27 Décembre 2015

Zimbabwe: Un faible financement pour l'agriculture alimente la malnutrition

Bulawayo, Zimbabwe — De mauvaises récoltes successives ont diminué les stocks alimentaires du ménage de Ndodana Makhalima et l'état nutritionnel de la famille. Agriculteur de subsistance à Lupane, à environ 110 kilomètres au nord de la deuxième ville du Zimbabwe, Bulawayo, Makhalima, 56 ans, a appris à vivre avec la faim au seuil de sa maison.

"Dans le passé, je pouvais manger umxhanxa (un mélange de maïs et de melon) et inkobe (un mélange de maïs, de dolic, d'arachide) tout au long de l'année, mais plus cela aujourd'hui", a déclaré Makhalima.

"Mon silo est vide et ma famille n'a rien à manger. Je pense que les enfants d'aujourd'hui ne sauront jamais le genre d'aliments de renforcement de corps que nous mangions quand j'étais jeune", a-t-il dit, soulignant l'ampleur de la compromission de la nutrition à travers les zones rurales du Zimbabwe.

Les agriculteurs de subsistance en milieu rural du pays sont confrontés à une myriade de défis avec le Réseau de systèmes d'alerte précoce contre la faim (FEWSNET) qui prévient par rapport à une autre sécheresse pendant la saison 2015/16, ce qui pourrait compromettre davantage les besoins nutritionnels déjà désastreuse dans un pays où le Programme alimentaire mondial (PAM) dit que des millions de personnes auront besoin d'aide alimentaire.

Mais c'est le financement du secteur, autrefois un contributeur majeur au PIB du pays, qui a encore baissé les espoirs de soulagement pour Makhalima et des millions d'autres agriculteurs.

Le Zimbabwe a besoin de millions de dollars pour financer des projets d'irrigation qui parsèment le pays et alors que le ministère de lutte contre les Changements climatique et le département des services de météorologie ont annoncé un exercice d'ensemencement des nuages en octobre pour renforcer les précipitations, cela n'a pas encore eu lieu.

Le bureau de la météorologie a également annoncé qu'il achèterait un avion pour l'ensemencement des nuages, mais le département s'est déjà plaint de contraintes financières qui ont affecté ses opérations. On ne sait pas d'où viendra le financement de l'achat de cet avion. Les experts disent cependant que l'ensemencement des nuages peut être fait quand il y a des nuages particuliers qui favorisent l'exercice.

Annonçant le budget national le 26 novembre, le ministre des Finances, Patrick Chinamasa, a déclaré que l'agriculture nécessitera 1,7 milliards de dollars, tout en mettant de côté 28 millions de dollars pour financer les intrants agricoles pour 300.000 ménages ruraux vulnérables. Dans le, cadre de ce projet, les petits fermiers recevront du maïs et des semences et de l'engrais.

Mais les syndicats des agriculteurs affirment qu'il faudra plus au-delà de ces distributions puisque l'agriculture pluviale du pays est confrontée à des périodes de sécheresse prolongées. "L'importance de ce secteur réside dans sa contribution aux recettes d'exportation de l'ordre de 30 pour cent, 60 à 70 pour cent de l'emploi et environ 19 pour cent du PIB, fournissant ainsi une source importante de revenus pour plus de 70 pour cent [de la population]", a déclaré Chinamasa au parlement lors de sa présentation du budget.

Selon Chinamasa, la production agricole, qui a connu une chute de 51 pour cent à partir de la saison 2013/14, va reprendre de 1,8 pour cent, malgré l'avertissement du ministère de la Lutte contre les Changements climatiques que 2015/16 sera une année de sécheresse. Au lendemain de la présentation du budget, le ministre Chinamasa a déclaré lors d'une réunion de petit déjeuner que le Zimbabwe signerait un accord de 60 millions de dollars avec le Fonds international des Nations Unies pour le développement agricole (FIDA) pour financer l'irrigation que le ministère de l'Agriculture vante comme une solution pour renforcer la production agricole.

Pourtant, les agriculteurs de subsistance, qui se sont appuyés sur l'assistance technique des agents de vulgarisation agricole, pourraient faire face à des moments plus difficiles à venir après que le ministre des Finances a annoncé que ces agents seront supprimés dans le cadre des efforts du gouvernement pour réduire sa masse salariale. Ces réductions viennent à un moment où les fermiers cherchent de nouvelles connaissances et compétences agricoles pour faire face à la vulnérabilité climatique considérée comme responsable des mauvaises récoltes. Le Comité d'évaluation de la vulnérabilité du Zimbabwe (ZimVAC), établi par le gouvernement et qui fixe des repères pour la nutrition en milieu rural avec l'appui du PAM, dit que 1,5 million de personnes, soit 16 pour cent de la population rurale du pays, sont en situation d'insécurité alimentaire. Le ZimVAC note qu'il s'agit d'une augmentation de 163 cent par rapport à l'année dernière.

Les agences de développement ont lié la nutrition à la capacité des gens à mener une vie productive avec un accent particulier sur l'accès à la nutrition pour les groupes vulnérables tels que les personnes vivant avec le VIH et le SIDA. Le PAM aide déjà les malades du VIH/SIDA et de la tuberculose malnutris dans le pays à travers le programme Santé et Nutrition, avec le potentiel d'aider des millions de patients vivant dans les zones rurales selon le ministère de la Santé du pays.

Il y a, cependant, des inquiétudes qu'un échec de l'agriculture et de mauvaises récoltes qui ont épuisé les stocks alimentaires des ménages feront qu'il sera difficile pour les malades du VIH et du SIDA d'accéder à un soutien nutritionnel tant requis - une exigence vitale dans la thérapie antirétrovirale. Au cours des célébrations de la Journée mondiale de l'alimentation organisée en octobre par l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et le PAM, le coordonnateur sous-régional de la FAO pour l'Afrique australe et représentant de l'organisation au Zimbabwe, au Swaziland et au Botswana, David Phiri, a noté que l'ONU au Zimbabwe "reconnaît qu'afin d'atteindre un développement agricole inclusif et la sécurité alimentaire et la nutrition, des programmes de protection sociale ciblés devraient être en place".

Dans le cadre des efforts visant à améliorer la production agricole et la nutrition, la FAO et le PAM aident les petits agriculteurs à adopter l'agriculture intelligente face au climat, complétant les efforts du gouvernement qui mettent l'accent sur la réhabilitation des systèmes d'irrigation à travers le pays. Ces interventions pourraient offrir un soulagement tant nécessaire pour des fermiers comme Makhalima, pour qui l'agriculture est vitale pour la nutrition et les revenus.

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