Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Remise en cause de la légitimité de certaines revendications de M23 - Le double jeu de Kinshasa

Photo: Siegfried Modola/IRIN
Des soldats de l’armée congolaise

Kinshasa n'entend plus s'allier à la position défendue par les chefs d'Etat de la CIRGL qui ont trouvé « légitimes » des revendications exprimées par le M23.

Dans un document de 14 pages transmis le mardi 12 février 2013 à la facilitation ougandaise, la délégation de Kinshasa s'est rétractée en qualifiant d'« illégitimes » les revendications du M23 relatives aux questions sécuritaires, politiques, sociales et économiques. Ce revirement alimente le doute sur l'issue heureuse des pourparlers de Kampala et ramène à la surface le double jeu de Kinshasa qui souffle le chaud et le froid dans la recherche d'une voie de sortie à la crise dans l'Est de la RD Congo.

Les pourparlers de Kampala entamés depuis deux mois entre les délégués de Kinshasa et du M23 demeurent toujours dans l'impasse. Après un semblant d'accord, dit partiel, conclu le 6 février 2013 sur le point du dialogue se rapportant à l'évaluation de l'accord du 23 mars 2009, les deux parties ne semblent plus s'accorder sur d'autres points de l'ordre du jour, notamment ceux portant sur des questions sécuritaires, politiques, sociales et économiques.

REMISE EN CAUSE

Les échos en provenance de Kampala ne sont pas rassurants. Selon le site DRC News qui livre l'information, Kinshasa a fait ce qui a tout l'air d'un revirement spectaculaire.

Dans un document de 14 pages remis au facilitateur le mardi 12 février 2013, à Kampala, la délégation de Kinshasa a presque remis en cause l'essentiel des revendications formulées par le M23. Pourtant, il n'y a pas longtemps, dans la capitale ougandaise, Kinshasa avait reconnu, comme tous les autres pays membres de la Conférence internationale sur les Grands Lacs (CIRGL), que les revendications du M23 étaient tout à fait « légitimes ».

Dans ce document, Kinshasa estime que plusieurs doléances exprimées par le M23 sont soit illégitimes, soit sans objet ou à reconsidérer. Kinshasa se défend en rappelant que ces questions seraient en cours de traitement, à la rigueur, réservées à la compétence de l'Assemblée nationale. Dans un passage, rapporte DRC News, la délégation de Kinshasa semble brandir la menace de rompre tout dialogue avec le M23, se cabrant sur les déclarations des Nations unies qui qualifient le M23 d'une force négative, et par ricochet, de groupe terroriste.

INTÉGRATION AU CAS PAR CAS

L'autre point développé dans le document préparé par la délégation est celui portant sur l'intégration des troupes du M23 dans l'armée officielle. Sur ce point, rapporte DRC News, Kinshasa serait favorable à ce que seuls les Congolais du M23 réunissant les conditions soient intégrés dans les FARDC. Ainsi, dans le domaine militaire, seuls les soldats du M23 qui ont la nationalité congolaise et dont le grade est égal ou inférieur au Lieutenant, seront candidats à l'intégration. Ils devront être prêts à servir sous le drapeau, partout en RDC, nuance encore le document gouvernemental. En outre, pour Kinshasa, les miliciens recrutés par le M23 doivent être d'abord démobilisés et signeront un acte d'engagement individuel à ne plus reprendre les armes, sous aucun prétexte.

Pour les officiers du M23 qui ne sont pas récidivistes ni poursuivis par la justice nationale et internationale et qui n'ont pas trempé dans le recrutement d'enfants, leur sort sera délibéré au cas par cas, réagit encore la délégation de Kinshasa. En ce qui concerne la question d'amnistie, celle-ci ne concernera que ceux des acteurs M23 qui ne sont pas récidivistes, souligne le même document.

En adoptant cette attitude, certes légitime sur le plan interne, Kinshasa donne l'impression de souffler le chaud et le froid, se mettant en porte-à-faux par rapport à la position exprimée par les chefs d'Etat de la CIRGL qui ont unanimement jugé « légitimes » l'ensemble des revendications du M23. Le document envoyé à la facilitation ougandaise ramène à la surface les profondes incohérences qui ont toujours caractérisé la délégation de Kinshasa, présente à Kampala. Du coup, un doute s'installe quant à la poursuite du dialogue voire à une issue heureuse de ces pourparlers.

L'on est bien en droit de se poser des questions. Qu'est-ce qui a donc pu pousser Kinshasa à se rétracter, aujourd'hui ? Est-ce l'opinion publique interne qui, éveillée et sensibilisée, ne serait plus prête à cautionner une haute trahison? Ou alors, Kinshasa avait, à l'époque, subi des pressions pour adhérer à la version du M23 ? Si cela était vrai, pourquoi ne dénoncerait-il pas ces groupes de pression ?

LE STATU QUO

Ce questionnement sèmerait le doute sur la sincérité des autorités congolaises dans les efforts qu'ils allèguent déployer en vue d'un retour rapide de la paix dans l'Est du pays. Une fois de plus, Kinshasa donne la preuve évidente de son double jeu. Ces reniements à répétition traduisent le degré de compromission qui mine ses institutions.

A Kinshasa, tout comme à Kampala, des officines travailleraient pour que l'Est de la RDC échappe le plus possible au contrôle du gouvernement central. La stratégie mise en oeuvre est connue de tous ; le pourrissement, lequel vise à lasser les populations locales et les amener à accepter le statu quo. Entre-temps, le M23 a du vent en poupe et peut allègrement consolider ses positions sur le terrain.

Le document présenté par la délégation gouvernementale tend à retarder l'abord ou la conclusion des deuxième et troisième points de l'ordre du jour des discussions de Kampala. Des sources présentes à Kampala rapportent que le ministre ougandais de la Défense, facilitateur des pourparlers, a dû passer la quasi-totalité de deux journées de mardi et mercredi dans l'immeuble central de l'hôtel Munyonyo, dans des consultations préalables entre les deux parties. Sans obtenir un rapprochement.

Interrogé hier au soir sur RFI, un membre du M23 a dit que son mouvement- qui se veut avant-gardiste, était prêt à reprendre la guerre. Comme on le voit, les jours à venir promettent d'être houleux. Le dernier accord partiel (voir encadré), signé à Kampala le 6 février 2013, prouve qu'entre Kinshasa et le M23, l'on est encore bien loin de sortir de l'auberge.

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