Le Phare (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Addis Abeba - Le pays piegé, le M23 tranquille

Kinshasa — Il y avait du beau monde hier dimanche 24 février à Addis-Abeba, à l’occasion de la signature de l’Accord-cadre pour la paix en République Démocratique du Congo : Ban Ki-moon (Secrétaire Général de l’Onu), Mme Nkosazana Diamini Zuma (présidente de la Commission de l’UA), Denis Sassou Nguesso (Congo/Brazzaville), Paul Kagame (Rwanda), Jakaya Kikwete (Tanzanie), Jacob Zuma (Afrique du Sud) et Armando (Mozambique).

En principe, la solennité ayant entouré la cérémonie aurait dû susciter un grand enthousiasme auprès des masses congolaises.

Hélas, ce n’est pas le cas. Dans les cercles politiques comme chez l’homme de la rue à Kinshasa, Goma, Rutsthuru, Beni, Butembo ou Bukavu, le sentiment général est que le pays est piégé.

Certes, il y a lieu de saluer la démarche conjointe des Nations Unies, de l’Union Africaine, de la CIRGL (Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs) et de la SADC (Communauté de Développement de l’Afrique Australe) fondée sur la nécessité de rétablissement d’une paix durable dans notre pays.

L’intention de promouvoir la coexistence pacifique et l’intégration économique régionale entre Etats d’Afrique Centrale, des Grands Lacs et d’Afrique Australe est noble.

Les Congolais troublés

Mais ce qui trouble nombre de Congolaises et Congolais, c’est l’insertion, au sein d’un Traité engageant plusieurs Etats, des matières relevant des affaires internes congolaises, notamment la décentralisation, la démocratisation, la réconciliation nationale, la réforme de l’armée, de la police et des finances, l’aménagement du territoire, la justice, etc.

Un cahier de charges imposé On aurait aimé voir les architectes de l’Accord-cadre soumettre aux mêmes obligations les voisins de la RDC, impliqués dans l’entretien du climat d’insécurité à ses frontières et dans le pillage de ses ressources naturelles, à savoir le Rwanda et l’Ouganda.

Il est bizarre de constater qu’aucune allusion n’est faite à ces deux pays, pourtant reconnus de longue date comme les principaux sponsors du M23 en argent, armes, munitions et logistique.

Le silence observé au sujet des activités militaires rwandaises et ougandaises en territoire congolais fait sérieusement penser à un texte ficelé sous la forme d’un piège prêt à se refermer sur le grand Congo, dès lors que l’un de ses voisins belliqueux aura estimé qu’il y a déficit de leadership, de décentralisation, de démocratie, de sécurité, de bonne gouvernance, de justice, d’infrastructures de base… de l’autre côté de sa frontière.

Aussi, faut-il souhaiter que tous les pays signataires aient le même entendement des termes de référence, afin d’éviter des malentendus et de nouveaux conflits.

L’analyse des engagements politiques, diplomatiques, sécuritaires, économiques et sociaux à tenir par la RDCongo fait penser à ceux imaginés par des puissances de tutelle à l’endroit de leur colonie.

Le M23 tranquille

Dès lors que le texte signé à Addis-Abeba est resté muet au sujet des engagements précis du Rwanda et du Burundi, le M23 peut se frotter les mains. Certes, les Nations-Unies, l’Union Africaine, la Conférence Internationale sur la Région des Grands et la Communauté de Développement de l’Afrique Australe ont prévu des clauses interdisant des ingérences des Etats dans les affaires internes des autres, le soutien aux forces négatives, la protection des auteurs des crimes de guerre et crimes contre l’humanité, mais le caractère général de ces obligations exonère le Rwanda et l’Ouganda de leur responsabilité particulière dans la crise congolaise.

Pourquoi a-t-on tenu à embarquer les onze Etats signataires dans le dossier de la déstabilisation du Congo, lequel concerne exclusivement les deux pays précités ?

En élargissant l’assiette, ceux qui ne maîtrisent pas les dossiers sécuritaires des Grands Lacs pourraient croire que la RCA, le Congo/Brazzaville, l’Angola, la Zambie, la Tanzanie et l’Afrique du Sud seraient nuisibles à la paix en RDC au même titre que l’Ouganda et le Rwanda, alors que ce n’est pas le cas.

Pourquoi ce grand flou autour de la situation de l’Est de notre pays ?

En insistant sur la décentralisation, la démocratisation, la réforme de l’armée et de la police, la réconciliation nationale, la lutte contre la pauvreté, l’amélioration des infrastructures et des services sociaux, les signataires de l’Accord-cadre pour la paix en RDC rejoignent, curieusement, le M23 dans plusieurs de ses revendications d’avant comme d’après les négociations de Kampala.

Il est à craindre que sous le ptétexte de la décentralisation, chaque secteur ou territoire de la RDC ne réclame son autonomie.

Rébellion interne ayant désormais un statut légal, elle ne devrait pas, en principe, être concernée par le travail de surveillance et de traque des « forces négatives» par la future Brigade internationale appelée à faire le ménage le long de la frontière congolo-ougando-rwandaise.

Alors que ce mouvement rebelle s’est considérablement armé et tient la ville de Goma en tenaille, aucun mot n’a été soufflé, à Addis-Abeba, sur son non respect du périmètre de 20 km lui imposé par la CIRGL.

Les Congolais aimeraient savoir à quoi rime un Accord-cadre qui impose tout à leur pays et rien aux agresseurs rwandais et ougandais.

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