L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

4 Février 2013

Centrafrique: La énième trahison de Bozizé

En janvier dernier, des pourparlers de paix sur la crise en Centrafrique ont été tenus pendant trois jours à Libreville. Ils avaient permis de définir les conditions d'un cessez-le-feu et d'un règlement politique global associant la majorité présidentielle, l'opposition démocratique, les mouvements non combattants, la coalition Séléka et la société civile.

Le président François Bozizé, à cette occasion, avait promis un gouvernement d'union nationale et de renoncer à se succéder en 2016. «Je vais respecter toutes les décisions qui ont été prises lors de la rencontre de Libreville», avait déclaré le natif de Mouila au Gabon.

On croyait la situation en Centrafrique en voie de normalisation quand, soudain le dimanche 3 janvier 2013, la composition du nouveau gouvernement, annoncée sur les ondes de la radio nationale, est venue assombrir l'horizon, provoquant le mécontentement de la Séléka.

En effet, la méthode employée par Bozizé et la répartition des postes sont contestées par l'opposition politique et la rébellion.

Le Premier ministre, Nicolas Tiangaye, aurait été pris de court par le décret présidentiel annonçant la nomination des membres du gouvernement d'union nationale.

En plus d'être le chef du gouvernement, il a également à sa charge les Finances et le Budget. Michel Djotodjia, le dirigeant de la Séléka, lui, est à la Défense.

Des ministères délégués ont été créés relevant de ces deux postes cités, et le département des Mines a été scinde en deux : une partie revient à la Séléka, et l'autre, à un proche de la présidence.

Pour les observateurs de la scène politique centrafricaine, les équilibres semblent respectés, mais, en réalité, Bozizé a gardé pour lui certains ministères-clés comme ceux de la Diplomatie, de la Justice et de la Sécurité.

La nouvelle équipe gouvernementale n'est pas encore entrée en fonction que, déjà, elle suscite la polémique : selon un opposant, «François Bozizé a modifié seul la liste, sur laquelle il y avait encore des divergences. Il est passé en force et évidemment il y a un malaise».

«Nous ne nous retrouvons pas dans ce gouvernement, et nous n'y siégerons pas», a affirmé pour sa part le général Daffhane, un des patrons de la rébellion.

Cette situation porte un coup dur au processus de paix et altère le climat politique dans un pays où pouvoir et rébellion s'accusent mutuellement de ne pas tenir les engagements pris à Libreville et même de préparer une reprise de la guerre.

Martin Ziguélé, cet ancien Premier ministre qui s'affiche comme l'un des principaux opposants au chef de l'Etat, ne passe pas par quatre chemins pour dire que «Bozizé n'a jamais tenu aucun de ses engagements».

Pas étonnant, puisque l'homme est coutumier du fait. On se rappelle bien qu'en mars 2003, quand il a marché sur la capitale à la tête d'une rébellion, il avait à l'époque fait le serment de diriger juste la transition et de ne pas se présenter aux élections deux ans après. De même les résolutions et recommandations du dialogue politique inclusif de décembre 2008 n'ont pas été appliquées.

En retouchant à sa guide la liste des membres du nouveau gouvernement, Bozizé signe sa énième trahison. Il se refuse à jouer franc-jeu.

Pour ses promesses non tenues, il perd sa crédibilité devant ses pairs de la Communauté économique des Etats de l'Afrique centrale (CEEAC), qui ont volé à son secours quand la Séléka menaçait de prendre Bangui.

Les Centrafricains eux-mêmes semblent désabusés, car, avec un président inconstant, l'éclaircie n'est peut-être pas pour demain.

Rien ne dit donc que François Bozizé, comme il l'a promis, quittera le pouvoir en 2016. Avec cette nouvelle donne, la rébellion pourrait reprendre du poil de la bête, et ce serait dommage pour la paix dans cette partie du continent.

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