Congo-Kinshasa: Le trafic illicite d'ivoire menace de décimer les éléphants restants

Goma, Rd Congo — Malgré l'interdiction du commerce de l'ivoire des éléphants du bassin du Congo, déjà déclarés espèce en voie d'extinction par le Fonds mondial pour la nature (WWF), l'ivoire se vend bien en République démocratique du Congo (RDC). Ce qui représente une menace pour le reste de ces pachydermes des forêts d'Afrique centrale.

Au marché d'art de Goma, la capitale provinciale du Nord-Kivu, dans l'est de la RDC, un des endroits les plus fréquentés par les touristes, des objets d'arts en bronze, cuivre, malachite, pierre, bois... et des tableaux, attirent les visiteurs. Mais seuls les habitués savent qu'on y vend aussi des objets en ivoire.

"Même illégal, le marché d'ivoire attire toujours les amoureux de l'art, surtout les étrangers qui engagent des courtiers", explique à IPS, un artisan d'art qui a souhaité s'exprimer dans l'anonymat.

Interdit, à quelques exceptions près depuis 1989 à travers le monde, le commerce de l'ivoire se porte bien sur le marché noir dans les grands centres urbains de la RDC, qui représente, selon l'Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN), 70 pour cent des forêts du bassin du Congo. Les cinq autres pays du bassin du Congo sont le Cameroun, le Congo-Brazzaville, le Gabon, la Guinée équatoriale et la République centrafricaine.

Actuellement, la RDC ne compte plus que quelque 7.000 éléphants contre 100.000, il y a 20 ans, ou encore un million, juste au début du 20ème siècle, souligne une étude de WWF publié en mai dernier.

En général, les braconniers sont des "militaires des FARDC (Forces armées de la RDC) incontrôlés et les commandants des milices", affirme à IPS, le major John Bonyoma, un juge au tribunal militaire de Goma.

En 2010, la Convention sur le commerce international des espèces animales et végétales en danger ou menacées (CITES) accusait déjà l'armée congolaise, dans un communiqué, d'être "responsable à 75 pour cent du braconnage dans neuf des 11 sites" de ce pays.

En dépit de cette dénonciation, l'ICCN, qui accuse également certains chefs locaux de complicité, estime à environ 1.000 le nombre d'éléphants braconnés en RDC, entre 2010 et 2013.

"La demande de sculptures et bibelots en ivoire sur les marchés asiatiques est la source du braconnage des éléphants", souligne à IPS, Emmanuel de Mérode, directeur de l'ICCN au Nord-Kivu, qui indique qu'un kilogramme d'ivoire se vend à 1.500 euros au marché noir.

Le braconnage est devenu "un réseau de criminalité organisée, utilisant pratiquement des armes de guerre", ajoute-t-il, se référant au survol de l'espace aérien du parc de Garamba (nord-est de la RDC), par un hélicoptère de combat, pour abattre 22 éléphants, en mars 2012, par des présumés militaires ougandais.

Face aux braconniers qui traversent régulièrement la frontière-est de la RDC, lourdement armés et équipés des technologies de pointe incluant le Système de localisation mondial (GPS) et les téléphones satellites, l'ICCN reste impuissant.

En cas de braconnage effectué par un expatrié, la loi reconnaît à l'Etat congolais la possibilité de l'expulser ou de l'arrêter.

"L'expulsion affaiblit la lutte contre le braconnage. Il faut appliquer scrupuleusement les législations qui protègent les animaux et arrêter aussi les expatriés", estime le major Bonyoma.

Justin Mufuko, un environnementaliste, explique à IPS, que l'éléphant des forêts joue un rôle vital dans le maintien de la biodiversité en dispersant, à travers ses matières fécales, les graines, racines et fruits de nombreux arbres tropicaux qu'il consomme quotidiennement. Selon lui, ces excréments jouent le rôle de compost pour les racines de nouvelles plantes.

Mufuko ajoute que l'éléphant trace aussi des sentiers et assure l'accès aux clairières pour d'autres animaux.

Une prime instaurée par l'ICCN pour la protection des parcs de la RDC est la seule solution, estime Mufuko. En impliquant, depuis 2010, les communautés locales dans la protection des parcs nationaux, l'ICCN encourage les villageois à dénoncer les braconniers.

La prime est une aide financière allouée aux associations dont les projets sont viables. Le montant dépend du coût total du projet, mais ce sont de petites activités agricoles de cinq hectares au maximum, ou d'élevage de chèvres pour une dizaine de bénéficiaires.

"En finançant des projets communautaires locaux viables dans l'élevage de petit bétail, l'ICCN dissuade les villageois de devenir des complices des braconniers et de se livrer à des activités illicites", souligne Mufuko.

Mufuko estime que cette sensibilisation a contribué à diminuer le rythme effréné d'abatage d'éléphants en RDC.

La RDC compte neuf parcs nationaux et une soixantaine de réserves et domaines de chasse gérés par l'ICCN. Cet ensemble représente 10,47 pour cent du territoire national (250.000 kilomètres carrés), et renferme cinq aires protégées figurant sur la liste du patrimoine mondial de l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO).

Mais les problèmes auxquels est confrontée la RDC se retrouvent aussi dans les autres pays du bassin du Congo, explique de Mérode pour qui, "l'éléphant est un patrimoine mondial qui risque d'être éliminé".

Si rien n'est fait pour stopper cette extinction, il n'y aura plus d'éléphants en Afrique centrale dans quelques années, avertit WWF, faisant allusion à un scénario précédent: les rhinocéros qui n'existent plus dans la région.

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