Le Potentiel (Kinshasa)

1 Février 2013

Ouganda: Kampala - Chronique d'un échec annoncé

Photo: Innocent Olenga-Radio Okapi
Le M23 se dirgeant ce dimanche 9 décembre vers la salle de conférence de Munyonyo à Kampala

Discrètement mais résolument, le président Denis Sassou Nguesso de Congo/Brazzaville travaille déjà pour une solution de rechange au dialogue hypothétique de Kampala, engagé entre Kinshasa et les rebelles du M23.

Une tripartite Sassou-Kabila-Kagame est projetée dans les tout prochains jours en territoire du Congo/Brazzaville pour explorer de nouvelles pistes de sortie de crise dans l'Est de la RDC. Chronique d'un échec annoncé.

Le dialogue de sourds - du reste prévisible - instauré entre Kinshasa et les rebelles du M23 à Kampala ne surprend que ceux qui font preuve d'une ignorance flagrante de la géopolitique dans la région des Grands Lacs africains.

Une recherche des solutions aux problèmes récurrents de l'Est de la RDC à Kampala, considéré jusqu'à ce jour comme l'un des soutiens aux rebelles du M23, ne pouvait qu'accoucher d'une souris.

Des voix se sont élevées autant à l'intérieur de la RDC qu'à l'extérieur pour dénoncer ce paradoxe, mais la dynamique sous-régionale de la CIRGL a pris le dessus sur les récriminations de l'opinion publique congolaise.

Le gouvernement, ayant décidé de jouer à fonds la carte de la solution diplomatique dopé par de demi-victoires lâchées de temps en temps par la communauté internationale pour appâter la RDC, a donc décidé d'explorer à fond le schéma de Kampala pour une sortie de crise apaisée.

En fait de demi-victoires, il s'était plus agi des stratégies diplomatiques visant à innocenter Kampala et Kigali dans leur soutien avéré et documenté au M23.

Il n'est bon, dit un vieil adage, de courir derrière deux lièvres à la fois. Kinshasa a feint d'ignorer cette réalité. Il en paie aujourd'hui le prix.

Un jeu dangereux

Ce jeu de cache-cache ne pouvant perdurer, Kinshasa s'est vu dans l'obligation de recadrer son angle d'approche afin de s'aligner, tant soit peu, à la volonté de la majorité des Congolais.

De leur côté, les rebelles du M23 ont adopté des dispositions allant dans le sens de conforter la position de leurs parrains - question de se frayer en même temps un certain crédit à l'échelle nationale.

Les négociations directes obtenues après la prise de Goma a permis au M23 de s'investir du statut de partenaire de paix en face du gouvernement.

Fort de ce statut, le M23 s'est trouvé en droit d'imposer ses vues lors des pourparlers directs engagés à Kampala. Par ailleurs, l'Ouganda, pourtant cité comme pays agresseur dans le rapport final du groupe d'experts des Nations unies, ne pouvait aucunement faciliter le dialogue entre Kinshasa et le M23.

Cependant, Kinshasa a préféré une fois de plus passer outre cette évidence, s'appuyant certainement sur la dynamique de l'action déployée au sein de la CIRGL.

A défaut d'aplanir les divergences sur des préalables, le dialogue de Kampala s'est précipité à colmater les brèves, reléguant au second plan des questions essentielles ;

celles sur lesquelles le M23 fonde son action. C'est ainsi que le langage des sourds s'est installé, tirant en longueur les négociations qui ne devraient pas, en principe, s'éterniser.

Des prémices ne pouvant conduire qu'à une mauvaise conclusion, l'impasse était inévitable à Kampala. Au départ, les parties au dialogue ne s'étaient pas mis d'accord sur les contenus réels des points inscrits à l'ordre du jour de ces pourparlers.

En fait, chacun y est allé avec son appréhension. Pour l'adoption de l'ordre du jour, la délégation gouvernementale et celle du M23 se sont hâtées lentement.

Les deux délégations se sont même permis des vacances pour les festivités de fin d'année, sous le regard hagard d'une population congolaise meurtrie.

Alors que les rebelles du M23 se disaient partisans d'un ordre du jour englobant tous les sujets à conflit, incluant notamment la remise en cause de l'ordre institutionnel issu du double scrutin du 28 novembre 2011, le gouvernement s'en est tenu mordicus à la seule évaluation de l'accord conclu le 23 mars 2009 à Goma.

La médiation ougandaise a dû user de beaucoup de tacts pour obtenir des avancées, sans toutefois parvenir à concilier les deux camps.

Le schéma de la médiation, portant sur deux commissions, l'une travaillant sur les questions sécuritaires, l'autre sur la politique, le social, l'économie, n'a pas non plus été agréé par Kinshasa qui ne nourrissait aucune intention « de refaire le Congo à Kampala ». Pour Kinshasa, « une telle mise en oeuvre équivaut à organiser un débat sur la politique globale de la RDC ».

Ainsi, prévu jusqu'au 31 janvier, le dialogue bat de l'aile. En principe, les échanges entre le gouvernement et le M23 devaient se poursuivre jusqu'à une certaine date - du reste inconnue de la médiation. L'essentiel, susurre-t-on, à Kampala est d'arriver à la conclusion d'un accord entre les deux parties.

Pendant que la solution diplomatique à travers la CIRGL avait fait l'objet d'une désapprobation générale, le gouvernement congolais était le seul à accorder encore du crédit à cette initiative pilotée par des pays, reconnus agresseurs par diverses organisations internationales.

A ce jour à Kampala, un seul point est traité, notamment celui en rapport avec l'évaluation de l'accord du 23 mars 2009.

Les pourparlers, qui évoluent à pas de tortue à Kampala, auraient dû pousser Kinshasa à quitter la table des négociations.

Les points en rapport avec la situation politique, sociale, ... ayant été entamés, il apparaît clairement que Kinshasa exécute un agenda qui ne tient pas compte de la volonté des Congolais. A quel jeu joueraient donc les autorités politiques de Kinshasa ?

Difficile à préciser. Toujours est-il que Kinshasa étonne, autant par ses méthodes que par ses prises de position qui, de manière explicite, tentent d'épargner des pays de la CIRGL, visiblement indexés par le dernier rapport du groupe d'experts des Nations unies.

Sassou dans la discrétion

Ayant pris la présidence tournante de la CIRGL, Denis Sassou du Congo/Brazzaville travaille assidument sur le dossier RDC.

Le président Kagame a prétendu que la RD Congo était « un problème pour la sous-région des Grands Lacs », il appartient au président Sassou Nguesso d'en confirmer ou d'en infirmer la pertinence.

Dans une totale discrétion, le doyen des chefs d'Etat de la CIRGL doit prendre en main la gestion du dossier de la crise dans l'Est de la RDC.

La médiation de la crise congolaise doit quitter Kampala pour Brazzaville. La position ambigüe de l'Ouganda n'est pas de nature à favoriser ce dialogue.

Denis Sassou Nguesso ne maîtrise-t-il pas mieux les enjeux de la sous-région que tous les autres chefs d'Etat réunis ? Les résultats fort probants de sa médiation dans la crise centrafricaine jouent clairement en sa faveur.

La fin sans éclat des pourparlers de Kampala était prévisible. Rien ne pouvait changer à cette donne. Tous les ingrédients étaient réunis pour que ces négociations n'accouchent que d'une souris.

Sans être prophète de malheur, l'opinion publique congolaise avait vu juste. Les négociations de Kampala n'étaient que de la distraction. Aujourd'hui, c'est plus qu'une évidence, la sortie de la crise dans l'Est de la RDC, ne viendra pas certainement de la CIRGL - encore moins de Kampala.

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