27 Décembre 2015

Ouganda: Bientôt un remède pour la maladie de la banane

Bulawayo, Zimbabwe — Dans un dialecte ougandais, 'kiwotoka', décrit l'image à la vapeur des bananiers affectés par ‘Banana Xanthomonas Wilt (BXW)' - une maladie virulente qui fait sortir les agriculteurs africains des affaires et les pousse dans la pauvreté.

Une bactérie pathogène qui touche tous les types de bananes, y compris la banane douce (de type Cavendish) et les bananes plantains, un aliment de base pour plus de 400 millions de personnes dans les pays en développement, BXW est tellement destructrice qu'il y a une perte de récolte de 100 pour cent là où elle sévit.

Les petits fermiers et les autres acteurs de la chaîne de valeur de la banane perdent plus d'un demi-milliard de dollars de récoltes et de recettes commerciales potentielles à travers l'Afrique orientale et centrale. Les signes de la maladie identifiés pour la première fois en Ethiopie il y a plus de 40 ans comprennent le flétrissement et le jaunissement des feuilles avec des plantes produisant un exsudat bactérien jaune, la maturation prématurée du régime et le pourrissement du fruit.

Actuellement, il n'y a pas de remède pour BXW. Elle est propagée par des insectes ou par l'utilisation des outils infectés et a été maîtrisée par une combinaison de méthodes. Les fermiers ont appris à enlever et à détruire les plantes affectées, retirant le bourgeon mâle qui est le premier point d'attaque de la BXW, utilisant des outils agricoles stérilisés et détruisant toutes tiges infectées. Mais la maladie a forcé beaucoup de petits agriculteurs en Afrique à abandonner la culture de bananes, qui détient le potentiel d'améliorer la nutrition alimentaire et la sécurité des revenus. Ceci est en ligne avec les nouveaux Objectifs de développement durable (ODD) convenus par plus de 160 leaders du monde en septembre à 2015.

Pour Lubega Ben, un fermier du district de Kayunga en Ouganda, un remède est attendu depuis longtemps. Chaque bananier touché par BXW sur sa parcelle de 15 hectares est un de trop. La culture de la banane au cours des 40 dernières années a aidé Ben à fournir à sa famille de la nourriture et des revenus.

"Les bananes sont et ont été très importantes dans la fourniture de la nourriture et des revenus pour ma famille", déclare Ben, qui cultive des bananes depuis 40 ans. "Bien que mes enfants aient tous grandi et quitté la maison, ce sont les bananes qui les ont aidés dans leur scolarité et les ont aussi nourris".

Ben est convaincu que les 200 régimes de bananes qu'il récolte chaque année pourraient dépasser ce nombre avec de meilleures méthodes si le flétrissement bactérien de la banane est maîtrisé.

Du contrôle à la guérison

En plus de l'ensemble des efforts de lutte contre la maladie, en 2007 les chercheurs se sont tournés vers la science pour un remède.

Les scientifiques de l'Institut international d'agriculture tropicale (IITA) basés à Ibadan, au Nigeria, en partenariat avec l'Organisation nationale de recherche en agriculture (NARO) en Ouganda sont proches d'une percée après plus de huit années de recherche de solutions à la BXW.

En 2007, l'IITA et le NARO, en collaboration avec la Fondation africaine de technologie agricole (AATF) et l'Académie Sinica, basée à Taiwan ont réussi à développer une résistance de la banane africaine à la BXW en utilisant des gènes de poivron vert dans le laboratoire. Le poivron vert contient ce que les chercheurs appellent ‘nouvelles protéines végétales' qui donnent aux plantes une meilleure résistance contre les agents pathogènes mortels.

Les variétés de bananes génétiquement modifiées (GM) résistantes à la maladie de flétrissement bactérien de la banane ont été développées par le génie génétique. La modification génétique se réfère aux techniques utilisées pour manipuler la composition génétique d'un organisme en ajoutant des gènes spécifiques utiles. Ces gènes utiles pourraient faire des cultures d'être à haut rendement, résistantes aux inondations, à la sécheresse ou aux maladies - des traits clés importants pour les petits agriculteurs en Afrique qui sont confrontés à la variabilité climatique liée au changement climatique.

Leena Tripathi, un biotechnologue de l'IITA, a fait partie de l'équipe de recherche conduisant à la lutte contre la BXW.

"Nous avons encore du chemin à faire. Le projet a un plan pour la commercialisation des bananes GM résistantes à la BXW en 2020 pour être utilisé par les agriculteurs", a dit Tripathi à IPS. "Nous avons testé dix lignes indépendantes que nous avons choisies à partir d'un essai plus grand de 65 lignes et nous avons trouvé qu'elles sont complètement résistantes à la BXW par rapport aux plantes non transgéniques pour plusieurs générations dans deux essais différents, ce confirme la durabilité du trait".

Les variétés transgéniques ont subi des essais confinés sur le terrain en Ouganda, un grand producteur et consommateur de bananes en Afrique. Les résultats sont si encourageants que les petits fermiers en Afrique subsaharienne pourraient être en train de cultiver commercialement ces nouvelles variétés bientôt, affirme Tripathi.

Selon Tripathi, avec les résultats encourageants jusqu'ici, l'IITA et la NARO travaillent sur des variétés Matoke qui sont préférées en Ouganda et les variétés de dessert préférées au Kenya.

"Avec quelques essais de plus dès l'année prochaine, puis répondre à la biosécurité, la sécurité environnementale et aux processus réglementaires, nous l'espérons d'ici à 2020 obtenir des approbations et la déréglementation pour la commercialisation et la diffusion aux agriculteurs", a déclaré Tripathi.

Accroître le potentiel d'exportation de la banane d'Afrique

Le développement des cultures de bananes GM résistantes à la BXW est considéré comme étant économiquement viable en raison du caractère stérile et de la longue période de croissance de la banane qui a été un défi dans le développement d'une banane résistante par sélection classique.

"Le génie génétique est l'un des outils les plus importants de reproduction des cultures au 21ème siècle", a dit à IPS, Daniel Otunge, coordonnateur régional de l'organisation ‘Open Forum on Agricultural Biotechnology (OFAB)', ajoutant que la biotechnologie a donné au reproducteurs un moyen plus rapide, plus propre et certain de produire des variétés de cultures résistantes au changement climatique, résistantes aux pestes et aux maladies, et qui sont efficaces pour l'utilisation de l'azote et du sel.

"L'Afrique devrait être en train de fêter ces cultures parce qu'elles nous fournissent la meilleure chance d'être plus en sécurité alimentaire et nutritionnellement robustes", a estimé Otunge.

Les chercheurs estiment que les agriculteurs adopteront les bananes GM jusqu'à 100 pour cent une fois qu'elles sont publiées, avec un taux initial d'adoption prévu entre 21 et 70 pour cent. Les avantages financiers pourraient varier entre 20 millions et 953 millions de dollars à travers les pays cibles où l'incidence de la maladie et les pertes de production sont élevées, indique l'Evaluation ex ante de l'impact économique des cultures de bananes génétiquement modifiées résistantes au flétrissement Xanthomonas dans la région des Grands Lacs d'Afrique, une étude de recherche publiée dans PLOS ONE Journal en septembre 2015.

Préoccupés par l'évolution de la BXW, neuf agriculteurs de l'Ouganda se sont réunis en 2011 et ont formé une organisation communautaire à but non lucratif, la ‘Kashekuro Banana Innovation Platform' (Plateforme d'innovation de Kashekuro en matière de banane - KABIP) afin de contrôler spécifiquement l'agent pathogène sur leurs plantations. Plus de 300 agriculteurs dans le district de Sheema ont perdu leurs plantations et 200 autres ont été contraints de replanter ou de créer de nouveaux champs lorsque la BXW est arrivée. Ils espèrent qu'une solution se trouve dans les bananes GM.

"Nos agriculteurs ont pas été exposés aux bananes GM. Par conséquent, nous devons les essayer et tester si elles peuvent être une solution", indique à IPS Anthlem Mugume, le coordinateur de KABIP qui représente plus de 2000 fermiers.

Sans doute l'un des fruits préférés dans le monde, la banane est le quatrième aliment de base plus important après le maïs, le riz, le blé et le manioc avec une production annuelle mondiale estimée à 130 millions de tonnes, selon la Fondation de technologie agricole africaine. Près d'un tiers de cette production vient de l'Afrique subsaharienne, où la culture fournit plus de 25 pour cent des besoins énergétiques alimentaires à plus de 100 millions de personnes.

L'Afrique de l'est produit et consomme plus de bananes en Afrique, l'Ouganda étant le deuxième plus grand producteur au monde après l'Inde.

Selon ‘WorldTop Export', un site web qui suit les principaux produits d'exportation, les exportations de bananes par pays ont totalisé 11 milliards de dollars, soit une augmentation globale de 32,8 pour cent en 2014. Une banne plus propre, plus saine offre à l'Afrique une occasion douce de percer les marchés mondiaux d'exportation, de réduire la pauvreté et de stimuler les affaires pour les petits agriculteurs.

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