La Libye célébrait hier le deuxième anniversaire de sa révolte contre le régime de Mouammar Kadhafi. Un second anniversaire qui se fête, une fois de plus, dans un climat d'insécurité totale. Depuis la chute du régime de Kadhafi, le pays est otage de groupes armés qui imposent leur loi. Face à cette prolifération des armes, l'Etat n'arrive toujours pas à asseoir son autorité, notamment sur ce que l'on appelle les ex-rebelles. Lesquels ont gardé l'armement dont ils se sont accaparés au moment de la chute de l'ancien régime.
Les festivités se sont déroulées sous haute surveillance. Les autorités ont mis en garde une nouvelle fois contre les tentatives de partisans de l'ancien régime de profiter de l'occasion pour «semer le chaos». Les services de sécurité, l'armée et les anciens rebelles ont été mobilisés pour sécuriser les villes libyennes, où les points de contrôle ont été multipliés, et le gouvernement a fermé les frontières terrestres durant quatre jours alors que plusieurs vols internationaux ont été suspendus. Mais malgré les mesures draconiennes mises en place par les autorités, «la situation reste toujours imprévisible», a indiqué à l'AFP un diplomate en poste à Benghazi. «On prend toutes nos précautions. On ne sait jamais ce qui pourrait arriver», a-t-il dit sous couvert de l'anonymat. Plusieurs groupes et organisations de la société civile, dont des partisans du fédéralisme dans l'est du pays, ont décidé de reporter leurs mouvements de protestation, initialement prévus à partir du 15 février, par crainte des violences.
A Benghazi, l'ambiance festive spontanée n'a pas empêché des manifestants de critiquer les nouvelles autorités, appelant en particulier «à corriger le processus de la révolution» et de réclamer plus de décentralisation du pouvoir. Selon les protestataires, les nouvelles autorités n'ont pas avancé dans la réalisation des «objectifs de la révolution». Le nouveau régime a tardé selon eux à activer la justice, à relancer l'économie et à avancer dans la rédaction d'une constitution qui devrait définir le futur politique du pays. Le militant des droits humains Nasser Houari a ainsi déploré le fait que «la démocratie, que réclament les Libyens, est encore un objectif lointain», regrettant que «rien n'a été fait pour réaliser la justice sociale». Il a estimé que «les milices armées (contrôlaient) des organes de l'Etat et (étaient) devenues partie prenante du processus de prise de décision», ce qui représente, selon lui, «le plus grand danger auquel fait face le pays». Les autorités sont en effet accusées d'avoir échoué jusqu'ici à asseoir leur autorité face à des milices armées qui font la loi et à former une armée et des services de sécurité professionnels unifiés. Organisés en milices, les «thowar» (révolutionnaires), qui ont combattu les forces de Mouammar Kadhafi jusqu'à la mort de l'ancien dirigeant, le 20 octobre 2011, sont considérés comme responsables de l'insécurité ambiante et comme une entrave au processus de reconstruction de l'Etat.

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