Le Potentiel (Kinshasa)

Afrique Australe: Force internationale neutre dans l'Est de la RDC - Washington opposé à la SADC

Photo: Jessica Hatcher/IRIN
(Photo d'archives) - Des soldats en patrouille en RDC.

Malgré l'échec de la signature à Addis-Abeba de l'accord de paix pour la stabilisation de l'Est de la RDC, Washington reste d'avis qu'aucune solution durable dans l'Est ne pourra être mise en oeuvre en dehors du cadre tracé par les Nations unies. Position rejetée par la SADC qui, à la dernière rencontre de Maputo (Mozambique), a convenu d'un schéma qui ignore superbement l'ONU.

Est-il encore possible, suite à ces dissensions, d'espérer le déploiement de la Force internationale neutre censée traquer et neutraliser les forces négatives qui pullulent dans la région des Grands Lacs ? Le retour de la paix en RDC reste une gageure.

Le déploiement de la Force internationale neutre décidé à Addis-Abeba dans le cadre de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) ne fait pas l'unanimité dans différentes instances internationales. Le report, dans la même capitale éthiopienne, de la signature de l'accord de paix pour la stabilisation de l'Est de la RDC n'aura été que l'arbre qui cache une grande forêt de contradictions entre les pays et les différentes organisations impliquées dans la crise dans l'Est de la RD Congo.

Entre la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) et les Nations unies, les violons sont loin de s'accorder sur le schéma à mettre en oeuvre quant au déploiement de cette force dont la dénomination a évolué en Force spéciale, Brigade spéciale, Brigade régionale d'intervention.

Invité de la Voix de l'Amérique, André-Michel Essoungou, porte-parole du Département des Opérations de maintien de la paix de l'ONU à New York, avait tenté de définir le cadre opérationnel de cette brigade : « C'est essentiellement pour protéger les populations civiles contre les groupes armés qui sévissent dans l'Est de la RDC. Cette idée part, à la base, d'une proposition des pays de la région, membres de la Conférence internationale des Grands Lacs qui, il y a quelques mois, a proposé la mise sur pied d'une force d'intervention neutre face à la crise qui s'est envenimée ces derniers mois dans l'Est du Congo. Evidemment, la mise sur pied de cette brigade d'intervention est également débattue au Conseil de sécurité de l'ONU qui, ultimement, décidera si elle doit exister ou pas ».

Regards croisés

Le premier accroc est apparu à Addis-Abeba où l'Afrique du Sud et la Tanzanie ont réservé une fin de non recevoir à l'accord de paix proposé par les Nations unies. Ces deux pays de la SADC ont trouvé inopportun que la Force internationale neutre opère sous mandat de l'Onu dans le format d'une brigade spéciale d'intervention. Pour marquer d'un sceau leur opposition, les pays de la SADC ont vite adopté en marge de leur dernière réunion de Maputo une résolution qui autorise le déploiement dans la partie Est de la RDC d'une force sous-régionale de près de 4 000 hommes. Conçue, dans la forme comme dans le fond, comme une force essentiellement africaine. Ainsi, les 4 000 hommes devraient relever directement de la SADC, avec leur propre structure de commandement et leurs propres règles d'engagement même si, sur le terrain, ils devront collaborer avec les troupes de la Monusco. Le secrétaire général de la SADC, le Mozambicain Tomaz Salomao, a fait savoir qu'il a été décidé que « cette force puisse avoir une nouvelle sorte de mandat afin de combattre quiconque tenterait de déstabiliser l'Est de la RDC ».

Or, les Nations unies trouvent que leur entendement serait le meilleur dans la mesure cela éviterait à l'avenir les aventures guerrières telle que la prise de Goma par le M23 sous le regard impuissant des Casques bleus de Monusco.

Le fond du problème

Qu'est-ce qui pourrait bien opposer au fond les Nations unies à la SADC ? C'est la clé de l'énigme.

Sur la SADC plane l'ombre britannique. Aussi son plan ne prend-il pas en compte le respect de la souveraineté du Congo et l'intangibilité de ses frontières.

Quant à l'Onu, elle est soutenue par la France à laquelle se sont joints les USA. Paris, faut-il le rappeler, s'est investi à fond dans le dossier congolais. Il a toujours craint qu'un enlisement ne retarde le retour de la paix dans l'Est de la RDC.

Le secrétaire général adjoint de l'Onu chargé des opérations de maintien de la paix, le Français Hervé Ladsous, a exprimé dernièrement son penchant pour la signature d'un accord-cadre sur la paix dans l'Est de la RDC, sous l'égide des Nations unies. Selon lui, ce texte était « porteur de grands principes pacificateurs » dans la mesure où « un tel accord clarifierait les engagements de la RDC en vue de réformer le secteur de la sécurité et l'armée et réaffirmerait l'autorité de l'État dans les provinces de l'Est ». Il a aussi indiqué que les Nations unies souhaitent créer une « brigade d'intervention rapide (...) plus robuste », avec 2 500 hommes.

Toutefois, des analystes soutiennent que dans cette divergence entre la SADC et l'ONU, il y a, en coulisses, la bataille silencieuse que se livrent Francophones et Anglophones pour le contrôle de la partie Est de la RDC.

Washington soutient l'ONU

Contre toute attente, c'est de Washington que pourrait dès lors venir le déclic pour finalement passer à la phase d'opérationnalisation du déploiement d'une force internationale neutre dans l'Est de la RDC. « Une solution élaborée et soutenue par la communauté internationale est le seul moyen d'aller de l'avant. Nous y sommes parvenus pour l'ancienne Yougoslavie (...) Nous avons pu stopper le conflit au Soudan. On doit produire un effort tout aussi dynamique et international pour la RDC », a plaidé le sous-secrétaire d'Etat Johnnie Carson.

« Les Etats-Unis sont disposés à travailler avec les autres membres du Conseil de sécurité de l'ONU et nos partenaires africains », a assuré le diplomate américain, lors d'une conférence au centre de réflexion Brookings Institution de Washington. Il a exhorté « la RDC, le Rwanda, l'Ouganda et d'autres pays de la région à signer et appliquer le plus tôt possible l'accord-cadre des Nations unies ». Ce plan régional de paix avait été présenté fin janvier au sommet de l'Union africaine à Addis-Abeba, mais huit dirigeants africains, dont ceux des pays des Grands Lacs, ne l'avaient pas signé.

M. Carson, qui quittera son poste incessamment, a plaidé pour que ce plan onusien s'accompagne d'un « processus de paix complet » pour l'Est de la RDC, piloté par un « envoyé spécial de l'ONU ». Il a assuré que Washington « soutient avec force l'intégration d'une brigade régionale d'intervention au sein de la Monusco ».

Longtemps allié du Rwanda, les Etats-Unis ont fini par retrouver la raison en condamnant fermement Kigali pour son soutien avéré au M23. En prenant clairement position sur le déploiement de la FIN, Washington envoie un message à tous ceux qui tentent, par divers stratagèmes, de faire jouer leur agenda caché dans l'Est de la RDC.

Attentisme à Kinshasa

A-t-on conscience à Kinshasa de toutes ces empoignades au plan international ? Difficile de répondre par l'affirmative tant dans la capitale l'on se perd en conjectures dans la perspective d'une concertation nationale hypothétique. Et au contenu flou. Preuve que le problème de la RDC est de l'apanage de la communauté internationale.

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