Gender Links (Johannesburg)

19 Janvier 2013

Swaziland: Les mini-jupes et la décence

Photo: Anthony Kaminju/IRIN
Ecolières sud-africaines.

Swaziland — Les femmes du Swaziland ont crié victoire trop tôt lorsque leur pays a ratifié le Protocole de la SADC sur le Genre et le Développement en septembre 2012. Ce document engage les pays signataires à atteindre l’égalité du genre. Cette signature venait juste après l’interdit du port de la mini-jupe tel que stipulé dans le Crimes Act de 1889. Cette loi parle «d’immoralité» et de délit lorsqu’une femme porte une mini-jupe dans un lieu public ou des endroits d’intérêt public. Les mini-jupes sont considérées comme indécentes. Cet interdit constitue une atteinte à la liberté d’habillement des femmes.

Comme la plupart des modes vestimentaires, la mini-jupe ne date pas d’hier. La mode suit un phénomène étrange et toutes les tendances que ma mère portait lorsqu’elle était jeune – chaussures compensées, robes maxi, mini-jupes, coiffures afro, couleurs psychédéliques etc. – sont à nouveau en vogue aujourd’hui. Plusieurs jeunes femmes suivent la mode à la lettre.

Cependant, durant les deux derniers mois, la pauvre mini-jupe a provoqué un soulèvement au Swaziland. On allègue que les chauffeurs de taxi et consorts basés à la station de Manzini, sautent de temps à autre sur les femmes habillées de façon qu’ils jugent inacceptable. Les attaques dans cet endroit ne datent pas d’hier et dans un cas extrême, un groupe d’hommes a violé une femme du fait qu’elle était « indécente ».

Lors de la campagne des 16 jours d’activisme contre la violence basée sur le genre en décembre dernier, les femmes faisant partie du Swaziland Young Women’s Network sont descendues dans les rues pour réclamer le droit de se vêtir comme bon leur semble, criant qu’il était temps que les agressions sur leur personne stoppent. Et pendant ce temps, les auteurs de violence se moquaient d’elles. Ils ont maintenu qu’ils ne changeraient pas leur comportement et étonnamment, ils ont reçu le soutien de la police.

La police a cité la loi, disant que les contrevenantes devraient s’acquitter d’une amende de 10 dollars américains ou être emprisonnée pendant six mois. La porte-parole de la police, Wendy Hleta, a ajouté que les mini-jupes sont indécentes et que les femmes qui les portent incitent au viol. Elle a maintenu que la police appliquerait la loi car les hommes au stand de taxi n’étaient pas contents de voir des femmes en mini-jupes.

Pour enfoncer le clou, certaines femmes qui commercent au stand de taxi, ont soutenu les auteurs de violence, insistant sur le fait que les femmes doivent se couvrir si elles ne veulent pas être violées. Cela doit être ces mêmes femmes qui demandent aux femmes battues ce qu’elles ont fait pour mériter de leur sort. Ce type de femmes existe et elles vivent parmi nous !

Et pourtant, les chercheurs n’ont trouvé aucun lien entre le viol et la façon de se vêtir. Les vêtements traditionnels du pays comprennent une jupe très courte avec des colliers blancs qui couvre tout juste la région pubienne et à ce jour, je n’ai jamais entendu dire qu’une fille portant ce vêtement traditionnel avait été violée.

Des bébés et des femmes âgées portant bien couvertes ont été violés. Comment l’expliquer puisqu’elles avaient plusieurs couches de vêtements sur elles ?

Ce que nous tentons de faire comprendre, c’est que comme toutes les autres formes de violence sur les femmes et les enfants, le viol est une question de pouvoir et de domination. La raison expliquant le viol d’enfants et de femmes âgées est que les auteurs veulent prendre le contrôle de la situation. Ils savent que la plupart du temps, les victimes sont sans défense et plus faibles physiquement qu’eux.

Dans le cas du Swaziland, je pense que les hommes critiquant les mini-jupes sont intimidés par les femmes qui expriment leur pouvoir à travers l’habillement. Ces hommes se retrouvent souvent dans des impasses et se sentent enfermés dans la routine. La seule façon pour eux de se sentir mieux est de faire les autres se sentir inférieurs. Je ne suis pas une psychologue mais c’est ma théorie et j’y tiens. L’envie et la frustration accumulées peuvent rendre fous les gens a priori sains d’esprit.

Je pense que le Swaziland a des questions plus importantes à traiter que de voir qui s’habille en quoi. C’est l’année des élections et nous devons nous assurer que les législateurs proposent des lois plus dures envers ceux qui violent les droits d’autrui.

Je ne crois pas que la matière utilisée ou la quantité de tissu entrant dans la confection d’un vêtement ait quelque chose à voir avec la décence. Certaines personnes sont plus décentes en shorts qu’en pantalon. Tout est une question de ce qui va avec sa silhouette. Laissons donc les femmes porter ce qu’elles veulent, que ce soit un pantalon moulant, une mini-jupe ou un vêtement traditionnel. Qu’il en soit également ainsi pour les hommes.

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