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Afrique: Message à tous les jeunes d'Afrique et d'ailleurs - L'excision est un crime contre l'humanité

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À l'occasion de la Journée internationale de tolérance zéro face aux mutilations génitales féminines, le 06 février 2013, l'Organisation Jeunesse Africaine interpelle les jeunes de tous les pays afin qu'ils usent de leur tact et de leur détermination pour protéger les filles et les jeunes femmes et mettre un terme au cycle infernal de leur excision.

En effet, l'excision et sa variance plus large connue sous le nom de mutilations génitales féminines (MGF), c'est l'ablation partielle ou complète des organes génitaux féminins. Les filles et les jeunes femmes soumises à cette pratique encourent, pour leur santé et leur vie, des risques énormes dont la transmission des maladies, les incommodités lors des relations conjugales, les complications lors des grossesses et des accouchements et même les décès sont les cas les plus répertoriés. Elles vivent donc un traumatisme physique et psychique indescriptible.

Historiquement, l'excision est une pratique instituée dans le but de soumettre la femme à la volonté de l'homme, guerrier et nomade par essence et régulièrement absent du domicile conjugal. La pratique a donc visé, dans un premier temps, à rechercher la fidélité de la femme par la suppression de son désir libidineux, avant de trouver plus tard une justification esthétique à l'effet de couvrir le mal. Devenu rite traditionnel, elle s'est répandue à travers les continents, et les jeunes femmes y ont été contraintes pour accéder au mariage et recevoir la bénédiction parentale, pendant que les garçons et les jeunes adultes, même ceux conditionnés par des traditions sédentaires et non guerrières, ont fini par y voir eux aussi la condition de la fidélité de leurs futures épouses.

Pourtant, les mutilations génitales féminines ne peuvent empêcher l'infidélité ou la disposition à un amour renouvellé. L'amour est un élan de coeur qui n'a rien à voir avec la sexualité. Ce qui empêche l'infidélité et agrandit l'amour au foyer, c'est la capacité de l'homme à rendre son épouse heureuse par la création d'un cadre et des conditions propices à son épanouissement intégral. D'ailleurs, dans certains pays de l'Afrique de l'est où ces pratiques ont pris les formes des rituels organisés par les politiques et reclamés par les femmes afin d'être comblées de cadeaux, on assiste à la montée progressive de l'infidélité, preuve que l'effet contraire s'est produit, dans la mesure où celles qui n'accèdent pas à l'équilibre conjugal se retrouvent en situation de le rechercher ailleurs. Vu sous cet angle, les mutilations génitales féminines sont, pour les hommes qui les défendent, des pratiques inappropriées au travers desquelles ils affichent leur incapacité à jouer pleinement leur rôle d'époux et à s'élever au-delà leur propre dépréciation de la nature et de la beauté de la femme. Pour les exciseuses, elles sont l'expression d'un aveuglement voulu, parce que fondamentalement masochiste et basé sur un désir latent voire patent de torturer ciniquement la jeune fille.

On ne peut surtout pas oublier que dans certaines communautés en Afrique, la pratique de l'excision et des MGF a fini par devenir une profession, de sorte que les femmes exciseuses n'attendent que la naissance des filles pour prospérer dans le métier. En se transformant en ordre professionnel, l'excision a volé à des générations d'épouses leur dignité et leur féminité. Elle a volé aux filles leur jeunesse et leur bonheur. Elle a complexifié les relations amoureuses et empêché pour toujours le partage de la joie de vivre dans les couples. Si rien n'est fait, cette pratique deviendra l'une des grandes sources de dislocation du tissu social en Afrique et ailleurs.

Pour ce qui est du cas spécifique de l'Afrique, ce ne sont pas seulement ses civilisations nomades, guerrières et patriarcales qui sont à plaindre pour avoir imposé à la femme soumission et résignation. Les systèmes de gouvernement des États actuels, copiés qu'ils sont sous le modèle de ces civilisations, ont pêché par un grand manque de détermination dans la lutte contre les mutilations génitales féminines. Bon nombre de gouvernants africains voient encore dans la disparition de cette pratique le début de l'émancipation de la femme et redoutent sa conséquence immédiate qui est l'acquisition des libertés. Les femmes constituant la plus grande partie de la population africaine, le manque de détermination de ces États révèle la difficulté qu'ont les régimes peu démocratiques à s'accomoder d'une grande propension à la liberté. Dans cette perspective, les actions coordonnées des jeunes ciblant la fin de ce fléau en Afrique ne constitueront pas moins une contribution décisive à la réalisation de ce noble objectif qui est celui de la démocratisation du continent.

Pour y parvenir, il urge de trouver le moyen de le stopper définitivement en faisant savoir aux exciseuses que si la fidélité est le but visé, les traditions africaines regorgent de nombreux enseignements permettant de garantir le bonheur et la pérennité des couples. En effet, il y a, dans toutes les campagnes et villes d'Afrique, des femmes âgées ayant pour mission d'éduquer la jeune fille qui va en mariage et de lui enseigner tous les aspects de la vie maritale à travers la révélation des secrets jusque-là tenus tabous. Dans le prolongement de cette tradition maritale, il faut travailler, dans les cercles familiaux, villageois, communautaires et sociaux, à remplacer le métier d'exciseuses par celui d'éducatrices des filles, et s'assurer que le salaire ou le perdieme de l'excision soit transféré à l'éducation. Il importe d'être, aussi bien pour les exciseuses que pour les époux, de bons pédagogues. C'est le moment de les aider, par les arguments ici présentés, à abandonner cette forme de violence aveugle, ce masochisme social déshumanisant.

On ne peut cependant pas manquer de reconnaître que tout comme l'Unicef qui adopta la convention relative aux droits de l'enfant, l'Union africaine a adopté en 2006 la charte de la jeunesse africaine dont l'article 20, alinéa 1 (a) précise l'intention des États membres d' «éliminer toutes les pratiques traditionnelles qui portent atteinte à l'intégrité physique et à la dignité de la femme». Force est cependant de constater que dans les pays signataires de cette charte où des lois anti-excision ont par ailleurs été promulguées, la pratique s'est intensifiée dans la clandestinité, se frayant le chemin jusqu'aux portes de l'Occident, en Europe et en Amérique du Nord.

La loi à elle seule ne suffisant plus, il revient à la jeunesse de prendre son destin en main en dénichant cette pratique dans tous les coins et recoins des villes et des pays, dans les cercles fermés des familles et des communautés ethniques où elle a encore droit de cité. Ce faisant, les jeunes femmes devront s'engager à devenir elles-mêmes des éducatrices pour leurs mères et leurs tantes exciseuses. Quant aux jeunes Africains et d'ailleurs, ils devront aller à la rencontre des sultans, lamidos, chefs traditionnels et autorités religieuses (imams, prêtres et pasteurs) porter leur message de non violence à l'égard des jeunes filles.

La répétition, dans la génération présente, de la forfaiture des anciens et le transfert de celle-ci aux générations à venir sera la traduction de la trahison sans contredit de la mission de la jeunesse. Il faut y mettre fin. Car au demeurant, l'excision n'est-elle pas pour la femme ce qu'est la castration pour l'homme? C'est donc un crime contre l'être humain, un crime contre l'humanité.

Pour l'Organisation Jeunesse Africaine

Maurice NGUEPE, Secrétaire Général

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