L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

26 Février 2013

Afrique de l'Ouest: Casse-tête financier pour la Cedeao

Photo: Gouvernement du Mali
Cheikh Modibo Diarra et la délégation de la CEDEAO

La guerre contre les terroristes enturbannés au nord du Mali est-elle en train de devenir une affaire de gros sous ? Tout porte à le croire en tout cas. Lors de la rencontre des ministres des Affaires étrangères et de la Défense de la CEDEAO en prélude au 42e sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de la sous-région, qui s'ouvre aujourd'hui mercredi 27 février, le sujet a été ébauché.

En effet, dans le communiqué lu par le ministre ivoirien des Affaires étrangères, Charles Koffi Diby, il sera question de procéder à un relèvement des effectifs africains à au moins 8 000 hommes contre 6 000 de prévus jusque-là. Il a ajouté que cela semblait une priorité dans l'optique de parer à l'éventualité d'«une guerre asymétrique ou d'usure». Ce qui est normal et même raisonnable.

Ainsi dans la suite logique, comme il fallait bien s'y attendre, nos ministres des Affaires étrangères et de la Défense estiment qu'il faut pour cela une enveloppe financière de 950 millions de dollars, soit à peu près 475 milliards de francs CFA contre un budget initial de 455 millions de dollars, soit environ 237 milliards de CFA. Comme on le voit, on est passé du simple au double.

C'est une somme naturellement astronomique pour nos budgets squelettiques, ce qui fait que le plus dur, vous vous en doutez, est de trouver cet indispensable nerf de la guerre, sans lequel le déploiement des troupes ouest-africaines sera compromis, du moins limité. Faudra-t-il dans ces conditions attendre l'hypothétique promesse d'aide de la communauté internationale avec le risque de mettre du temps à la recevoir ou faudra-t-il que la CEDEAO s'autofinance en attendant d'être remboursée ?

Une équation financière qu'il va falloir vite résoudre. C'est dans ce contexte que la France nous répète qu'elle n'a pas vocation à rester au Mali. C'est également dans ce contexte que la guerre contre les groupes armés au nord-Mali est entrée dans une phase décisive avec les combats farouches à Gao et à Téssalit, sans compter les attentats réussis ou déjoués.

Voici donc le sort du Mali tributaire de la capacité pécuniaire de la communauté ouest-africaine. Pendant que nos chefs d'Etat rivalisent ouvertement ou de façon couverte pour le leadership sous-régional, l'occasion leur est donnée ici de prouver chacun sa puissance de frappe financière, car leadership politique rime toujours avec leadership financier. C'est ici que l'on verra qui est garçon, comme disent nos frères ivoiriens, car tout les reste n'est que «woba-woba».

Au lieu de chercher à réunir la totalité du montant souhaité afin de déployer les 8 000 hommes, ne serait-il pas judicieux de les envoyer, même si c'est au compte-gouttes ?

A moins qu'ici le problème soit beaucoup plus profond que les considérations d'argent. En d'autres termes, ne se pose-t-il pas un problème de volonté réelle ? Car, quand on voit la célérité avec laquelle les soldats du Tchad, situé en Afrique centrale, donc beaucoup plus éloigné du théâtre des affrontements, sont entrés dans la danse sans pour autant attendre un quelconque financement préalable, on se demande si ce n'est pas la volonté qui manque le plus.

En tout cas, qu'on le veuille ou non, les Etats membres de la CEDEAO ou même de toute l'Afrique auraient tort de croire que cette guerre est l'affaire des seuls Maliens. Car, aujourd'hui, c'est le pays de Modibo Kéita qui est la proie de la pieuvre islamique. Mais aucun pays, aussi sécurisé soit-il ou prétend-il l'être, ne peut se targuer d'être à l'abri de toute menace terroriste.

Comme dit un adage bien connu en Afrique, quand la case de ton voisin brûle, il faut lui porter secours de peur que l'incendie ne se propage à la tienne.

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