'Afrique de l'ouest, Dakar est dans son rôle alors que les bandes armées qui sévissaient dans le triangle Gao-Tombouctou-Kidal prennent la pleine mesure de ce que vaut l'engagement d'une puissance comme la France, même si certains africains sont courroucés de voir l'ancienne puissance coloniale, soixante ans après les indépendances, rester dans son rôle de « gendarme ». Mais c'est bien le Mali qui a appelé au secours...

Il y a deux niveaux de réflexion. La première a trait à l'engagement des forces armées sénégalaises. Les « Jambars » ont pris le temps de la préparation.

Pendant plus d'un mois, dans divers centres tactiques, ils se sont entraînés, côtoyé l'environnement qu'ils vont découvrir sous peu (après les 50 éléments précurseurs) et se sont surtout acclimatés.

C'est que, fidèles à leur réputation, ils n'ont sans doute pas envie d'y aller pour faire de la figuration. Au regard de la typologie des militaires qui seront déployés dans le « Sahelistan », il y a fort à parier que le Sénégal va y jouer un important rôle, surtout que l'armée française a déjà fait le gros du travail...

Il est notable de constater que ce sont des unités « très » spéciales qui ont été désignées pour participer à la Force africaine au Mali (Misma) : principalement l'artillerie et l'élite de l'armée de terre.

Toutefois, il y a lieu de noter que cette mission, une énième Opex, depuis le Congo en 1960, est particulière : terrain à la fois proche et hostile ; conglomérat de forces pas nécessairement de la même culture militaire et, question essentielle, la durée. Combien de temps durera cette intervention ?

Héritière d'une forte tradition d'opérations extérieures, pour la préservation de la paix, l'armée sénégalaise a, soit, arboré, la bannière bleue des Nations-Unies (Congo, Sinaï, Côte d'Ivoire, Rwanda), soit celle de l'Union africaine (Darfour), avant d'entreprendre « le temps des coalitions », toujours sous résolution onusienne (première guerre du Golfe) ;

passées les opérations Fodé Kaba I et II (Gambie), est venu le temps d'une affaire domestique (Guinée-Bissau) et, ensuite, celui des questions liées à la prise en charge des nouveaux défis, comme celui qui voit le Sénégal s'engager pour un pays frère, mais aussi pour lui-même.

Deuxième niveau, la caractéristique du conflit au Nord-Mali, très particulier en ce sens que ce n'est pas une armée organisée qui a fait mobiliser la communauté internationale, mais une nébuleuse, à la fois héritière des restes de l'islamisme algérien, de la nébuleuse islamiste internationale et du jamais démenti irrédentisme de l'armée de l'Azawad.

Ce ne sera pas pour l'armée sénégalaise, comme cela fut souvent le cas pour elle, une opération d'interposition, ou de restauration de la paix entre des belligérants, mais bien une mission de sécurisation de sanctuaires du moment que le Mali et la France ont repris les anciennes positions des rebelles couverts sous le manteau islamiste.

Les opérations purement bellicistes devraient s'estomper mais le propre d'organisations comme les « jihadistes » est de savoir attendre le passage de la tempête.

Naturellement, ce ne sera pas facile. Mais l'expérience des forces armées sénégalaises n'est plus à démontrer. Ce conflit est typique des nouvelles guerres. Un ennemi pas forcément identifiable ; qui sait se fondre dans les populations et qui, surtout, transcende les frontières classiques.

Cependant, les questions affleurent. Pourquoi la Force africaine de réaction n'est-elle toujours pas opérationnelle ? Pourquoi le financement de ce type de mission est-il toujours assujetti à l'aide extérieure (le Sénégal a « cotisé » pour près d'un milliard F.Cfa) ?

Après le retrait de l'armée française, comment les « rebelles » se comporteront-ils ? Comment couvrir une zone aussi large que le Nord-Mali ?

Mieux, ce dossier va au-delà des avions de chasse, fusils d'assaut et engins blindés. Comme le dit Philippe Hugon, ancien professeur à l'Iris, « le volet militaire au Mali doit s'accompagner, dès maintenant, d'autres volets, humanitaire, politique et économique ».

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