19 Novembre 2015

Ile Maurice: Femmes entrepreneures, elles prennent le pouvoir envers et contre tout!

Cherchez la femme... Dans les hautes sphères publiques, sur les conseils d'administrations ou encore parmi les chefs d'entreprises...

Elles sont de plus en plus nombreuses mais ne sont pas forcément aussi médiatisées et connues que leurs homologues masculins.

Pourtant, elles sont là et contribuent à faire avancer l'économie mauricienne à divers degrés, à l'instar de ces trois exceptionnelles femmes entrepreneures que nous avons rencontrées.

Trois femmes, trois parcours différents, trois façons d'entreprendre. Mais s'il y a bien une chose qu'elles ont en commun, c'est la flamme d'entreprendre, de se réaliser, de donner le meilleur d'elles et de toujours avancer, même s'il faut nager à contre-courant.

«L'important dans la vie, ce n'est pas de surpasser les autres mais de se surpasser soi», avance Aisha Allee, directrice et fondatrice de l'agence Blast Communication.

Depuis 2004, année où elle a créé son entreprise, qui est actuellement leader dans le domaine de la communication avec un chiffre d'affaires qui a grimpé par 61% entre 2011 et 2013, Aisha Allee est devenue en l'espace de 11 ans, une femme entrepreneure exceptionnelle et respectée dans le monde des affaires.

Ce, tant sur le plan local que régional depuis qu'elle sa compagnie s'est implantée aux Seychelles et à La Réunion.

D'ailleurs, en décrochant le prestigieux Afrasia Tecoma Award en 2014, elle est devenue la première femme à avoir été élue Entrepreneure de l'année 2014 par Eco austral, le magazine économique de l'océan Indien.

A bien la regarder dans son rôle de manageuse au sein de son agence de communication, on aurait tendance à croire qu'elle a fait ce métier depuis toujours.

Mais tel n'est pas le cas. «Avant de lancer ma propre boite, j'étais employée dans une compagnie. Mais mes efforts et mes capacités n'étaient jamais reconnus.

De plus, c'était une compagnie dominée par les hommes. Il n'y avait pas de femmes dans le top management. Et un jour, j'ai eu un déclic. J'ai réalisé que j'avais du potentiel, que je portais un projet au fond de moi, un rêve. Tout n'a pas été facile.

Mais je suis fière du chemin parcouru jusqu'ici», avance-t-elle fièrement. Aujourd'hui dit-elle, c'est surtout grâce à toute l'équipe de Blast Communication que sa boite a du succès.

«Dire un merci et reconnaitre les efforts de ses employés sont très importants. Un patron doit avoir ces qualités et reconnaitre le bon travail de ses employés et les pousser à donner le meilleur d'eux-mêmes», fait-elle ressortir.

Bien qu'œuvrant en solo, Valérie Simirone est de celles qui se sont donné les moyens de sortir d'une situation de dépendance, voire de violence afin de voler de leurs propres ailes.

Car lorsqu'elle tombe enceinte alors qu'elle n'est qu'une adolescente, elle se retrouve du jour au lendemain seule et surtout sans travail et avec un bébé sur les bras à élever de surcroît.

L'amour n'a pas d'âge comme dit le dicton et Valérie voit enfin la lumière au bout du tunnel lorsqu'elle croise la route d'un homme de 30 ans son ainé.

«Je voyais en lui l'homme de ma vie. Au départ, il était très attentionné et considérait mon enfant comme le sien. Mais peu à peu, son attitude a commencé à changer. Il disait des gros mots, m'insultait. J'ai subi cette maltraitance en silence, sans jamais dire quoi que ce soit », raconte-t-elle.

Comme elle n'a jamais été à l'école, pour gagner sa vie, elle n'a d'autre choix que de travailler comme bonne à tout faire chez des familles aisées de son quartier. «Je ne connaissais pas mes droits. Je me disais toujours que c'était tout ce que la vie pouvait m'offrir.

Et ce, jusqu'au jour où, par l'intermédiaire d'une travailleuse sociale, j'ai rencontré l'organisation non gouvernementale Gender Links qui proposait des cours d'entrepreneuriat aux femmes», se rappelle Valérie. Depuis, l'existence de cette dernière a changé radicalement.

Aujourd'hui, elle est passée du statut de la femme battue et maltraitée à celle d'une entrepreneuse à part entière. Et pour cause.

«On nous a appris à devenir des femmes indépendantes en nous mettant à notre propre compte. Après la formation, je me suis lancée dans le commerce d'œufs et de poulets à plus grande échelle.

Aujourd'hui, les gens viennent de partout à travers l'ile pour acheter mes volailles. Et l'argent récolté me permet de subvenir à mes besoins, de faire des économies et d'agrandir mon élevage aussi», explique-t-elle, avec un large sourire.

Sa détermination et son sens de l'organisation lui ont aussi valu de décrocher le prix de Meilleure Entrepreneure lors du sommet national de Gender Links pour l'égalité et la justice en 2014 et d'aller assister au Sommet régional de cette organisation non gouvernementale en Afrique du Sud.

Un premier voyage que Valérie Simirone n'oubliera jamais. «Je ne pensais jamais pouvoir en arriver là. Aujourd'hui, je me rends vraiment compte que l'information, la communication et les formations peuvent contribuer à l'avancement des femmes et à les rendre autonomes.»

Pour Jeannette Gaspard, élue entrepreneure de l'année à l'ile Rodrigues durant l'année 2011, son aventure en tant que fondatrice et directrice de la maison d'hôte «Chez Jeannette» aurait pu se terminer suite à un coup dur du destin.

«En 2003, j'ai décidé de me mettre à mon compte et de lancer la maison d'hôte que j'ai baptisé Chez Jeannette. Au départ, j'ai rencontré beaucoup de difficultés. Je n'avais qu'une chambre et une table d'hôte pour quatre personnes seulement.

De plus à Rodrigues, la distribution d'eau se fait sporadiquement, soit à raison de deux fois par mois et cela rendait mon travail encore plus compliqué.

Il fallait acheter des citernes d'eau lorsqu'il ne pleuvait pas. Car en temps de pluie, je collecte cette eau pour les besoins de tous les jours», avance cette dernière.

Toutefois, de fil du temps, son business rencontre un réel succès grâce à une communication de bouche à oreille. Elle met alors de côté les profits récoltés par son entreprise et décide de l'agrandir.

«Je n'ai contracté aucun emprunt. Aujourd'hui, mon établissement compte dix chambres.» Toutefois, en 2011, alors qu'elle participe au concours pour les Femmes Entrepreneures, elle est sous le choc lorsqu'un examen médical révèle qu'elle présente un cancer du sein au stade 4.

«J'ai eu l'impression que mon monde s'écroulait. Le personnel soignant s'est bien occupé de moi. Et j'ai repris des forces après qu'on m'ait enlevé les organes atteints par les cellules cancéreuses. »

Entretemps, elle a continué ses traitements. Depuis elle s'alimente sainement, pratique du sport et s'engage même auprès d'une association qui lutte contre le cancer du sein. Elle fait même de l'accompagnement avec les femmes qui vivent avec la maladie. Mais en 2014, elle fait une récidive.

«Le médecin m'a condamnée. D'après lui, les métastases ont gagné mon foie. Comme je suis franco-rodriguaise, un ami m'a conseillée de me rendre à l'ile de la Réunion pour obtenir un autre avis médical.

Et là, on m'a appris que ce n'étais pas mon foie qui était touché mais ma rate. On peut vivre sans rate à condition de prendre des antibiotiques pendant un certain temps.

A la fin 2014, j'ai subi une nouvelle intervention chirurgicale. Et depuis, je fais le va-et-vient entre La Réunion et Rodrigues pour mes suivis», ajoute-t-elle.

Malgré sa maladie, elle continue à s'occuper de son business lorsqu'elle est à Rodrigues. Et c'est toujours avec le sourire aux lèvres qu'elle accueille ses hôtes. Quoiqu'il en soit, elle bénéficie aussi du soutien de son fils Gilbert Baudoin.

Ce dernier, enseignant de mathématiques dans un établissement secondaire, a démissionné de son poste pour s'occuper du business familial le temps que sa mère se remette complètement de sa maladie. «Malgré tout, je croque la vie à pleines dents. Je n'ai peur de rien. Il y a toujours un bon vent qui me pousse vers le large.»

Aisha Allee, Valérie Simirone, Jeannette Gaspard... le cheminement de ces trois femmes indique que peu importe les difficultés, lorsque les femmes le veulent, elles ont la capacité de surmonter leurs difficultés et tracer leur propre chemin et devenir pleinement indépendantes, voire des modèles pour la société.

C'est d'ailleurs ce que demande le Protocole de la SADC sur le genre et le développement qui encourage les Etats membres à mettre en œuvre des politiques et des protocoles pour l'autonomisation des femmes dans la société.

Et Gender Links y contribue grandement grâce à ses programmes de formation en entreprenariat féminin qui sont dispensés chaque année à travers l'ile.

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