Fratmat.info (Abidjan)

Cote d'Ivoire: Cacao - Les producteurs à la conquête du marché mondial

Pour faire face à la menace qui planait sur la commercialisation du cacao ivoirien sur le marché mondial, des producteurs se sont véritablement impliqués aux côtés des décideurs ivoiriens dans la lutte pour son repositionnement. Ils ont développé de bonnes pratiques agricoles, telles qu'exigées par des organismes internationaux.

En effet, en ce qui concerne la cacaoculture, une grande partie des vergers a plus de 20 ans et le sol est devenu pauvre, faute d'apport de fertilisants.

Le faible revenu des producteurs ne leur permet pas de renouveler les plants ni d'apporter des fertilisants nécessaires au sol qui a tant donné. Les plantations de cacao sont mises en jachère ou simplement détruites au profit d'autres spéculations.

Beaucoup d'agriculteurs préfèrent désormais s'adonner à la culture du palmier à huile et de l'hévéa qui leur procurent des revenus mensuels conséquents et qui, pourtant, menacent l'écosystème avec une baisse considérable du patrimoine forestier.

Dans les villages et campements, les jeunes ne sont pas attirés par le travail du cacao qu'ils trouvent laborieux et peu rentable.

A cela, s'ajoute la volatilité des prix ponctuée par leur forte baisse depuis début 2011. Dans un tel contexte, il fallait remotiver l'ensemble des producteurs.

Ce travail a été assuré avec succès par certaines organisations coopératives qui sont ainsi devenues des modèles dans la marche de la Côte d'Ivoire sur le chemin de la certification de son cacao.

« Nous étions menacés, on apprenait partout que nous forçions les enfants à travailler dans nos plantations. Il fallait démontrer que tout ce qui se raconte sur la Côte d'Ivoire n'est pas toujours vrai. J'ai passé toute ma vie à produire du cacao. Aujourd'hui, si cette culture n'est pas achetée sur le marché mondial, c'est un problème.

D'où la nécessité de nous organiser si nous voulons continuer à en vivre », raconte Salomon Kouassi Kouadio, planteur à Ezaikro, un village de Tiassalé.

Pour lui, il fallait que les agriculteurs se conforment aux normes édictées par les usiniers et exportateurs de cacao pour non seulement augmenter la production, mais surtout avoir des fèves de cacao de bonne qualité.

« Ce qui a changé dans notre mode de travail est qu'avant, par exemple, on pouvait faire sécher les fèves sur le goudron ou sur un espace cimenté.

On nous a dit que ce n'était pas approprié. Aujourd'hui, nous avons adopté de nouvelles techniques telles que le décabossage autrement que par la machette, la fermentation en bac, le séchage sur claie et le conditionnement des fèves séchées dans des sacs de jute», a ajouté le planteur.

Mais pour celui-ci, tout comme la plupart de ses pairs de cette localité, ces nouvelles méthodes agricoles dans le cadre de la certification du cacao ivoirien ont un coût. Cette reconversion a été possible grâce à sa coopérative affiliée à une faîtière appelée Union interrégionale victoire (Uirevi) qui a démarré officiellement ses activités dans cette localité où se trouve son siège en 2005.

25 organisations de base

Créée en novembre de la même année avec 12 coopératives au départ, elle compte aujourd'hui 25 organisations affiliées et plus de 75000 planteurs.

Le potentiel de production est estimé à 25.000 tonnes sur 40.937 hectares. Cette organisation est présente dans les 10 régions cacaoyères de la Côte d'Ivoire avec des sites de groupage à Soubré, Sassandra, Tiassalé.

Selon Toussaint N'guessan, président du conseil d'administration de l'Uirevi, elle s'est assigné 3 missions essentielles, à savoir, améliorer les revenus des producteurs de cacao et de café, apporter un appui à la production de qualité et la commercialisation du cacao, former les producteurs aux principes du développement durable qui prend en compte la certification, le travail des enfants, la question du genre, l'environnement... « Pour atteindre aujourd'hui la certification, le cacao de Côte d'Ivoire a connu un long parcours.

Il fallait respecter plusieurs critères que sont, entre autres, créer des plantations de grande productivité, éviter le travail des enfants dans les plantations, favoriser une meilleure rétribution aux producteurs en vue d'améliorer leurs conditions de vie, sauvegarder l'environnement... », a révélé Théodore N'Da, un administrateur de coopérative.

En ce qui concerne les objectifs, il s'agit d'améliorer les conditions de vie des producteurs et leur assurer un développement durable. Renforcer leurs capacités organisationnelles des producteurs en matière et de commercialisation.

Ces visions générales peuvent se décliner en objectifs spécifiques. Ainsi, sur le plan économique, l'Uirevi s'est engagée à garantir une production suffisante et de qualité aux clients qui tient compte des normes internationales exigées par le commerce équitable (Fair Trade), une structure partenaire.

À cela, s'ajoutent l'amélioration et la garantie de revenus meilleurs aux producteurs membres, le renforcement de partenariats directs et durables dans le commerce équitable, la facilitation de l'accès des membres aux systèmes de financement appropriés (crédits agricoles...)

Lutte contre le travail des enfants

Au plan social, il est question d'améliorer les conditions de vie et de travail des producteurs par la réalisation de projets communautaires (écoles, centre de santé, accès à l'eau potable), la facilitation, de la circulation des hommes et des marchandises dans les zones de production de café et cacao, l'accès aux fertilisants avec la prime de développement de la certification.

Lutter contre le travail des enfants dans les plantations de cacao, sans oublier de faire la promotion du genre,Fèves de cacao séchées (photo: DR) l'alphabétisation et la prévention contre le Vih/Sida en milieu rural.

L'Uirevi s'est aussi engagée à développer des projets dans le domaine de la protection de l'environnement. On peut citer, entre autres, la formation en matière de gestion de l'environnement, la gestion des produits agrochimiques, la promotion de l'agriculture biologique, de l'agroforesterie, à travers notamment la convention Uirevi-Sodefor-Fair Trade.

Dans les villages, les efforts en matière de la formation, l'information et de sensibilisation de la coopérative en direction des producteurs sont en train d'être récompensés puisqu'elle a déjà enregistré 13.000 tonnes de cacao certifiées.

Soit l'équivalent de la somme de 1,3 milliard de francs Cfa. C'est l'une des principales informations délivrées par M. Toussaint N'Guessan, Pca de l'Uirevi, lors de l'assemblée générale extraordinaire qui a eu lieu, le samedi 26 janvier, à la salle de réunion de la sous-préfecture de Tiassalé.

Selon ses dirigeants, cette faîtière est la première union de coopérative ivoirienne certifiée Fair Trade et Utz. Le label Rain forest est en cours.

C'est le lieu de rappeler quelques-unes des actions menées par cette organisation sur le terrain entre 2010 et 2012, surtout avec la prime de certification obtenue.

En effet, pour faciliter le ramassage des produits, l'Uirevi a offert 4 véhicules de collecte à 4 coopératives, d'un coût total de 38 millions de francs Cfa.

D'autres organisations ont reçu des primes dont le total est estimé à 85 millions de francs Cfa. Dans la même veine, l'Uirevi a produit et distribué 480.000 plants de cacao de type « Mercedès » aux coopératives de Bacanda, Tiassalé, Taabo et Aboisso.

Avec ses partenaires, elle a octroyé 140 hectares d'engrais, puis fait traiter 250 hectares avec des produits phytosanitaires par des applicateurs professionnels. Sans oublier la production de 20 centres de compostage et le profilage de 7 kilomètres de piste à Bacanda.

Dans le cadre du programme de développement de l'agriculture durable et du processus de certification du cacao, 16.000 producteurs de l'Uirevi ont été formés par cette coopérative et son partenaire, Oxfam, en Côte d'Ivoire. La lutte contre le travail des enfants est aussi au coeur des activités de cette organisation.

C'est pourquoi, au niveau social, une école primaire et 2 logements de maîtres sont en construction à Botintin où une opération de recensement des enfants des planteurs non scolarisés, faute de documents administratifs, a été menée.

Elle a permis d'identifier 200 personnes pour lesquels des jugements supplétifs ont été établis en vue de les scolariser. Par ailleurs, 850 kits scolaires ont été distribués aux enfants des coopérateurs.

A cela s'ajoute la prise en charge de la ration alimentaire de 1000 enfants issus des inspections de l'enseignement primaire de Tiassalé, Grand-Lahou et Divo.

Grâce à la convention signée avec la Sodefor et d'autres partenaires, il y a eu l'introduction d'arbres essentiellement composés d'essences locales à croissance lente et à faible densité dans les plantations de cacao en production pour obtenir des plantations reboisées.

S'impliquer davantage dans l'élaboration des nouvelles normes

Les producteurs ont besoin d'être soutenus par les décideurs. Des planteurs membres du Réseau ivoirien pour l'agriculture durable (Riad) estiment n'avoir pas été étroitement associés à l'élaboration des critères de la normalisation du cacao ivoirien.

C'est pourquoi devant les multiples difficultés de mise en œuvre de la stratégie de lutte sur le terrain, ils souhaitent être davantage impliqués dans l'élaboration de nouvelles normes standard de certification.

Leurs préoccupations sur la question ont été recensées dans un document qu'ils comptent présenter à la grande famille des chocolatiers lors du forum sur le cacao durable en Allemagne.

« Obtenir de la clarté et de la transparence des critères pour la durabilité de la production du cacao et pour la traçabilité du cacao, et des produits du cacao, établir une mesure crédible et transparente de la réalisation de la production de cacao durable à long terme, obtenir l'implication à travers le processus entier d'établissement des standards pour les standards du cacao émanant du Comité européen de normalisation (Cen)par une participation active des pays producteurs et consommateurs du cacao, » lit-on dans ce document.

Les autres propositions du Riad portent sur le devenir des standards évolutifs et applicables, mondialement reconnus pour leur nature inclusive aussi bien que leur capacité à offrir un impact de durabilité sur lesquels tous les régimes de standards peuvent s'aligner.

Soutenir l'éradication du travail forcé, du travail des enfants et les pires formes du travail des enfants en conformité avec la convention applicable de l'Organisation internationale du travail (Oit).

Soutenir l'amélioration du niveau de vie, des conditions sociales et des conditions de travail et de la main-d'oeuvre, y compris la santé et la sécurité des populations engagées dans le secteur du cacao. Améliorer les impacts d'une production de cacao durable sur l'environnement.

Accroître le revenu du producteur et ses moyens de subsistance, y compris l'amélioration de la productivité des plantations de cacao, en encourageant la diversification et la production et du revenu, et en facilitant l'accès aux marchés pour les producteurs de cette matière première. Soutenir et promouvoir la transparence de tous les coûts et l'impact économique de la certification.

Promouvoir les organisations des agriculteurs, y compris des coopératives en favorisant l'autonomisation des producteurs. Améliorer la communication sur la traçabilité et la durabilité des produits du cacao.

Assurer la liaison avec Iso/Tc 34 concernant la qualité et la sécurité de la production. En définitive, les producteurs organisent leur plaidoyer autour de quatre grands axes : la question du travail dans les plantations, les droits de l'homme, l'autonomisation et les besoins de base des paysans.

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