6 Janvier 2016

Ile Maurice: Ella Utile - Une Mauricienne dévouée à l'alphabétisation

Un enseignant, un livre, un stylo, peuvent changer le monde», répète Malala Yousafzai, Prix Nobel de la Paix 2014 et militante pakistanaise pour le droit des filles à être scolarisées.

Partout dans le monde alors que beaucoup d'élèves vivent leur rentrée scolaire de 2016, il y a encore plus d'une centaine de millions de petites filles qui sont écartées des bancs de l'école.

Et ce, sous toutes sortes de prétextes fallacieux que l'on impute tantôt à la religion, tantôt à la culture, tantôt à la politique, entre autres, et qui ont été instaurés par des sociétés patriarcales.

Même si les mœurs et les mentalités ont changé au fil des années et que la parité a fait du chemin, même au niveau éducatif, il est regrettable de noter que la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes, ratifiée par une centaine de pays, est sans cesse bafouée par de nombreux signataires, notamment en matière d'éducation.

Parmi les petites filles privées d'éducation et qui sont aujourd'hui des adultes, voire des mères et des grands-mères, certaines ont gardé un souvenir amer de cette période de leur existence. A l'instar de Myrtha Rasé, 73 ans.

«J'étais de santé fragile. Et par manque de moyens, mes parents ne m'ont pas envoyée à l'école. Depuis, je me suis toujours sentie incomplète car je ne savais ni lire ni écrire.

Je ne pouvais pas sortir seule et si je prenais le risque, je me faisais parfois escroquer lorsque je faisais des achats car je ne savais pas compter.»

Un jour, elle décide qu'elle ne peut continuer ainsi et se fait inscrire à un cours d'alphabétisation. Myrtha Rasé a repris le chemin de l'école depuis trois ans. Et elle a l'impression de vivre une renaissance.

Comme Myrtha Rasé, elles sont plusieurs à prendre leur revanche sur la vie lorsqu'elles décident de ne plus se préoccuper des ragots ou des moqueries des autres et en reprenant le chemin de l'éducation.

Plusieurs de ces femmes analphabètes se rendent au Collège Notre-Dame à Curepipe, ville située dans le centre de l'île où leur formatrice, Ella Utile, engagée dans l'alphabétisation depuis plus de 20 ans, les accueille.

Pour Ella, tout a commencé à l'âge de 20 ans lorsqu'elle a commencé à venir en aide à un petit groupe d'enfants en difficulté scolaire. «Ils étaient issus de familles à problème. Et avaient beaucoup de difficultés à l'école.

Je n'ai pu rester insensible à leur sort, d'autant qu'ils avaient presque le même âge que mes petits frères et sœurs», confie-t-elle.

Mais lorsqu'elle se marie et que son mari, un fonctionnaire, se voit confier une mission à Rodrigues, Ella Utile ne met pas pour autant sa vocation au placard.

Bien au contraire. Dans le dixième district, elle se met également au service des enfants en difficulté scolaire. Et lorsqu'elle regagne Maurice quelques années plus tard, elle est choquée par le niveau d'éducation qui est bas.

«En animant des classes de catéchèse avec des enfants, j'ai constaté que plusieurs d'entre eux ne savaient ni lire ni écrire, encore moins écrire leur nom ou compter», se souvient Ella Utile.

A partir de cet instant, elle décide de rencontrer les parents de ces enfants. Le constat est encore plus terrible. «Les parents eux-mêmes n'avaient pas été à l'école et ne pouvaient pas encadrer leurs enfants correctement.

J'ai alors compris qu'il fallait aussi prendre ces adultes en main, d'autant que plusieurs d'entre eux avaient vraiment soif d'apprendre pour devenir des personnes autonomes. »

C'est ainsi qu'en 2008 et avec l'aide d'Elise Wayne, une Belge engagée dans le social à Maurice, Ella Utile lance le 'Centre du Savoir' dont le but est de rendre autonomes les adultes et les jeunes âgés de 17 ans à monter, à travers un programme d'alphabétisation. «On leur apprend les choses basiques.

Comme par exemple comment écrire son nom, calculer son âge, écrire son adresse, lire les indications sur la route, remplir un formulaire de banque, entre autres.

On accueille les hommes et les femmes, même si les femmes sont bien plus nombreuses à s'inscrire à ces cours», concède Ella Utile.

Au-delà de l'échelle de l'alphabétisation, certains élèves se préparent même à terminer le cycle d'études primaires en prenant part aux examens du Certificate of Primary Education et à réussir à ces épreuves en vue de poursuivre leurs études secondaires. « C'est toujours un bonheur de les voir réussir.

Et de voir que ces personnes sont sorties de leur bulle et sont devenues indépendantes, cela fait chaud au cœur. Certains aident même leurs enfants à faire leurs devoirs scolaires. C'est du pur bonheur.»

Trois personnes ont toujours soutenu Ella Utile dans son engagement : sa fille Lyndia, son fils Jean-Christophe et son mari Lindsay.

«Lorsqu'on est engagé dans le social, le soutien de la famille compte beaucoup. Et surtout celui du mari. Il est important d'avoir son soutien et de savoir qu'il est en parfait accord avec ce que je fais.»

Travailleuse de l'ombre dans le domaine de l'alphabétisation, Ella Utile a formé jusqu'ici plus de 800 hommes et femmes et les a aidés à devenir autonomes.

«Mais ce travail ne s'est pas fait tout seul. Il y a aussi les bénévoles qui sont engagés dans l'alphabétisation auprès du centre du Savoir. Tout cela est un travail d'équipe », précise-t-elle.

Sans le savoir, Ella Utile s'aligne sur le Protocole de la SADC sur le Genre et le Développement qui demande aux Etats membres de tout mettre en œuvre pour donner une éducation de qualité aux filles comme aux garçons afin d'éliminer les inégalités du genre.

Comme le dit si bien Malala Yousafzai, un enseignant, un livre, une plume, peuvent changer le monde... Et changer la vie d'une personne. Car l'éducation reste le plus beau des cadeaux que l'on peut offrir à un individu pour qu'il combatte les inégalités.

Ile Maurice

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