Le Pays (Ouagadougou)

Tunisie: Manif anti-française - Ces islamistes amnésiques !

Depuis l'assassinat de l'opposant laïque Chokri Belaïd, le 6 février dernier, la Tunisie a renoué avec ses vieux démons.

Le pays est sous très haute tension. Aux manifestations de rue dirigées contre le parti islamiste, s'ajoutent des contre-manifs organisées par les partisans dudit parti qu'on accuse d'être derrière ce crime odieux, deuxième du genre depuis l'avènement d'Ennahda au pouvoir.

Mais le plus surprenant dans toute cette confusion sociopolitique est le sentiment anti-français qui a commencé à se développer en Tunisie.

En effet, tout est parti des déclarations du ministre français de l'Intérieur, Manuel Valls qui, se prononçant sur le meurtre de Belaïd, a parlé de « fascisme islamiste ».

Il n'en fallait pas plus pour provoquer l'ire des dirigeants tunisiens. Au cours d'une marche de soutien au parti islamiste Ennahda, organisée le 9 février dernier, des milliers de manifestants ont pris d'assaut les rues de Tunis, scandant des slogans hostiles à la France.

Il est peu de dire qu'en pareille occurrence, Tunis a vite brandi l'antienne de la souveraineté nationale. Et arguant du fait qu'elles ont été portées au pouvoir par des élections démocratiques, les autorités tunisiennes déclarent qu'elles n'ont pas de leçons à recevoir de la France. Soit !

Le parti islamiste oublie volontiers qu'en tant que système de gouvernance, la démocratie ne saurait être réduite à la simple organisation d'élections transparentes, quoi que cela demeure un principe cardinal.

Car, à quoi serviraient des élections crédibles, si après coup, dans un pays, les citoyens vivent dans la psychose sans aucune protection civile qui, du reste relève du pouvoir régalien de l'Etat ? Rien.

Peut-être faut-il rappeler au parti islamiste tunisien que même les nazis, qui ont été à l'origine de la première guerre mondiale, ont été portés au pouvoir par les urnes. Fallait-il pour autant s'y accommoder et cautionner leurs errements ? Non.

A moins de se reprocher quelque chose, Ennahda aurait dû prendre acte de toutes les critiques qui fusent de partout contre lui, et exiger l'ouverture rapide d'une enquête indépendante plutôt que de s'adonner à un nationalisme primaire ridicule.

Du reste, on a bien envie de dire que les islamistes tunisiens ont la mémoire courte. Car, la plupart des dirigeants d'Ennahda ont vécu en exil en Europe, notamment en France où, il faut le dire, ils ont bénéficié d'un soutien indéfectible des plus hautes autorités.

On se rappelle d'ailleurs que bien des mandats d'arrêt internationaux, délivrés contre certains islamistes par le pouvoir de Ben Ali, avaient été rejetés par les autorités françaises.

Quelle ingratitude ! Quelle amnésie ! En tout cas, le véritable défi que doit travailler à relever Ennahda est de mettre fin à la violence en Tunisie.

Car, on ne saurait parler de souveraineté nationale dans un pays où un groupe d'individus s'arroge le droit de vie ou de mort sur les autres.

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