Le Potentiel (Kinshasa)

5 Février 2013

Mali: Hollande prêche la concorde

Trois semaines après le début de l'opération Serval menée conjointement par les forces françaises et maliennes contre les islamistes armés au Nord du pays, le président François Hollande s'est rendu le samedi 2 février au Mali pour une visite de quelques heures. Accueilli en libérateur à Bamako et à Tombouctou, il prône le dialogue entre Noirs et Touaregs.

Accompagné d'un fort parfum de communication présidentielle, François Hollande a présenté samedi à Bamako sa feuille de route politique aux autorités maliennes. L'armée française a conduit en trois semaines une guerre éclair. Le Nord du pays est libéré de l'emprise des islamistes. Maintenant s'ouvre une nouvelle phase, qui garde sa dimension militaire, car les opérations vont durer contre les groupes terroristes encore vivaces le long de la frontière avec l'Algérie.

« Le terrorisme a été repoussé, il a été chassé, mais il n'a pas encore été vaincu. Le combat n'est pas terminé, les groupes terroristes sont affaiblis, ils ont subi de lourdes pertes, mais ils n'ont pas disparu (...) La France restera avec vous le temps qu'il faudra », a déclaré François Hollande.

Mais la dimension politique va de plus en plus s'imposer, l'issue du conflit dépendant de la qualité du dialogue que pourront nouer les autorités maliennes de Bamako et les Touaregs qui continuent de défendre leur particularisme au Nord.

Réconciliation démocratique

Accompagné du ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, du ministre en charge de la Défense, Jean-Yves Le Drian, et du ministre du Développement, Pascal Canfin, l'arrivée à Tombouctou du chef de l'Etat français et de son homologue malien, Dioncounda Traoré, symbolise la victoire des troupes françaises et maliennes à qui les deux présidents ont rendu hommage.

« Je savais que c'était un terrain qui n'était pas facile, vous avez accompli une mission exceptionnelle avec l'armée malienne, sur le territoire qui est le sien », a indiqué le président français. « Vous avez conduit des opérations avec une prouesse incroyable, j'ai été informé heure par heure », a-t-il ajouté.

Il sied de noter que la ville de Tombouctou avait été prise en avril 2012 par les Touaregs « laïcs » et indépendantistes du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), supplantés par les groupes armés liés à Al-Qaïda en juin, avant d'être libérée par les troupes franco-maliennes.

La ville a été également choisie pour lancer un message de réconciliation entre Noirs et Touaregs. L'imam de la grande mosquée Djingareyber, que les deux présidents ont visité, a lancé vendredi un appel à « la retenue » et à « l'arrêt des pillages », dans son premier prêche depuis la fuite des djihadistes, qui a libéré les frustrations des populations noires à l'endroit des Arabes et Touaregs.

Avec la ferme volonté de vouloir aider les Maliens à vivre dans la paix, dans la stabilité, François Hollande entend bien engager les autorités maliennes à dialoguer avec les indépendantistes touaregs du MNLA.

« Je vais au Mali aussi pour qu'il y ait un dialogue politique qui puisse permettre que le Mali, après avoir chassé les terroristes, puisse retrouver la stabilité et l'esprit de concorde », a-t-il indiqué vendredi à Paris.

Sans l'intention de « vouloir se mêler de la vie politique malienne », il déclare samedi à Tombouctou : « Toutes les parties prenantes de la vie politique malienne peuvent se présenter aux élections et concourir au suffrage ». Une issue favorable au dialogue entre les Noirs, les touaregs et les autorités maliennes éviterait -sans nul doute- la création d'une entité régionale touareg au Nord, plus ou moins autonome de Bamako.

Élections «avant le 31 juillet»

Les déclarations de François Hollande ne sont pas sans importance, car même après que l'Etat malien aura effectivement rétabli son autorité sur les principales villes du Nord, il y aurait encore de déplacés (près de 400 000 personnes ont fui leurs domiciles en un an) pour de longs mois, jusqu'à ce qu'un processus politique véritablement durable leur permette de rentrer chez eux. Et les animosités perdureront entre les communautés.

Selon l'AFP, des négociations entre les autorités maliennes de transition et les groupes armés qui rejettent le terrorisme et la partition du pays devront s'engager, et le président par intérim, Dioncounda Traoré, a affirmé qu'il souhaitait organiser les élections, si possible, « avant le 31 juillet ».

« Les contraintes temporelles sont arithmétiquement jouables. Avant juillet, l'Administration peut être remise en place, les réfugiés et déplacés peuvent retourner chez eux. Tout le processus électoral peut être mis en place », a affirmé Boubacar Touré du Rassemblement pour le Mali (RPM, de l'ex-Premier ministre Ibrahim Boubacar Keita).

Madou Diallo, secrétaire général de l'Assemblée nationale, met cependant en garde contre un scrutin à la saison des pluies (de juin à octobre), pendant laquelle de nombreuses localités rurales sont difficilement accessibles.

Seule voix discordante sur l'avenir du pays, Younouss Hameye Dicko, responsable d'une coalition favorable aux putschistes et opposée aux autorités de transition, ironise sur « des miracles » annoncés.

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