La Presse (Tunis)

27 Février 2013

Tunisie: Assassinat de Chokri Belaïd - Conférence de presse d'Ali Laârayedh

«Les forces de sécurité sont parvenues à arrêter quatre individus impliqués dans l'assassinat, le 6 février, de Chokri Belaïd, secrétaire général du Parti des patriotes démocrates unifié (Ppdu).

Seulement, l'assassin qui a tiré les balles fatales est toujours en fuite et nous sommes toujours à sa recherche. Les premières investigations montrent que les personnes arrêtées appartiennent à la mouvance dite salafiste. Pour le moment, rien n'indique que les auteurs du crime entretiennent une relation avec une partie étrangère. L'enquête policière et judiciaire se poursuit encore et l'opinion publique nationale sera informée à temps de tous les détails relatifs à l'affaire».

Ce sont là les informations les plus importantes livrées, hier, par Ali Laârayedh, ministre de l'Intérieur lors d'une conférence de presse tenue au siège du département et consacrée aux derniers développements de l'enquête sur le crime odieux dont a été victime Chokri Belaïd, secrétaire général du Ppdu.

Non à l'instrumentalisation politique du crime

Le ministre de l'Intérieur souligne en prélude : «Nous avons demandé à toutes les parties politiques de s'empêcher d'instrumentaliser l'affaire. Au ministère de l'Intérieur, nous considérons que la découverte des coupables et leur présentation à la justice consacrent l'Etat de droit et des institutions et constituent une forme de réparation à la famille du défunt, à ses camarades et à la grande famille démocrate nationale. C'est aussi une action qui renforce la confiance de l'opinion publique dans le professionnalisme et la neutralité de la justice et des forces de sécurité. C'est également une réponse aux campagnes de dénigrement dont les forces de sécurité ont pâti ces derniers jours.

L'affaire est en cours d'instruction et nous sommes dans l'obligation d'en respecter le secret. C'est la raison pour laquelle le ministère de l'Intérieur n'est pas en mesure de révéler les détails qui pourraient porter atteinte à la confidentialité de l'enquête».

Toutefois, le ministre de l'Intérieur révèle que dès le déclenchement de l'affaire, «le juge d'instruction désigné a confié à la brigade criminelle la responsabilité de conduire l'enquête. Le ministère de l'Intérieur a mis à la disposition de cette même brigade tous les moyens requis afin qu'elle assume, au mieux, sa fonction. Nous n'avons pas hésité, d'autre part, à exprimer notre disposition à recourir à l'assistance technique des pays frères et amis et des organisations spécialisées, notre objectif étant de répondre à toutes les attentes.

Avec l'avancement de l'enquête et la collecte d'un certain nombre de preuves, les forces de sécurité chargées de l'affaire ont réussi à cerner leur présomption sur un groupe d'individus qui ont surveillé le théâtre du crime quelques jours avant l'assassinat et le jour même où Chokri Belaïd a été lâchement assassiné. Les forces de sécurité ont arrêté quatre individus dont l'un a accompagné le meurtrier le jour du crime. L'exécutant du crime a été reconnu mais il est actuellement en fuite et les forces de sécurité sont toujours à sa recherche.

D'après les premiers éléments de l'enquête policière, les quatre individus arrêtés appartiennent à un courant religieux dit radical. Ils sont âgés de 26 à 34 ans. L'un d'eux a des antécédents judiciaires puisqu'il a fait partie d'une bande de malfaiteurs accusés d'avoir agressé des citoyens après la révolution. Pour autant, l'enquête n'est pas close. Elle se poursuit toujours auprès de la brigade criminelle et du juge d'instruction en charge de l'affaire».

Appel à la mobilisation générale

Ali Laârayedh a conclu son intervention en insistant : «Ce qui s'est passé est un crime odieux qui a des conséquences graves sur la sécurité des citoyens et qui menace l'ordre public et la stabilité du pays. J'appelle tout le monde (partis politiques, organisations et médias) à s'unir autour des objectifs de la révolution et des institutions de l'Etat. Nos forces de sécurité sont déterminées à poursuivre l'accomplissement, avec courage et vigueur, de leur rôle national pour lutter contre le terrorisme, préserver les biens privés et publics et faire face à toutes les menaces, qu'elles proviennent de l'intérieur ou de l'étranger. Avec ses institutions légitimes, l'Etat demeure au-dessus des partis politiques et des organisations. Le ministère de l'Intérieur poursuivra sa mission de lutte contre la violence et le terrorisme et de protection des Tunisiens».

Les quatre personnes arrêtées et le meurtrier toujours en fuite ont-ils un rapport quelconque avec une partie étrangère? Les quantités d'armes saisies ces derniers jours à M'nihla et les personnes arrêtées à cette occasion peuvent-elles s'inscrire dans le cadre de l'assassinat de Chokri Belaïd ? Y a-t-il un appareil sécuritaire parallèle comme beaucoup le prétendent ?

Pour répondre à ces questions, le ministre de l'Intérieur a été clair, tranchant et précis : «Au stade actuel de l'enquête, nous ne disposons d'aucune preuve ou d'aucun indice sur l'implication d'une quelconque partie étrangère dans l'assassinat de Chokri Belaïd. Il n'y a pas, également, de preuve pour le moment sur l'appartenance des personnes arrêtées et du meurtrier en fuite à une quelconque organisation. Nous avons intercepté beaucoup d'armes individuelles, celles volées lors de la révolution n'ont pas été totalement récupérées. Nous craignons que les armes stockées et saisies récemment soient destinées à être transportées dans d'autres pays ou à servir pour des opérations terroristes en Tunisie.

Quant à l'existence d'une structure sécuritaire parallèle, j'affirme qu'il n'existe aucune police en dehors des forces de sécurité officielles.

D'autre part, nous n'avons aucune preuve sur la corrélation entre les armes saisies et les personnes arrêtées».

Y a-t-il des plans pour l'assassinat d'autres personnalités politiques et quelle réponse le ministère a-t-il fourni à ceux qui ont demandé à être protégés après avoir reçu des menaces ?

Le ministre de l'Intérieur précise : «Nous n'avons pas de données sur les plans d'assassinat d'autres personnalités politiques. Quant à la protection des personnalités se disant menacées, les unités de sécurité ont procédé aux investigations nécessaires et ont évalué le degré de danger couru et, le cas échéant, nous assurerons la protection nécessaire aux personnalités concernées. Dans la plupart des cas déjà traités, il n'y avait pas de raison de recourir à de telles mesures».

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