L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

14 Février 2013

Gabon: Biens mal acquis et Gabon - le serpent de mer veut étouffer Ali

Les biens mal acquis, vous connaissez ? Eh bien, c'est un sujet qui pue tellement le scandale que le site Wikipédia y a consacré une page. Dans ledit document, il est précisé qu'il s'agit de «tout bien meuble ou immeuble, tout avoir ou fonds susceptible d'appropriation privative soustrait illégalement du patrimoine public et qui a pour effet d'appauvrir le patrimoine de l'Etat». La question a récemment refait surface avec la perquisition, mercredi 13 février dernier, d'une villa de Nice (sud-est de la France) appartenant à la famille de l'ancien président gabonais Omar Bongo.

Elle fait suite à une procédure enclenchée par deux juges parisiens enquêtant sur les conditions dans lesquelles un très important patrimoine immobilier et mobilier a été acquis en France par feu Omar Bongo, mais aussi par les présidents congolais Denis Sassou Nguesso et Teodoro Obiang de la Guinée Equatoriale. Véritable serpent de mer, cette affaire qui concerne la famille Bongo a démarré en mars 2007 avec les empêcheurs de détourner que sont les associations Survie, Sherpa et Transparency international.

Le fond du problème ? La famille Bongo posséderait 33 appartements ou maisons, dont un hôtel particulier de plus de 18 millions d'euros à Paris, acheté en juin 2007 par une société civile immobilière associant deux enfants du président gabonais. Au tout début, Omar Bongo regardait de haut ce qu'il considérait comme des gesticulations d'ONG en manque de publicité, instrumentalisées certainement par des éléments de l'opposition, notamment ceux de la diaspora vivant en Occident. Mais qu'elles sont pugnaces, ces organisations !

Excédé, l'Etat gabonais avait contre-attaqué, et l'on avait même frôlé l'incident diplomatique avec la France du vivant d'Omar Bongo. Aujourd'hui, ce dernier n'est plus de ce monde, mais son digne représentant est aux affaires. Alors, il va de soi qu'Ali Bongo gère cet encombrant héritage. Avouons que c'est une situation qui gênera toujours aux entournures un dirigeant, à moins qu'il soit désincarné : lors des missions présidentielles officielles et même en d'autres circonstances, des journalistes ne se priveront pas de rappeler l'affaire. Avouons que ça ne laisse pas de marbre. Le serpent de mer est encore de retour, et il tient à enserrer Ali Bongo dans ses anneaux mortels.

Il est cependant rare que pareilles accusations aboutissent. Et si dénouement il y a, souvent ce n'est que la portion congrue du patrimoine qui est récupérée. L'amer constat est que, dans le feuilleton qui ramène en surface les biens mal acquis, très peu nombreux sont les cas de biens matériels ou de sommes restitués à l'Etat spolié tant que le principal présumé coupable est aux affaires. Même mort, il faut souvent laisser le temps au temps : à titre illustratif, la Suisse n'a restitué 658 millions de dollars qu'après 17 ans de procédure sur les fonds détournés par l'ancien président philippin Ferdinand Marcos.

Plus compliqué encore, la France, premier pays du G8 à avoir ratifié la convention des Nations unies contre la corruption (convention dite de Mérida), n'a procédé à aucune mesure de restitution jusque-là. Pour la petite anecdote, au Cameroun, un bonze du parti au pouvoir aurait construit un immeuble grâce à des fonds illégalement acquis. A la vue de cet édifice, des passants lâchaient inlassablement : «Bien mal acquis ne profite jamais». Ayant eu vent de cela, le propriétaire aurait ironisé en conseillant aux éventuels plaignants d'écrire cette maxime sur le fronton du bâtiment pour voir s'il s'écroulerait.

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