28 Novembre 2015

Congo-Kinshasa: Kinshasa - La Congolaise toujours dans l'angoisse de l'insécurité pendant la nuit

L'insécurité est toujours un problème à Kinshasa, capitale de la RDC, comme dans d'autres provinces de ce pays. Kinshasa, connue depuis la nuit des temps comme la ville des fêtes, n'est plus bruyante de nuit, ni riante le jour. La nuit, sous la lumière des étoiles, les réverbères qui n'allument plus, ressemblent, dans certains quartiers, à des fantômes burlesques. Les immeubles aux murs dénudés affichent la tristesse. Kinshasa est en proie à une vague d'insécurité entretenue par des groupes de bandits et de criminels.

Circuler la nuit dans certaines communes de la capitale, notamment Barumbu, Matete, Linguala, Ngaliema, est devenu un exercice à haut risque. Les enfants de rues et des criminels règnent et troublent la quiétude des personnes et en particulier des femmes qui rentrent chez elles à la nuit tombée. Les rafles de la Police Nationale Congolaise (PNC) initiées par les autorités sont loin de contenter les Kinois. Car il y a certes un temps d'accalmie au lendemain des arrestations en séries dans certaines communes et c'est souvent un nombre impressionnant de bandits qui tombent dans les filets de la police.

Mais peu de temps après, la pègre reprend ses droits. Ces criminels en puissance circulent dans différents quartiers, en quête de cocaïne et d'héroïne, de chanvre indien et d'alcools forts. Leurs règlements de comptes font la manchette des journaux. Ils sont prêts à agresser et à tuer. Partout dans la ville, ces marginaux sèment la mort et la désolation, rendant des quartiers infréquentables.

Par exemple, le pont Ezo qui constitue un passage entre les quartiers Kimbangu et Yolo-Sud, dans la commune de Kalamu, est en passe de devenir un haut lieu de braquage où la toxicomanie, les vols et les viols se conjuguent au quotidien. C'est la conclusion à laquelle a abouti la police des environs à la suite de nombreuses plaintes de la population.

Personne ne peut traverser ce territoire sans être détroussé par les malfaiteurs. Une femme qui habite le quartier a pourtant pris le risque de traverser tard la nuit le célèbre couloir «Madiakoko». Il s'agit de Sylvie Bongol. Mal lui en a pris car en sus de se faire violer, elle s'est fait aussi voler son sac qui contenait son téléphone portable, ainsi que la somme de 2 500 dollars américains et ce, par quatre salopards qui l'ont encerclée. En essayant de se défendre, elle a été blessée à l'avant bras droit.

Mpasi za Matadi, conseillère du Proved/Kin-Est de l'Enseignement primaire, secondaire et professionnel (Epsp), a aussi connu une nuit cauchemardesque à Kinshasa où un groupe de bandits surarmés de machettes et circulant sous une pluie battante, sont entrés chez elle par effraction. Elle s'en est tirée avec des blessures à la tête, au dos et des orteils fracturés. En partant, ils ont emporté le groupe électrogène, la télévision, des valises de vêtements et d'autres biens de valeur.

Grièvement blessée par ces hors-la-loi à son domicile, l'agression de Mpasi za Matadi a relancé le débat sur la reprise de l'opération «Likofi» qui a, pendant une période, permis aux Kinois de retrouver leur quiétude. Tanya Yeme, journaliste congolaise, a été enlevée et dépouillée de son sac et de son portefeuille sur le boulevard du 30 juin à Kinshasa alors qu'elle venait de retirer son salaire au guichet de la Bank of Africa. Ces faits se sont déroulés aux environs de 19h30 au moment où elle s'apprêtait à rentrer à la maison après son service.

Si les descentes policières ont du bon, l'inconvénient est que durant ces opérations, ils arrêtent aussi des honnêtes gens qui subissent des tracasseries et qui doivent alors prouver leur innocence. Cette police agit parfois avec une cruauté innommable. «Au lieu de rechercher les criminels, les policiers se permettent des perquisitions dans les habitations la nuit pour arrêter les jeunes du quartier», dénoncent Charline Nzuzi, ménagère résidant à Kinsuka et Bijoux Mulanga, vendeuse de légumes au marché de liberté.

Les associations des droits de l'Homme déplorent l'absence d'une politique gouvernementale efficace susceptible de combattre l'insécurité qui règne non seulement dans la ville de Kinshasa qui est le siège des institutions mais aussi dans les provinces, notamment celles à l'Est du pays. Ces associations craignent que les atteintes à l'intégrité physique portées contre la femme ne mettent en péril la situation de celle-ci en RDC.

C'est pourquoi elles demandent au gouvernement de prendre des mesures qui s'imposent dans le but d'assurer la sécurité des personnes et de leurs biens en RDC en général et dans la ville de Kinshasa en particulier et d'en informer l'opinion publique. Il est inconcevable selon eux que les hommes et les femmes ne puissent pas marcher de nuit sans être inquiétés par des malfaiteurs.

Il s'agit également de mener une enquête pour identifier tous les auteurs de ces atteintes à la vie des citoyens et de les traduire devant les Cours de justice et les tribunaux. De renforcer le dispositif sécuritaire dans les quartiers avec le déploiement de plusieurs éléments de la Police National Congolaise. C'est aussi ce que demande le Protocole de la SADC sur le Genre et le Développement (PSGD) à tous les pays signataires dont la RDC fait partie.

«Si les femmes continuent à subir des violences sexuelles, ce n'est pas parce que la loi n'est pas en mesure de les protéger, mais parce qu'elle est insuffisamment appliquée en RDC. Les femmes ne sont toujours pas en sécurité, ni à l'extérieur de leur maison, ni sous leur propre toit, dans leur propre lit, la nuit venue.»

Dans cet imbroglio, ce sont les civils, surtout les femmes, qui payent le lourd tribut. Incendies de villages, pillages, violences sexuelles sont leur lot quotidien. Même les forces républicaines et onusiennes, censées protéger les populations civiles, se sont retournées, à un moment contre elles.

La RDC qui, rappelons-le une fois de plus, est signataire du PSG, doit fournir les efforts pour protéger les femmes comme les hommes et veiller à leur sécurité conformément aux articles 4 à 11 et appliquer strictement des lois du pays en faveur de la protection des femmes.

Arthur Kayumba est journaliste en RDC. Cet article du service d'information de Gender Links fait partie de la campagne des 16 jours d'activisme contre la violence envers le genre et apporte des perspectives nouvelles à l'actualité quotidienne.

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