Sénégal: Eléphants et Lions de l'humour s'amusent à Dakar

Dakar — Le comédien sénégalais Kader Diarra alias Kader Pichininico avait, jeudi soir, un sourire contenu qui cachait mal la satisfaction d'un artiste ayant réussi à montrer, avec des collègues sénégalais, ivoiriens et burkinabè, l'image d'une amitié pouvant favoriser le dialogue, la compréhension et la solidarité entre les peuples.

Devant un millier de spectateurs réunis au Grand Théâtre, ces artistes ont joué la troisième mi-temps du match qualificatif à la Coupe du monde du rire.

L'objectif étant, après les politiques et les sportifs, de dire que les incidents survenus le 13 octobre dernier au cours du match Sénégal-Côte d'Ivoire n'étaient qu'un... incident malheureux dans les relations entre les deux pays.

Tout commence par un échauffement, une mise en condition... de rire des invités.

Ces préliminaires ont été une vraie entrée en matière pour une soirée suivie par un public essentiellement ouest-africain. Burkinabé, Ivoiriens, Maliens, entre autres, ayant répondu à l'invitation de leurs champions du rire.

Au milieu du quart d'heure d'échauffement avec Amdy Mignon, Docteur, Tony, Bassirou Diakhaté et Kader, habillé aux couleurs du Sénégal, les présidents Léopold Sédar Senghor et Félix-Houphouët Boigny sont convoqués pour entretenir un dialogue outre-tombe : échanges sur la négritude, le café, le cacao, entre autres.

Arbitres du match, les Bobodioufs Siriké et Souké du Burkina Faso, ont tenté, tant bien que mal de porter la voix et la bonne parole du facilitateur Blaise Compaoré qui porte depuis quelques années les habits de médiateur dans les conflits qui secouent la sous-région.

En introduisant les joutes verbales, Souké demande à son compère de parler des deux équipes.

"Ce sont des éléphants et des lions. Ce que je sais c'est que leur viande est douce, mais pour ces lions sénégalais je me demande si ce sont des lutteurs ou des joueurs".

C'était ainsi parti pour un match qui avait de belles particularités. En plus des cartons jaune et rouge connus dans la règlementation du football classique, il y a, pour cette rencontre entre humoriste trois autres cartons aux significations singulières : le bleu (le fautif paye cinq millions de francs CFA et donne le numéro de téléphone de sa petite sœur aux arbitres), le vert (en écoper c'est se voir obliger d'aller brouter en brousse ou de conjuguer - !- le mot 'vilain' à la première personne du singulier au présent de l'indicatif, en wolof), le noir (on ne vous aime pas).

Avant l'exécution des hymnes nationaux, Zongo, un des trois membres de l'équipe de Côte d'Ivoire, demande un "test ADN de la pelouse" - il soupçonne les Sénégalais de l'avoir "minée" de potions mystiques. Sans attendre que les arbitres répondent à sa réclamation, il enchaîne en exigeant avec véhémence l'exclusion d'un humoriste au teint clair, sous prétexte que c'est... un Blanc.

De fait, tout n'a été qu'accusations et contre-accusations dans cette phase de présentation des deux groupes.

Aux Sénégalais qui disent que les arbitres burkinabé ont voyagé avec les Ivoiriens, ces derniers répondent que ces mêmes burkinabé ont mangé du ceep avec leurs hôtes sénégalais.

Adama Dahico enfonce le clou en accusant, document à l'appui, les arbitres Siriké et Souké d'avoir accepté des pots-de-vin de la partie sénégalaise.

Le tirage au sort pour déterminer les camps de jeu fait lui aussi polémique, au point qu'à la place d'une pièce de monnaie c'est un billet de 10.000 francs CFA - prêtée ( ?) par une autorité assise au premier rang - qui est utilisé pour en réalité ne pas trancher la question, finalement pas si simple qu'on le pensait.

Dès lors, les deux équipes pouvaient retourner dans les vestiaires pour revenir donner la suite, le match ayant en vérité commencé depuis une heure.

C'est même dans la phase de présentation que la rencontre s'est vraiment jouée. Le reste a été une suite de stand-up et de one man show assaisonnés de succulents proverbes et formules ...

Chacun dans son style et ses thèmes favoris égayent le public. Bichichi ouvre le bal pour le compte du Sénégal, semant sa partition de prédications dont il est le seul à connaitre les ressorts :

il annonce, au grand dam des Ivoiriens - qui "aiment trop l'argent" - que dans trente ans, la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) sera dirigée par un Sénégalais.

Chez Adama Dahico, onzième sur quatorze candidats à la dernière élection présidentielle ivoirienne (2010) - "donc pas dernier" - propose des morceaux fortement inspirée de son amour-haine de la politique telle que pratiquée par les élites africaines.

"Quand l'oiseau vole il fait son nid/Quand le politicien vole il nie les faits", lance Dahico dans un ton qui imite si brillamment un rat de bar ayant bu le verre de trop.

Zumba (Sénégal) porte son regard sur la tendance de ses compatriotes - très prompts à consulter le premier charlatan du coin - à n'essayer de prendre soin d'eux-mêmes que lorsque le mal devient si grave qu'il n'y a presque plus rien à faire.

Annoncé comme Dahico, par une musique qui est en fait son hymne, Zongo philosophe magistralement sur le mariage, exercice qui, selon lui, entraîne "une addition des problèmes, une multiplication des responsabilités et une soustraction des libertés". Bien qu'ayant trouvé le jour et le lieu de son mariage, il cherche toujours femme.

Après Kader, qui n'était pas au meilleur de sa forme - préférant peut être, en tant qu'initiateur de la soirée-gala, mettre la lumière sur ses amis (sénégalais, ivoiriens et burkinabé), le point final est signé "Le magnifique" qui, depuis qu'il s'est fait connaitre à travers le petit écran, s'illustre brillamment pour mériter son nom de scène.

Il en a dérouté plus d'un en arborant les équipements du lutteur sénégalais (qu'il avait dissimulés sous ses survêtements orange-blanc-vert) - prêt à engager le combat. C'est peut-être lui qui a le mieux illustré - en tournant en dérision les attitudes et comportements des Ivoiriens et des Sénégalais - et porté avec force l'esprit de cette troisième mi-temps, cette "confrontation". En attendant le temps additionnel...

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