La Presse (Tunis)

Tunisie: Médias - L'affaire «Liman Yajro, Fakat»

En attendant de statuer sur le fond de «Liman yajro, fakat», conçue par Samir El Wafi, et prendre les sanctions prévues par le décret-loi 116, la Haica somme Ettounsia TV d'éviter la rediffusion de l'émission

La Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle (Haica) a convoqué hier d'urgence, selon les dispositions de l'article 30 du décret-loi 116, le représentant de «Cactus Prod» ainsi que l'animateur Samir El Wafi suite aux dérives professionnelles et éthiques relevées dans l'émission «Liman Yajro, Faqat» (Pour celui qui ose seulement) diffusée le dimanche 9 février 2014 sur Ettounsia-TV.

Le programme en question, un débat sur l'opération de Raoued-Plage en particulier et le terrorisme en général, a provoqué le courroux et les critiques acerbes aussi bien des familles des martyrs des forces de la sûreté que d'une bonne partie de l'opinion publique qui ont appelé au boycott de l'émission et de la chaîne privée elle-même.

Cela en raison de la quasi «apologie du terrorisme», de «l'incitation à la violence», et «d'inversion de la réalité», les terroristes ayant été qualifiés «de martyrs et de victimes» selon les interventions de certains invités, dont notamment le salafiste Khamis Majri.

Ainsi, la Haica, qui a convoqué, pour infraction à l'éthique et à la déontologie professionnelle, les principaux concernés dans «cette affaire», conformément aux dispositions de l'article 5 du décret-loi 116, «a sommé Ettounsia d'éviter la rediffusion de l'émission incriminée», a affirmé Rachida Neïfer, membre de la Haica, à La Presse.

«Cela, a-t-elle ajouté, en attendant que le conseil de l'instance statue sur le fond de l'affaire et annonce, dans les prochains jours, les sanctions prévues par le décret-loi 116».

La Haica a retenu dans l'appréciation du contenu de l'émission deux infractions, conformément aux principes régissant l'exercice de la liberté des médias audiovisuels : d'abord le non-respect des conventions internationales et, ensuite, le non-respect du pluralisme politique.

Manquement à l'éthique

Cela sans compter toutes sortes de dérapages : le manquement aux règles et à l'éthique professionnelles, l'absence de pluralité politique et d'opinion, l'absence de maîtrise du débat, d'équilibre dans le temps de parole et des interventions externes (le père du présumé assassin de Chokri Belaïd, Kamel Gadhgadhi, a eu droit à plus de 30 mn, tandis que le père de l'agent de la Garde nationale Atef Jebri, tué dans l'opération de Raoued, n'a bénéficié que de quelques minutes. L'entretien avec Mohamed Ali Laroui, porte-parole du ministère de l'Intérieur, a été diffusé dans la première partie de l'émission et non dans la deuxième, ce qui aurait permis au porte-parole de répondre à toutes les «insinuations» et «contre-véités» des invités présents sur le plateau.

L'agencement de la sorte d'un programme aussi délicat est, au plan professionnel, malvenu car c'est cette dernière partie, les dernières paroles et les dernières images qui restent et se gravent dans les esprits et la mémoire des téléspectateurs. C'est pourquoi la majorité des critiques ont énoncé que «l'émission est orientée et manque d'objectivité et de neutralité». Certes, Samir El Wafi a présenté, hier, des excuses, dans certains médias audiovisuels, mais d'aucuns ont jugé que «le mal est fait»,

Rappelons qu'Ettounsia TV fait partie des chaînes qui diffusent sans autorisation ni licence. La chaîne privée a donc déposé une demande de régularisation de sa situation auprès de la Haica. Demande actuellement à l'étude.

Signalons, enfin, que la publication du cahier des charges des médias audiovisuels dans le Journal officiel (Jort) aura lieu dans les prochains jours, en attendant l'approbation du gouvernement.

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