Magharebia (Washington DC)

15 Février 2013

Algérie: Tiguentourine, après le drame

Tiguentourine — Un mois après l'attaque terroriste menée par al-Qaida contre le complexe gazier d'In Amenas en Algérie, responsables et journalistes sont revenus sur la scène du carnage.

La vie reprend au complexe gazier d'In Amena un mois après qu'une attaque d'al-Qaida ait entraîné la mort de 38 personnes dans le désert algérien.

La ville la plus proche de Tiguentourine se situe à 70 kilomètres du complexe et le siège du gouvernement régional est à des centaines de kilomètres plus loin encore, mais pendant quatre jours, au mois de janvier, In Amenas a concentré l'attention des médias du monde entier.

Ce complexe appartenant à la Sonatrach et à BP est fermé depuis le 20 janvier, depuis la libération par les forces algériennes de centaines d'otages détenus par des combattants rattachés à l'émir d'al-Qaida Mokhtar Belmokhtar.

"Le site numéro 1 réunit toutes les garanties techniques et sécuritaires pour une reprise du service", a déclaré le responsable de la Sonatrach Slimane Benazou aux officiels et aux journalistes rassemblés sur le site le mardi 12 février.

Parmi les visiteurs venus observer cette partie de l'usine redevenue fonctionnelle, le wali d'Illizi, Mohamed Laid Khelifi, lui-même victime d'un enlèvement à Debdeb l'an dernier.

"Cela ne se reproduira plus", a affirmé Khelifi. "Les mesures de sécurité prises au lendemain de cette attaque sont à même de sécuriser la zone."

Le président de l'assemblée populaire d'Illizi, Bilal Mansouri, a exprimé son bouleversement face à l'attaque meurtrière menée par la brigade des "Signataires par le sang" de Belmokhtar.

"Même durant les années noires, la région n'avait pas connu d'actes terroristes", a-t-il expliqué. "Mais cela ne va pas nous décourager ou nous faire peur".

A l'intérieur, les traces de l'attaque terroriste sont encore visibles : des impacts de balles sur les murs, notamment celui du foyer où étaient entassés les otages algériens.

L'ambiance reste lourde, même si les employés, dans la base de vie, tentent d'afficher un sourire.

Farid, qui a été pris en otage, est l'un des 300 parmi ces derniers à avoir décidé de se remettre au travail.

"On m'a appelé, je suis revenu sans hésitation. On doit continuer à travailler et à aller de l'avant", confie-t-il à Magharebia.

"La vie reprend dans la base de vie", dit Moustapha, un de ses collègues. "Pour le moment, il n'y a que des Algériens. Mais nous sommes en contact permanent avec les responsables étrangers."

Dans la zone où les terroristes avaient rassemblé les otages, piégés par des explosifs, Lotfi Ben Adouda, manager du site, raconte l'horreur de sa captivité.

Un otage raconte les journées de terreur

"Douze terroristes se sont introduits dans la base de vie. Leur premier objectif était le bâtiment des VIP. Moi-même, le patron de BP et celui de Statoil, ainsi que des invités de haut rang nous y trouvions à ce moment là. Leur objectif était de capturer le maximum d'étrangers. Ce n'est que deux heures après qu'ils m'ont identifié. Ils m'ont chargé de transmettre leurs revendications aux autorités algériennes", dit Ben Adouda.

"Durant la nuit de mercredi, ils ont sorti les otages algériens et nous ont utilisés comme boucliers humains. Jeudi matin, ils sont devenus très agressifs, persuadés qu'ils ne pouvaient pas sortir de la base de vie avec les otages étrangers. Ils ont demandé des véhicules, ils ont fait le plein de fuel et de nourriture pour partir", ajoute-t-il.

A dix heures, l'assaut a été donné. "Le leader du groupe, Tahar (ed. Mohamed el-Amine Bencheneb a été blessé. Je l'ai vu de mes propres yeux. Ses acolytes l'ont mis au milieu des otages algériens et il est sorti avec eux, au moment de l'assaut," poursuit-il.

Pour Lotfi Benadouda, il est clair que les terroristes ont bénéficié de complicités internes.

"Ils sont venus par une piste que seuls les initiés connaissent", explique-t-il. Ces complicités, ajoute-t-il, sont à rechercher auprès du personnel de soutien (parc auto, cuisine ou agents de sécurité), mais non au niveau du personnel technique.

Car si les terroristes avaient bénéficié de complicités au niveau des employés de l'usine, ils n'auraient pas placé leurs explosifs sur les trains de production. Il existe des endroits plus sensibles que le groupe terroriste ne connaissait pas, selon Ben Adouda.

Sur la route qui mène de la base de vie à l'usine, les carcasses des voitures utilisées par les terroristes sont encore visibles. A l'entrée du bâtiment, des militaires montent la garde. La première unité de production garde les traces de l'attaque terroriste.

"Les terroristes ont fait exploser leurs otages", nous explique un technicien.

Des équipes techniques fouillent partout dans l'usine à la recherche du moindre objet dangereux avant son redémarrage.

"On cherche surtout les balles. On ne doit prendre aucun risque. Si une seule balle subsiste, elle pourrait faire des dégâts", nous confie un technicien.

Tous les employés ont tenu à rendre hommage à Mohamed Amine Lahmar, ce jeune agent de sécurité qui a sacrifié sa vie pour éviter le pire.

Il a déclenché l'alarme de sécurité, indiquant aux employés de stopper les machines.

Les terroristes l'ont tué d'une balle dans la tête.

Le 24 février, une cérémonie commémorative sera organisée à la base de Tiguentourine pour honorer la mémoire de celui qui est dorénavant considéré comme un héros.

Pour le moment, les responsables du site font tout ce qu'ils peuvent pour une reprise partielle des activités de l'usine.

L'opération de redémarrage sera confiée exclusivement au personnel algérien. Les personnels de Statoil et de British Petroleum ne devraient revenir sur le site que d'ici trois mois.

"Je suis favorable à la présence des militaires sur le site et c'est ce que je proposerai à nos partenaires lors de l'élaboration du nouveau plan de sécurité", indique Ben Adouda.

Le plan de recrutement du personnel contractuel (cuisine, parc auto et gardiennage) devra également être révisé. Un des membres du commando était un ancien chauffeur, de nationalité nigérienne, qui travaillait dans la base de vie.

Le frère du leader d'AQMI Abou Zeid (alias Hamid Essoufi et Mohamed Ghadir) possédait une société de transport disposant de contrats avec British Petrolium. Abou Zeid avait réussi à faire embaucher trois membres de sa famille au sein du site à des postes contractuels.

Les responsables des services algériens de renseignement travailleraient aux côtés de BP sur ces failles sécuritaires.

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