18 Février 2013

Soudan: Crise humanitaire dans les monts Nouba

Le conflit qui perdure dans les États soudanais du Sud-Kordofan et du Nil Bleu continue de présenter un défi important pour les organisations d'aide humanitaire qui œuvrent dans la région.

Celles-ci affirment que l'accès doit leur être accordé de toute urgence pour qu'elles puissent répondre aux besoins humanitaires de centaines de milliers de personnes.

IRIN propose ci-dessous un aperçu de la situation humanitaire et des perspectives de paix dans la région.

Qui sont les parties au conflit ?

Les affrontements, qui ont commencé en juin 2011 dans les monts Nouba, une région du Sud-Kordofan, opposent l'armée soudanaise et les rebelles du Mouvement populaire de libération du Soudan-Nord (MPLS-N).

Le Sud-Kordofan a été un terrain de bataille crucial pendant la guerre civile qui a déchiré le Soudan entre 1983 et 2005. De nombreux habitants des monts Nouba soutenaient les rebelles de l'Armée populaire de libération du Soudan (APLS) qui est devenue, depuis, l'armée officielle du Soudan du Sud.

Le Soudan du Sud a pu tenir un référendum sur son indépendance, mais le MPLS-N dit qu'il est toujours marginalisé par Khartoum.

Les rebelles du MPLS-N ont également exprimé leur frustration face aux « consultations populaires » auxquelles ont eu droit les habitants des États du Sud-Kordofan et du Nil Bleu pour déterminer ce qu'ils souhaitent pour l'avenir.

Ils estiment que ce processus n'a pas permis de garantir les droits de leur communauté. Ils ont ainsi refusé de remettre leurs armes aux forces gouvernementales, qu'ils considèrent comme hostiles.

Le Soudan a accusé le Soudan du Sud de soutenir le MPLS-N, ce que le gouvernement de Juba et les rebelles ont nié.

Quelle est la situation humanitaire ?

Selon les Nations Unies, plus de 200 000 habitants des États du Sud-Kordofan et du Nil Bleu ont fui au Soudan du Sud et en Éthiopie.

On s'inquiète surtout des accusations de bombardements aériens « indiscriminés » par la Force aérienne soudanaise et les tirs d'obus par les deux camps dans les deux États soudanais.

Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), les affrontements ont déplacé ou gravement affecté quelque 275 000 personnes dans les régions du Sud-Kordofan et du Nil Bleu, contrôlées par le gouvernement, et 420 000 autres dans les zones occupées par les rebelles.

« Les forces gouvernementales ont attaqué des villages, pillé et incendié des biens appartenant à des civils, détenu arbitrairement des civils et agressé et violé des filles et des femmes », indique un rapport publié en décembre 2012 par Human Rights Watch (HRW).

D'après le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), environ 300 réfugiés soudanais du Sud-Kordofan traversent chaque jour la frontière pour se rendre au Soudan du Sud.

La plupart d'entre eux se dirigent vers Yida, le plus important camp de réfugiés de l'État sud-soudanais d'Unité, qui accueille environ 61 000 réfugiés soudanais.

Les infrastructures des camps de l'État d'Unité sont soumises à de fortes pressions en raison de l'afflux croissant de réfugiés.

Le HCR a récemment annoncé qu'il ouvrirait un nouveau camp en mars afin de faire face à l'arrivée potentielle de quelque 60 000 réfugiés pendant la première moitié de 2013.

Selon l'organisation, le camp de Yida sera probablement confronté à certains problèmes pendant la prochaine saison des pluies, qui s'étend sur une période de six mois.

En 2012, le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies a dû avoir recours à de coûteux largages d'aide alimentaire après que les pluies eurent rendu les routes impraticables.

Depuis le siège des Nations Unies, à New York, le directeur de la Division réponse et coordination de l'OCHA John Ging a dit, en janvier, que de nombreux habitants du Sud-Kordofan et du Nil Bleu étaient contraints de se nourrir de racines et de feuilles en raison de l'absence d'aide humanitaire.

Selon l'OCHA, l'ONG Save the Children Suède a examiné 81 062 enfants de moins de cinq ans depuis janvier 2012. L'organisation a identifié 3 490 cas de malnutrition aiguë sévère et 10 287 cas de malnutrition aiguë modérée.

Qui empêche l'accès des acteurs humanitaires ?

M. Ging a dit que la situation était « épouvantable » et que le manque de volonté politique du gouvernement soudanais et des rebelles était à l'origine des souffrances des civils et des problèmes d'accès des travailleurs humanitaires.

Il a ajouté qu'il y aurait d'autres victimes et d'autres déplacés si les opérations des organisations d'aide humanitaire continuaient d'être entravées.

En août 2012, le gouvernement de Khartoum et le MPLS-N ont signé un mémorandum de compréhension avec un groupe de médiation tripartite regroupant l'Union africaine, la Ligue des États arabes et les Nations Unies.

Les acteurs humanitaires ont cependant dit que le délai de trois mois accordé pour la mise en oeuvre de l'accord avait expiré sans que le MPLS-N ou le gouvernement soudanais autorise l'accès ou la distribution d'une aide d'urgence dans les États du Sud-Kordofan et du Nil Bleu.

Le gouvernement et ses partenaires humanitaires ont réussi, notamment grâce à l'intervention de la Société du Croissant-Rouge soudanais, à fournir aux habitants des semences, des outils, des services d'approvisionnement en eau et d'assainissement et des soins de santé.

Ils ont, entre autres choses, vacciné des centaines de milliers de personnes dans les régions du Sud-Kordofan et du Nil Bleu contrôlées par le gouvernement.

Les habitants des zones occupées par les rebelles ont cependant reçu une aide très limitée. Selon les informations transmises récemment par les médias, les populations de ces régions souffrent en effet de pénuries importantes de nourriture, d'eau et de médicaments.

Dans une lettre adressée aux leaders de la communauté internationale et datée de novembre 2012, les leaders du peuple nubien ont écrit : « Nous n'avons aucun moyen d'obtenir des vivres, des médicaments ou d'autres produits de première nécessité et nous n'avons pas accès aux services de santé.

Nous regardons autour de nous ce qui reste de nos foyers et nous voyons la faim et la maladie affaiblir nos parents et amis. Partout où nous regardons, nous voyons des enfants, des personnes âgées et d'autres personnes vulnérables étendues par terre, impuissantes. »

« Il est très difficile de répondre à nos enfants lorsqu'ils nous demandent : 'Le reste du monde est-il au courant de ce que nous endurons ? Pourquoi n'y a-t-il personne qui se soucie de notre sort ?' »

Quelques ONG ont réussi à mettre sur pied des opérations d'aide transfrontalières en passant par le Soudan du Sud.

Si ces opérations ont permis d'apporter aux habitants de ces régions une aide dont ils ont grand besoin, les Nations Unies estiment toutefois qu'elles ne sont pas idéales, car elles placent le personnel des ONG en situation de risque et ne permettent pas la fourniture transparente d'une aide basée sur l'évaluation des besoins.

Le 10 février, Mashood Adebayo Baderin, l'expert indépendant des Nations Unies sur la situation des droits de l'homme au Soudan, a exhorté le gouvernement soudanais à « lui permettre d'accéder à l'ensemble du territoire, en particulier au Darfour, au Sud-Kordofan et au Nil Bleu » afin d'évaluer la situation des droits de l'homme dans ces États.

En novembre 2012, un haut fonctionnaire du gouvernement soudanais a reconnu l'existence de besoins humanitaires dans les deux États, notamment en matière d'approvisionnement en eau et de services de santé, mais a nié la réalité de la crise qui ébranle la région.

Quelle est la voie à suivre ?

En janvier, une coalition de plus de 350 organisations de la société civile a exhorté les leaders du Soudan et du Soudan du Sud à agir pour améliorer la situation humanitaire dans les États du Sud-Kordofan et du Nil Bleu et à trouver une solution à long terme au conflit.

« La situation est désormais trop critique pour laisser les civils être les otages d'une intransigeance politique encore plus marquée », indique la déclaration présentée au Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine. « Seule une pression politique unifiée, continue et de haut niveau permettra de sortir de l'impasse. »

Le Panel de haut niveau de l'Union africaine pour le Soudan, dirigé par l'ancien président sud-africain Thabo Mbeki, a récemment publié un rapport exhortant le gouvernement soudanais et le MPLS-N à « entamer des négociations directes afin de chercher une solution politique au conflit ».

Il a également appelé le Conseil de sécurité des Nations Unies à réitérer ses appels en faveur d'une aide humanitaire immédiate et inconditionnelle pour les communautés affectées du Sud-Kordofan et du Nil Bleu.

Le rapport indique par ailleurs que « si l'une des deux parties persiste à entraver la fourniture d'une telle aide, le Conseil [de sécurité] ne pourra pas décourager la mise en oeuvre d'opérations d'aide humanitaire qui ne respectent pas nécessairement de manière rigoureuse les principes d'impartialité et de transparence ».

Le Panel a aussi appelé les deux parties à « entamer des négociations directes afin de chercher une solution politique au conflit ».

S'il n'y a eu aucun pourparler direct jusqu'à présent, les informations transmises récemment par les médias indiquent que Khartoum et certaines factions du MPLS-N pourraient être disposés à engager des négociations.

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