4 Septembre 2015

Afrique: « Nous devons aider ces réfugiés » - Les pêcheurs de Zarzis racontent leurs sauvetages en mer

communiqué de presse

Afin de renforcer la capacité des pêcheurs à sauver des vies en mer, MSF a organisé six jours de formation à Zarzis. Cette initiative a réuni 116 pêcheurs de la ville, dont certains nous ont parlé des sauvetages qu'ils ont dû effectuer.

« Mon équipage et moi avons dû affronter des situations très difficiles et très dangereuses en mer. Il faut savoir prendre énormément de risques pour sauver 100 à 150 personnes avec un équipage de sept matelots. Nous savions qu'ils venaient de Libye et nous nous attendions au pire. Certains pouvaient être armés, braquer leur arme sur nous et s'emparer de notre bateau pour rejoindre l'Italie. C'est la raison pour laquelle nous sommes toujours très prudents. Lors d'un sauvetage, nous tentons d'abord de sauver les plus vulnérables, c'est-à-dire les femmes et les enfants. Ce sont les premiers que nous ramenons sur notre bateau.

En juillet 2014, on a vécu une vraie catastrophe ici. Les pêcheurs ont complétement arrêté de travailler, il y avait trop de cadavres en mer. Qu'importe d'où ils viennent, ces gens sont des êtres humains. J'ai une famille, une femme et des enfants. C'est très dur de se retrouver face à tant de cadavres.

Ces personnes sont confrontées à des guerres. Si elles restent dans leur pays, elles finiront par se faire tuer. Elles pensent avoir plus de chance de survivre en traversant la mer Méditerranée. Il y a aussi les « pirates » de l'immigration qui font croire que l'Italie est très proche et prétendent qu'on écrase à Lampedusa une cigarette allumée ici. C'est un mensonge éhonté. Une fois en mer, ils sont livrés à eux-mêmes. J'ai ramené à bord des femmes qui venaient d'accoucher. Imaginez une femme qui accouche entourée de 90 personnes. Aucune intimité ! Heureusement, tout s'est bien passé, d'autres femmes l'ont aidée, elles ont coupé le cordon ombilical et grâce à Dieu, le bébé était sain et sauf. »

Samïr Houdi, capitaine d'un bateau de pêche

« A plusieurs reprises, on a trouvé des bateaux avec des morts à bord, alors que les survivants continuaient leur voyage. Plus d'une fois, j'ai dû monter à bord d'un bateau de réfugiés pour aller les aider. On leur donne de quoi manger et boire, les gens sont généralement très fatigués et ils ont peur. On envoie des appels radio pour avoir de l'aide mais généralement, la police tunisienne ne vient pas nous aider, ils ne viennent pas nous chercher en mer : ils attendent qu'on revienne au port avec les réfugiés à bord.

Les passeurs gonflent les bateaux directement avec les gaz des pots d'échappement. C'est pour ça que les bateaux se dégonflent très vite une fois en mer, ce qui rend la traversée encore plus dangereuse. »

Abdelassem Tikri, pêcheur

« J'ai parfois dû sauter dans l'eau pour sauver des gens, et donc abandonner mon bateau. C'est une réelle prise de risque, je le sais, mais je ne peux pas rester sans rien faire quand je vois quelqu'un se noyer sous mes yeux. Habituellement, nous les faisons monter à bord et leurs fournissons les premiers soins. Certains sont très mal en point. Nous leur donnons à manger ou leur cuisinons quelque chose de chaud. On perd de l'argent et du temps mais qu'importe, nous devons le faire. »

Slah Blehbiskis, pêcheur et plongeur

« Je plonge jusqu'à 20 et 50 mètres de profondeur. Cela fait longtemps que je découvre des corps dans la mer. Lorsqu'un bateau de réfugiés coule, les pêcheurs me donnent l'alerte et je vais les aider à repêcher les cadavres. Nous les emmenons au port et demandons à la police et aux pompiers de s'en occuper. Depuis quatre ou cinq ans, la situation empire de jour en jour. Les réfugiés sont de plus en plus nombreux à quitter la Libye pour tenter de rejoindre l'Europe. »

Nourdin Achourmtent, pêcheur

« Nous rencontrons de plus en plus de réfugiés et de cadavres en mer. Il y a cinq ans, les douze premiers cadavres se sont échoués sur la plage et nous avons dû les enterrer. Nous avons même découvert des corps dans nos filets de pêche. Nous enterrons ces personnes du mieux que nous pouvons. Le problème vient de Libye. Il nous arrive maintenant de rencontrer des bateaux dans lesquels s'entassent plus de 700 réfugiés. Nous ne pouvons pas tous les sauver. Nous demandons de l'aide et essayons de répartir les rescapés entre les différents bateaux qui pêchent à proximité. Nous ne pouvons plus travailler comme autrefois. Il y a beaucoup de problèmes en mer mais nous devons faire face et aider ces réfugiés. »

Taher Ben-Amor Skhab, pêcheur

« Le nombre de gens qui tentent de traverser la Méditerranée a énormément augmenté au cours des cinq dernières années, surtout pendant l'été quand la mer est plus calme. Le nombre de bateaux et de réfugiés a également augmenté après la révolution en Libye. Avant la révolution, la plupart des bateaux se dirigeaient vers Lampedusa ; ils étaient plus gros et en meilleur état que ceux de maintenant. A l'heure actuelle, le trafic a augmenté à cause de la mafia et des passeurs libyens. Aujourd'hui, les bateaux transportent encore plus de gens, malgré leur mauvais état. Je pense que la situation politique en Libye joue en faveur des passeurs.»

Moussef Alaoui, pêcheur

« Quand le nombre de bateaux de réfugiés a commencé à augmenter de façon considérable, c'est devenu très compliqué ; on a rencontré des problèmes psychologiques, beaucoup de mes collègues étaient dépassés par cette réalité. Mais on n'avait pas d'autre choix que de s'y habituer et de faire face à la situation. »

Anis Souï, pêcheur et secrétaire de l'Association des pêcheurs de Zarzis

« Quand on aperçoit des réfugiés en mer, on oublie son travail et on ne pense pas à l'argent qu'on perd en ne travaillant pas. Notre devoir, c'est de les aider. C'est la solidarité en mer - on ne peut laisser ces gens au milieu de la mer. On rencontre souvent des réfugiés à bord d'embarcations en très mauvais état ou endommagées. Ils sont perdus en mer, sans rien à manger et à boire et sont terrorisés. Alors, on commence par les rassurer. Nous leur expliquons qu'on va les sauver.

Les faire monter à bord est souvent une opération risquée. On craint le pire, ils peuvent nous voler notre bateau, être porteurs de maladies. Mais nous ne pouvons pas les laisser mourir en mer. »

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