L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

12 Février 2013

Afrique: Aide américaine «ciblée» pour guerre généralisée

Kadré Désiré Ouédraogo, le président de la Commission de la CEDEAO, avait déjà dit un truisme dans le dossier malien, bien avant le début de l'opération «Serval » : C'est le fonds qui manque le plus !

Comme dans toute guerre, l'argent est très déterminant dans l'issue des hostilités. Les Etats-Unis d'Amérique, présents sur plusieurs fronts, le savent si bien. C'est une des raisons pour lesquelles, ce 11 février, Barack Obama a ordonné de pourvoir la France et le Tchad de 25 milliards de F CFA (50 millions de dollars) pour renforcer leurs capacités dans la guerre que leurs troupes mènent contre les djiadistes dans le Nord-Mali.

Raisons officielles invoquées par le président américain ? «J'ai déterminé qu'il existait une situation d'urgence imprévue requérant une assistance militaire immédiate au Tchad et à la France dans leurs efforts en cours pour protéger le Mali des terroristes et des extrémistes violents».

En vérité, ce coup de pouce sélectif épouse parfaitement les contours du sacro-saint pragmatisme américain qui veut que seuls ceux qui sont vraiment actifs sur les théâtres d'opérations méritent aide et assistance. Or, et on l'aura constaté, un mois après que l'armée tricolore a pris pied sur les dunes de sable, seuls les contingents tchadiens sont très visibles sur le terrain.

C'est donc pratiquement en guise de prime d'encouragement aux plus méritants que les USA ont décidé de faire cette rallonge financière.

La France mérite bien ce soutien outre-atlantique, elle qui, au début, avait juré ne pas envoyer de troupes au sol, mais qui, finalement, a dû le faire, face à l'urgence évoquée d'ailleurs par Obama. Idem pour le Tchad, dont le président, Idriss Déby Itno, a longtemps louvoyé, à juste raison d'ailleurs avant de céder.

C'est connu, pour l'Amérique, en temps de paix, c'est le «commerce et non l'aide», le fameux «Traid not Aid», et en temps de guerre, c'est «Aide aux méritants».

Avec un Pentagone désormais sourcilleux sur les retombées de «ses» guerres extérieures, et donc à cheval sur les dépenses y relatives (la crise économique et les échecs sont passés par là), cette aide est à saluer, car elle tombe à pic. D'ailleurs, il n'y a pas longtemps encore, notamment dès le début de «Serval», la même Amérique avait émis l'idée de facturer son soutien logistique à l'Hexagone, en particulier l'usage des drones, les ravitaillements et le transport des passagers avec les fameux C-17.

On espère aussi que cette seconde injection au profit de la France et du Tchad, après celle de 6 milliards de F CFA (12 millions de dollars), sera suivie d'autres libéralités, lesquelles pourraient faire boule de neige au niveau d'une Europe qui, bien que disant soutenir cette opération française, agit peu et affiche une relative tiédeur face à cette équipée malienne.

Mais en même temps qu'on loue cette aide financière «ciblée» de l'Amérique, on ne peut manquer de penser à la MISMA, qui croule sous une disette de besoins. A y regarder de près, les conférences des donateurs tenues à Addis Abeba et à Bruxelles ont finalement accoucher de peu de choses, car les amphytrions potentiels n'ont pas ou ont peu délier les cordons de la bourse.

Du coup, les craintes que ces 5 700 soldats de la MISMA ne se contentent un jour de faire du tourisme dans ce septentrion malien se font grandes. Français et Tchadiens auront fait le sale boulot avant.

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