Le Pays (Ouagadougou)

Guinée: Opposition contre pouvoir - La rupture est-elle consommée ?

La machine électorale en Guinée risque de se gripper, si elle ne l'est déjà. On la savait en panne au regard des divergences de vue profondes qui opposent le pouvoir à l'opposition ; mais on ne savait pas qu'elle allait autant déraper. Surtout que très récemment, l'opposition avait réussi la prouesse d'organiser une marche pacifique qui avait mobilisé des milliers de Guinéens pour dénoncer l'immobilisme des autorités de Conakry. Mais rien n'y fit. Bien au contraire, la situation empire, puisque le 23 février dernier, l'opposition a décidé de se retirer du processus électoral, rajoutant ainsi à la complexité de la situation.

Et cerise sur le gâteau, elle a annoncé le retrait de ses membres qui siègent au sein de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Que se passe-t-il donc ?

Au fait, l'opposition récuse le choix de l'opérateur sud-africain chargé d'établir le fichier électoral, exige le vote des Guinéens de l'étranger et dénonce le dysfonctionnement de la CENI. Autant de revendications qui, en toute objectivité, paraissent légitimes et n'ont rien de fantaisistes comme le laisse croire le pouvoir guinéen. La sagesse commande, en pareille occurrence, que soit vite amorcé un dialogue avec l'opposition surtout que l'enjeu est de taille. Car, comment imaginer des législatives crédibles en mai prochain si l'opposition refuse d'y participer ? A moins que le pouvoir ne veuille faire cavalier seul, ce serait un scrutin au rabais qui risque de mettre à nouveau le pays sens dessus dessous.

En tout cas, quand on observe de près ce qui se passe en Guinée, on est parfois tenté de dire que le président Alpha Condé redoute plus que jamais les législatives, si fait qu'il se complait dans le dilatoire pour gagner du temps. Déjà et presqu'à mi-mandat, il gouverne par ordonnance sans contrepouvoir réel. Peut-être Condé craint-il de voir la mise en place d'un parlement hostile, majoritairement composé de membres de l'opposition, cela d'autant que les circonstances de son accession au pouvoir étaient des plus tumultueuses pour ne pas dire ténébreuses. Tout compte fait, il faudra qu'un jour, les législatives se tiennent en Guinée, même s'il faudra à nouveau faire appel à un médiateur qui tâchera tant bien que mal de concilier les positions des uns et des autres ; et cela, afin que le pays de Sékou Touré ne soit éternellement pris en otage par ses hommes politiques dont l'incurie le dispute souvent à l'irresponsabilité.

Peut-être peut-on aussi espérer qu'un jour, par sursaut patriotique, les responsables de la CENI guinéenne s'affranchiront de la tutelle de ceux qui les y ont placés pour refuser d'être des faire-valoir et permettre au pays de sortir de cet imbroglio politique. Ce n'est pas impossible puisque, bien avant eux, d'autres responsables l'ont fait dans certains pays.

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