8 Décembre 2015

Ile Maurice: Harcèlement sexuel, femmes vous avez le droit de vous défendre !

 Beaucoup de femmes subissent le harcèlement sexuel qui est une forme de violence basée sur le genre et ce, sur leur lieu de travail. Dans bien des cas, elles se sentent responsables de ce qui leur arrive et ne dénoncent pas le calvaire qu'elles endurent pour plusieurs raisons.

Car d'un, il n'est pas facile de se défendre contre le harcèlement, qui reste très difficile à prouver devant une Cour de justice.

Et de deux, les victimes craignent toujours que leur parole ne soit pas considérée, ce qui est d'ailleurs très courant. Ou encore, elles sont rongées par la peur de perdre leur travail ou tout simplement parce qu'elles ne savent pas vraiment ce que dit la loi concernant ce délit.

Toutes sortes de comportements peuvent relever du harcèlement sexuel: des remarques déplacées ou des plaisanteries sur les caractéristiques physiques d'une personne, des gestes ou regards allusifs, des lettres, courriels ou textos à connotations sexuelles, voire des attouchements et des exactions physiques.

Dès qu'un comportement à caractère sexuel est ressenti comme inopportun par la personne visée, il s'agit de harcèlement sexuel.

Les recherches ont aussi prouvé qu'en général, les femmes qui sont victimes de harcèlement occupent des postes inférieurs à celui de leur harceleur. Et de ce fait, les cas sont rarement rapportés à la police.

Force est de constater que les entreprises peinent à établir des politiques et des procédures claires en matière de harcèlement sexuel pour le prévenir.

Mais pas seulement, car les employeurs, qui sont eux même derrière ce genre d'attitudes ne trouvent aucun intérêt à mettre en place des règles pour lutter contre le harcèlement sexuel et responsabiliser leurs employés quant aux comportements à adopter afin qu'ils puissent eux-mêmes tirer les ficelles comme bon leur semble.

Quoiqu'il en soit, le harcèlement est puni à Maurice par le Code pénal, l'Equal Opportunities Act et l'Employment Rights Act.

L'article 254 (1) du Code pénal n'encadre cependant que le harcèlement sexuel. Il punit ce délit par une peine d'emprisonnement maximale de 10 ans et une amende ne dépassant pas Rs 200 000.

La Law Reform Commission suggère que soit aussi sanctionné pénalement le harcèlement moral. Le rapport cite l'exemple de l'article 222-33-2 du Code pénal français, qui punit «le fait de harceler autrui par des agissements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel».

Mais malgré les lois en vigueur, il est regrettable de constater que le harcèlement sexuel sur le lieu de travail se poursuit, comme le révèlent certains faits évoqués dans la presse.

L'affaire qui restera encore longtemps dans les annales est sans conteste la condamnation d'un magistrat, trouvé coupable d'agression et de harcèlement sexuel sur une jeune femme en 2012. Il lui avait proposé l'acquittement alors qu'elle comparaissait devant lui pour une affaire de fraude et de corruption.

La condition liée à sa libération était qu'elle accepte d'avoir des rapports sexuels avec lui. Ce magistrat a écopé d'une amende de Rs 100 000 et a été suspendu de ses fonctions après une décision du Chef juge qui a institué des actions disciplinaires contre ce magistrat.

Le harcèlement sexuel au travail n'épargne aucun secteur. Et l'éducation en fait partie. Comme en témoigne un cas rapporté par une employée d'un institut d'études supérieures et dont l'affaire a été révélée au grand jour en 2014.

Une cadre reprochait au directeur de cette institution de se livrer à des actes obscènes devant elle à chaque fois qu'il l'appelait dans son bureau.

Lasse de cette situation et après en avoir parlé à ses collègues, elle a fini par porter plainte à la police. Des manifestations de soutien ont eu lieu à l'institut pour réclamer le départ du directeur, ainsi qu'une enquête pour faire la lumière sur ce cas.

Une bataille qui a été vaine puisque quelques jours plus tard, cette institution faisait publier un communiqué disant que les allégations de la plaignante étaient sans fondement et qu'elle voulait discréditer le principal concerné.

La femme a fini par être licenciée sans qu'une enquête ne soit menée pour démêler le vrai du faux.

Ce sont autant de raisons poussant les femmes victimes de ce genre de comportements ignobles à se murer dans le silence et à subir. De ce fait, leurs droits ne sont pas respectés, entrainant par la même des troubles psychologiques graves, voire des tendances suicidaires.

En mai 2015, le recteur d'un collège a tout bonnement choisi de prendre sa retraite anticipée lorsqu'une plainte de harcèlement sexuel a été logée contre lui par une enseignante de son institution.

Mais là où le bât blesse est que la lenteur administrative n'aide en rien les victimes qui sont obligées de croiser leurs agresseurs chaque jour sur leur lieu de travail.

Car ces derniers ne se tiennent jamais éloignés de leur proie et vu leur pouvoir, ils sont capables de les faire transférer ou suspendre.

Ce qui constitue une terrible souffrance et une double humiliation pour les victimes qui subissent alors des moqueries de leur harceleur.

C'est ce que fait ressortir une ancienne victime sous le couvert de l'anonymat. «J'étais harcelée par mon supérieur depuis quelques mois et j'hésitais vraiment à en parler autour de moi, que ce soit à mon mari ou avec mes collègues.

Mais j'ai fini par briser le silence car je ne pouvais plus supporter les mots déplacés qu'il me disait et ses gestes obscènes.

J'en ai parlé à une collègue. Mais elle l'a mal pris en me disant que j'étais responsable de la situation puisque je me rendais toujours dans le bureau de ce supérieur lorsqu'il me convoquait.

Mais comment refuser puisqu'il était mon supérieur hiérarchique ? Un jour, j'ai mis les points sur le i avec lui. Mais il m'a menacée. On ne sait pas trop quoi faire quand on se retrouve dans ce genre de situation.

D'autant que perdre son travail et en retrouver un autre ne se fait pas du jour au lendemain», soutient cette dernière, qui a finalement pu sortir de cet enfer. Mais justice ne lui a cependant pas été rendue. Et pour cause.

«C'était ma parole contre la sienne. Il n'y avait aucune preuve de sa culpabilité car tout se déroulait toujours dans son bureau.

On a mis mes paroles en doute. Dégoutée, j'ai finalement démissionné car je ne supportais plus les regards accusateurs qu'on portait sur moi et les remarques qu'on faisait sur mon compte. Du statut de victime, je suis passée à celui de coupable.»

En mai 2015, un énième cas de harcèlement sexuel a été rapporté. Une femme planton au ministère de la Sécurité sociale a accusé un Principal Social Security Officer de harcèlement sexuel.

Le suspect a été arrêté et libéré contre une caution fournie. Au niveau du ministère, aucune sanction n'a été prise contre ce dernier, qui continue à y travailler en présence de sa présumée victime.

Alors qu'il est du devoir de toute institution de protéger une victime de son agresseur et d'éloigner cette dernière de celui qui bafoue ses droits d'une manière aussi éhontée.

Il serait enfin temps que les secteurs privé et public adoptent un protocole interne par rapport au harcèlement sur le lieu de travail qui selon le Protocole de la SADC sur le Genre et le Développement constitue une forme de violence envers le genre.

Ce protocole est nécessaire pour créer un meilleur environnement de travail, responsabiliser les employeurs et faire les employés connaître leurs droits par rapport à des comportements déplacés. Femmes, vous avez le droit de vous défendre et de dénoncer votre harceleur. Tenez-le vous pour dit.

Ile Maurice

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