Macky Sall est de nouveau à Banjul. Le président sénégalais est en effet l'invité d'honneur du 48ème anniversaire de l'indépendance nationale de la Gambie. Déjà, après son élection, le successeur d'Abdoulaye Wade avait réservé sa première sortie officielle à son turbulent et encombrant voisin. Pas qu'il l'aime spécialement, on l'imagine bien, mais la raison d'Etat et le pragmatisme commandent qu'il entretienne les meilleures relations possibles avec Yaya Jammeh quand bien même ils n'ont rien en commun.
D'un côté, un ancien officier, arrivé par effraction à la tête du pays suite au coup d'Etat qui a renversé Sya Dawda Jawara en 1994, qui s'accroche comme beaucoup d'autres au pouvoir qu'il n'est pas prêt de quitter, et, pour ne rien arranger, qui fait dans le grotesque avec son accoutrement caractéristique, prétend guérir le Sida à coup de décoctions et d'incantations, chasse littéralement les croisés de la lutte contre l'excision qui se seraient vendus à l'Occident. Et si on ajoute le peu de cas qu'il fait des droits humains, Yaya Jammeh aurait pu être le parfait modèle d'Alfred Jarry pour son Ubu Roi.
De l'autre, un fieffé démocrate qui a bu à la bonne source sénégalaise, qui a fait année après année l'expérience de l'Etat (ministre, puis premier ministre et enfin président de l'assemblée nationale) avant d'exercer la magistrature suprême et qui s'efforce d'inculquer la bonne gouvernance au pays de la Teranga.
Mais la raison d'Etat est ce qu'elle est, qui oblige même les plus vertueux à pactiser avec les affreux. Comment, en effet, un président sénégalais, qui qu'il soit, peut-il se fâcher définitivement avec un pays dont la proximité géographique et les affinités socioculturelles avec les rebelles casamançais est aussi évidente ?
Pour tout dire, c'est moins pour les beaux yeux de Yaya Jammeh que pour le pragmatisme que Macky Sall est obligé d'entretenir des relations cordiales avec celui sur qui repose en partie la résolution du conflit casamançais et ses effets collatéraux de trafics divers notamment de stupéfiants.
C'est donc pour consolider l'indispensable pont entre Dakar et Banjul que le président sénégalais doit régulièrement faire la navette. Sur le plan physique d'ailleurs, un pont est prévu entre Dakar et Banjul pour renforcer davantage les relations économiques. Pour qui connait la forme de la Gambie, insérée dans le Sénégal, on comprend aisément que les relations entre les deux pays soient si imbriquées que l'un ne puisse pas vivre sans l'autre.

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