Le Pays (Ouagadougou)

18 Février 2013

Nigeria: Le printemps du terrorisme islamiste

Photo: Photo: Brahima Ouedraogo/IRIN
Un commandant du MUJAO à Gao (photo d’archives)

Au Nigeria, la joie consécutive à la victoire à la 29e Coupe d'Afrique des Nations (CAN) de football aura été de courte durée.

La violence et les actes terroristes, qui marquent l'actualité dans ce pays, ont vite repris le dessus. Le 17 février dernier, sept travailleurs étrangers d'une société de construction ont été enlevés par des hommes armés dans l'Etat de Bauchi au Nord du pays. Très rapidement, on a pensé à la secte islamiste Boko Haram avant de se raviser. Ceux qui observent de près les faits et gestes de cette secte obscurantiste l'ont disculpée au motif que ce n'est pas dans ses habitudes de prendre des otages. En effet, son nom rime avec attentats kamikazes, tueries à l'aveuglette, attaques contre l'armée, la police, les fidèles catholiques et les églises, les formations sanitaires, etc. Mais si ce n'est pas Boko Haram, qui peut bien en rajouter à une situation sécuritaire déjà délétère ?

On ne tardera pas à le savoir avec la revendication du « kidnapping » faite par un certain mouvement appelé Ansaru. En cherchant à mieux connaître ce mouvement, on se rend compte qu'il est une dissidence de la secte Boko Haram. Avant d'annoncer officiellement son existence en janvier 2012, ce mouvement islamiste, lié à Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), a kidnappé, en mai 2011, un Britannique et un Italien qui ont été malheureusement tués lors d'une opération de libération de l'armée nigeriane. Ansaru a également revendiqué l'enlèvement d'un Français en décembre 2012 qui est toujours entre ses mains. Avec ce dernier rapt, le mouvement détient, en tout huit personnes, toutes de nationalité étrangère. Une performance digne d'AQMI et un record établi en un peu plus d'une année d'existence. Ansaru a décidé de s'illustrer tout en affichant sa différence d'avec Boko Haram. A cette secte, les tueries sauvages, les actes obscurantistes comme l'assassinat d'agents de santé pour empêcher les campagnes de vaccination contre la poliomyélite. A Ansaru, la prise d'otages avec toute la publicité gratuite des médias occidentaux vu que les kidnappés sont des expatriés et, inévitablement, des demandes de rançons comme le fait d'ailleurs AQMI.

L'élève suit bien son maître et, au regard de ses prouesses accomplies en un temps record, c'est à se demander si le premier ne va pas, un jour, dépasser le second qui est actuellement traqué comme une bête sauvage dans le Nord-Mali. Déjà, c'est une performance dont le Nigeria se serait bien passé sans oublier toute cette mauvaise publicité. Quelque part, la prise d'autant de personnes en otage traduit une défaillance sur le plan sécuritaire, une incapacité des autorités régionales et fédérales à assurer la quiétude tant des nationaux que des étrangers. Les agissements de Boko Haram étaient déjà la preuve de cette démission. Ansaru ne fait que venir compliquer la donne. Les efforts fournis jusque-là par l'Etat fédéral pour lutter contre la secte islamiste doivent être décuplés pour faire face au nouveau mouvement. Visiblement, c'est trop demander à des autorités qui ne savent déjà pas où donner de la tête avec Boko Haram.

Or, le pays doit se préparer à faire face à un printemps du terrorisme islamiste. Tout se passe comme si, chaque fois, il faut qu'un mouvement fasse parler de lui. Avant Boko Haram, on ne parlait que du Mouvement pour l'émancipation du Delta du Niger (MEND) qui perturbait la production pétrolière par des sabotages de pipelines, des prises d'otages de travailleurs de sociétés pétrolières. Et ce, pour exiger une meilleure répartition de la manne pétrolière dont cette région est grandement pourvoyeuse. Aujourd'hui, ce mouvement s'est calmé après avoir sans doute obtenu gain de cause. Le vide qu'il a laissé a été comblé par des mouvements d'un autre genre et dont les revendications, comme le retour au Moyen âge prôné par Boko Haram, sont difficiles à satisfaire.

Après le Delta du Niger, le danger vient du Nord, exactement comme au Mali il n'y a pas longtemps. Comme au Mali, le Nord est en train d'échapper au contrôle du gouvernement fédéral. Comme le Nord-Mali, il risque d'y avoir une prolifération de mouvements islamistes, terroristes ou sécessionnistes à l'image d'Ansar Dine, du MUJAO et du MNLA. Dans ce sens, il est à craindre que la dissension au sein de Boko Haram qui a donné naissance à Ansaru ne soit le début d'un interminable printemps du terrorisme islamiste au Nigeria.

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