L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

17 Février 2013

Afrique de l'Ouest: Sommet extraordinaire de la CEN-SAD - Nouveau souffle pour une organisation moribonde

Photo: Sidwaya
Réunion extraordinaire de la CEN-SAD du samedi 16 février 2013 à Ndjaména

N'Djamena, la capitale du Tchad, a abrité le 16 février 2013, un sommet extraordinaire des chefs d'Etat et de gouvernement de la Communauté des Etats sahélo-sahariens (CEN-SAD). Objectif de cette rencontre à laquelle a pris part le président du Faso, Blaise Compaoré : redynamiser l'organisation à travers des réformes qui cadrent avec les défis sécuritaires et du développement durable.

A un ami qui tentait de nous joindre difficilement, nous lui envoyions un texto : «Je suis à Addis Abeba en partance pour N'Djamena pour assister à la conférence des chefs d'Etat et de gouvernement de la CEN-SAD». Il nous répondit en des termes éloquents : «Sommet de la CEN-SAD ? Ça existe encore ce machin de Kadhafi ?».

Eh oui ! Comme lui, ils sont en effet nombreux à se demander si la Communauté des Etats sahélo-sahariens (CEN-SAD) fonctionne encore tant elle végète depuis quelques temps du fait du vent de la révolution libyenne qui a fini par emporter Moammar Kadhafi, le fondateur et principal bailleur de fonds de cette organisation africaine.

Créée le 4 février 1998 à Tripoli par la Libye, le Soudan, le Mali, le Niger, le Burkina Faso et le Tchad, elle avait pour objectifs, entre autres, l'établissement d'une union économique globale basée sur une stratégie à travers un plan de développement complémentaire aux plans nationaux de développement des pays concernés, englobant l'investissement dans les domaines agricoles, industriel, énergétique, social et culturel ; la suppression de toutes les restrictions qui entravent le rassemblement de ces pays et la promotion du commerce extérieur par une politique d'investissement dans les États membres.

Ainsi déclinée, l'initiative du Guide a accueilli l'assentiment de beaucoup de pays, au nombre de 28, qui y ont adhéré. Très vite, on s'est rendu compte que l'ex-dirigeant de la Libye voulait en faire un instrument de leadership continental à son service. Au finish, l'institution ne suscitait plus tellement de l'intérêt.

Le sommet de la refondation et du renouveau

A ce jour, le bilan est mitigé et globalement négatif selon les propos du président Idriss Déby Itno, d'où la nécessité «de tracer de nouveaux sillons pour donner une nouvelle vie à la CEN-SAD». Ce processus de la refondation et du renouveau avait déjà commencé en 2012 avec la réunion des ministres des Affaires étrangères à Rabat (Maroc) et à Ouagadougou, qui ont adopté un projet de «traité révisé» devant être soumis aux leaders de la Communauté. Au nombre de ces réformes envisagées, la délimitation de l'espace géographique sahélo-saharien, la redéfinition des objectifs axés désormais sur la paix, la sécurité et l'intégration économique, et enfin le mode de fonctionnement en vue de mettre tous les pays au même niveau de cotisation pour qu'ils puissent parler à voix égale.

15 février 2013, soit la veille du sommet extraordinaire, les experts et les chefs de la diplomatie des Etats membres se sont retrouvés à N'Djamena pour finaliser le Traité révisé et élaborer de nouvelles règles de gestion des structures et des ressources de l'organisation.

16 février, jour J. La capitale tchadienne est aux couleurs des 28 pays de la CEN SAD. Les forces de l'ordre quadrillent l'aéroport et sécurisent les voies menant au lieu de la cérémonie. On assiste à un ballet incessant de bolides sur les artères principales en direction de la Cité des Hôtes, le pied-à-terre des officiels, où se sont déroulés les travaux. Quatorze chefs d'Etat et de gouvernement sont présents : Yayi Boni du Bénin, Blaise Compaoré du Burkina, François Bozizé de la Centrafrique, Alassane Ouattara de la Côte d'Ivoire, Ismaël Omar Guelleh de Djibouti, Dioncounda Traoré du Mali, Mohamed Ould Abdel Aziz de la Mauritanie, Mahamadou Issoufou du Niger, Macky Sall du Sénégal, Omar El Béchir du Soudan (dont les déplacements sont limités du fait du mandat d'arrêt de la CPI pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité ), Faure Gnassingbé du Togo, le vice-président des Comores, Noudine Bourhane, le Premier ministre libyen, Ali Zeidan et le Premier ministre égyptien, Hesham Kandil . Les présidents Mohamed Morsi, Moncef Marzouki et Alpha Condé, pour ne citer que ceux-là, étaient les grands absents en raison sans doute des affaires intérieures de leur pays.

11h, ouverture officielle sous une tente gigantesque dressée dans l'arrière-cour et superbement décorée à l'intérieur. Comme dans la plupart des assemblées du genre, les discours sont légion. Ainsi, tour à tour, prendront la parole, entre autres, le chef de l'Etat ivoirien Alassane Ouattara, président en exercice de la CEDEAO, le commissaire à la paix et à la sécurité de l'Union Africaine, Ramtane Lamamra, le secrétaire général de la Communauté des Etats de l'Afrique Centrale (CEAC), le secrétaire général de l'OCI, le secrétaire général par intérim de la CEN-SAD, Ibrahim Sani Abani, et enfin l'hôte du sommet, Idriss Déby Itno, président en exercice de la CEN-SAD.

Tous ces discours ont un trait commun : le constat que l'organisation déviait ses objectifs et avait emprunté le chemin d'une mort lente. Il fallait donc lui donner un nouveau souffle en tenant compte des enjeux et du contexte de la zone sahélo-saharienne marqué par «la sécheresse, la famine, la désertification et les endémies en tous genres ; et la gangrène que constituent le terrorisme et le crime organisé dans la région ainsi que le dénuement de l'Afrique face à de telles entreprises».

50 ans après les indépendances, on est incapable d'assurer notre propre sécurité

Le diagnostic est sans appel, les pays africains qui traversent en ce moment des crises et des conflits sont tous membres de la CEN-SAD : l'Egypte, la Tunisie, la Libye, la Somalie, le Soudan, la Centrafrique et...le Mali. Si on tient compte du péril terroriste qui plane sur nos Etats, on peut dire que l'heure est grave. Idriss Déby a donc sonné l'alerte pour une solidarité agissante pour faire face à ces «illuminés» qui menacent l'intégrité de nos territoires. Le maître de N'Djamena a saisi, l'opportunité de ce sommet pour remercier la France pour tout le soutien apporté au Mali pour combattre les terroristes.

«Mais, a poursuivi le président tchadien, les Africains ne doivent pas se complaire dans l'incapacité à assurer leur propre sécurité un demi-siècle après les indépendances». Si la lutte contre les djihadistes du Nord-Mali a montré la faiblesse des Etats africains et la précarité de leurs moyens, il leur appartient de trouver les voies et ressources pour désormais faire face à leurs problèmes internes.

Pour Idriss Deby, le «cas malien doit nous interpeller tous et nous inciter à accélérer les mesures qui s'imposent pour l'avenir, c'est-à-dire l'activation des forces africaines en attente dont il faudra sans doute revoir le statut, en attendant d'imaginer peut-être un mécanisme autant innovant qu'efficace. Pour sa part, le Tchad a pris, en toute conscience, la part que l'on sait dans cette forme de nouvel «endiguement», en sachant que nul ne serait épargné si les terroristes avaient pris le dessus».

Il importe donc, non seulement d'unir les forces, mais aussi de lutter contre la pauvreté et créer un environnement de paix. C'est pourquoi dans le traité révisé de la CEN-SAD, il a été créé un Conseil permanent pour la paix et la sécurité et un Conseil permanent chargé du développement durable.

Les 14 chefs d'Etat et de gouvernement présents ont signé le traité et le président en exercice de la CEN-SAD a demandé qu'il soit vite ratifié par tous les membres afin qu'au prochain sommet qui aura lieu à Rabat, au Maroc, l'organisation puisse avancer rapidement dans la mise en oeuvre et l'exécution de ses chantiers.

On aura retenu que ce sommet a permis à la CEN-SAD de renaître de ses cendres et de s'orienter vers des objectifs de développement.

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