Le Pays (Ouagadougou)

25 Juin 2013

Burkina Faso: Archives nationales - L'Islam dans la Haute Volta coloniale

La direction générale des archives nationales placée sous la présidence du Faso a organisé une conférence publique sur l'« Islam dans la Haute Volta coloniale » à Ouagadougou, le 20 juin 2013.

Pour le conférencier Issa Cissé, maître de conférence à l'université de Ouagadougou, la politique française vis-à-vis de l'islam a été ambiguë pendant la colonisation.

« Cette ambiguïté a dégagé en fin de compte une dynamique en faveur de la propagation de l'islam dans un pays comme la Haute Volta, considéré dans l'ensemble comme un bastion de l'animisme avant l'arrivée des Européens », a t-il relevé avant de dire que le nombre des musulmans est passé de 10% en 1949 à plus de 60% à nos jours.

Valoriser les archives et participer à une meilleure connaissance de l'histoire du Burkina Faso. C'est le but poursuivi par les archives nationales.

La conférence grand public, organisée, le 20 juin 2013, dans la salle de conférence des archives nationales, à Ouagadougou, a porté sur l'« Islam dans la Haute-Volta coloniale ». Elle a été animée par le professeur Issa Cissé, enseignant de l'islam à l'université de Ouagadougou.

Pour le conférencier, avec plus de 60% de la population, l'islam représente un enjeu au Burkina Faso. Cet islam remonte du 15e au 16e siècle ; et pendant les 18e, 19e siècles, il a connu un progrès remarquable. Il est essentiellement fondé par des minorités marchandes et pastorales des régions de l'Ouest et du Nord.

Cet islam a marqué sa présence entre autres par la création de foyers musulmans à Bobo-Dioulasso, Barani et par des manifestations dites djihad dans la Boucle du Niger. Il s'agit de Mamadou Karantao fondateur de Ouahabou et de Al Kari de Bossé. Le conférencier a signalé que l'islamisation dans le Moogo a été assurée par les Yarcé.

Le choc colonial

Selon le conférencier, avec le choc colonial, il y a eu un ensemble de facteurs qui a contribué à l'évolution de l'islam d'une manière sensible. On retiendra qu'une politique coloniale ambiguë a été bâtie pour gérer les musulmans. L'administration a eu à faire à deux habitudes.

Il y a, d'une part, l'attitude conciliante qui a consisté à utiliser les lettrés musulmans en exploitant leur influence et à utiliser l'islam comme un facteur de civilisation. L'islam est considéré comme l'étape intermédiaire entre la barbarie et la civilisation occidentale.

D'autre part, il y a eu l'attitude hostile du colon qui a consisté à utiliser contre l'islam les religions traditionnelles. Les chefs de Canton qui étaient des chefs traditionnels vont être contre les musulmans. « Une police musulmane est créée pour contrôler, les activités et les mouvements des élites musulmanes.

Des perquisitions à domicile et des répressions qui montrent toute la barbarie coloniale », a dit le professeur Issa Cissé, avant de relever que c'est dans ce contexte que des notabilités musulmanes ont perdu la vie notamment Sakidi Sanou à Bobo-Dioulasso, Al Kari de Bossé en 1894 et Karamogo Bâ de Lanfièra froidement abattu après un procès expéditif en novembre 1896.

Rapport entre administrateurs et islam

Le conférencier situe le lien entre l'islam et la colonisation autour des années 1919-1945. Pour lui, les rapports entre l'islam et le colonisateur ont été le plus souvent conflictuels.

Profitant d'une crise au sein de la communauté Tidjania (Hamalllisme), le colonisateur a diabolisé le Cheick Hamaoullah et ses adeptes en 1941. C'est ainsi que les cheicks Abdoulaye Doukouré et Aboubacar Savadogo de Namissiguima (Ramatoulaye) ont été arrêtés.

C'est dans la période de 1945-1960 qu'apparaîtra le mouvement réformiste dite wahabia qui voulait une renaissance du monde musulman à travers le retour à l'islam originel et à travers une modernisation de l'enseignement qui se concrétise sur le terrain par la création des Medersas.

A travers la colonisation, constate le conférencier, il y a eu un enracinement du christianisme à telle enseigne qu'à la fin de la colonisation début des indépendances, les musulmans ont ressenti le besoin de relever ce défi de l'omniprésence de la culture judéo-chrétienne, et d'asseoir une communauté musulmane en 1962 afin de pouvoir défendre conséquemment la cause de l'islam dans ce pays.

Pour le professeur Issa Cissé, la politique française envers l'islam pendant la période coloniale a été menée avec ambiguïté.

« Cette ambiguïté a dégagé en fin de compte une dynamique en faveur de la propagation de l'islam dans un pays comme la Haute Volta, considérée dans l'ensemble comme un bastion de l'animisme avant l'arrivée des européens » dira t-il.

Il a conclu que le nombre des musulmans est passé de 10% en 1949 à 20% à la fin de la colonisation et de nos jours à plus de 60% de la population.

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